Le Matricule des Anges, magazine littéraire

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Mon nom est femme
de
Maria Arbatova
Jacqueline Chambon
16.80 €


Article paru dans le N° 037
Décembre 2001-février 2002

par Eric Naulleau

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    Mon nom est femme

Feuilletant d'un doigt distrait ce recueil de nouvelles en librairie, un badaud littéraire pourrait en conclure qu'il s'agit ici de la condition féminine dans l'ancien Empire du mal -comme disait Ronald Reagan du temps de la guerre froide. Pour peu qu'il fasse l'emplette du volume, Maria Arbatova (née en 1958) aura tôt fait de détromper notre lecteur et de ruiner jusqu'aux fondations les deux termes apparents du problème. La cause des femmes? "L'apprentissage du féminisme a consisté en ceci qu'en vivant avec un homme qui partageait les tâches ménagères, j'ai considéré tous les autres comme des ennemis et des offenseurs." L'Union soviétique? "Y a-t-il des choses qui unissent les habitants de ce territoire géographique à part le cours du dollar et les feuilletons mexicains?"
Le pari de l'auteur consiste plutôt à rendre compte d'une existence (la sienne) et d'une époque (l'ère Brejnev) en évoquant ses (nombreuses) aventures et (plus nombreuses encore) mésaventures sexuelles. De harcèlement magistral en double accouchement cauchemardesque, d'avortement douloureux en violences conjugales, Maria Arbatova transforme les épisodes les plus sordides en truculents morceaux de bravoure. Magnifique alchimiste qui change les années de stagnation en or livresque avec un brio, un allant, une énergie vitale dont les créateurs de l'Autre Europe, à la différence de leurs homologues occidentaux, semblent disposer en quantités illimitées.
De ces effarants et réjouissants tableaux de moeurs, seule la littérature sort grandie -ce qui n'est certes pas le cas du berceau du communisme ou du mâle soviétique dans ses diverses incarnations. Faut-il préciser qu'en comparaison de Mon nom est femme, la lecture d'un récent best-seller de Catherine Millet devient aussi passionnante que celle du Journal Officiel?

Mon nom est femme
Maria Arbatova
Traduit du russe par Yves Gauthier
Jacqueline Chambon
176 pages, 16,77 e (110 FF)

 Mon nom est femme de Maria Arbatova

 

 

 

 

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Eric Naulleau

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