Le Matricule des Anges, magazine littéraire

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Les articles       

Un diable au paradis
de
Henry Miller
Sillage
13.50 €


Article paru dans le N° 109
Janvier 2010

par Dominique Aussenac

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   Un diable au paradis

Big Sur, endroit isolé, brumeux, de la côte ouest des États-Unis, où les falaises plongent à pic dans le Pacifique, fascina de nombreux écrivains : Brautigan, Huxley, Kerouac. En 1946, Henry Miller y achète une maison, y vit avec sa seconde fille et sa troisième femme. Ses ouvrages, interdits aux États-Unis pour obscénité et pornographie, ne se vendent pratiquement qu'en France, pays longtemps fréquenté, où il connut beaucoup d'artistes, mais aussi la clochardisation. C'est en 1935 qu'il y rencontra Conrad Moricand, astrologue des milieux littéraires. Après une vie mondaine, ce dernier sombre dans la misère. Anaïs Nin et Henry Miller, séduits par le personnage, l'entretiennent. En 1948, Miller invite Moricand à Big Sur.
Il y restera trois mois. Trois mois qui vont se transformer en calvaire. L'astrologue, toxico sur le retour, se comportant en enfant gâté, gougnafier geignard, imbu de lui-même. Sept ans plus tard, l'auteur de Sexus couchera sur papier cette mésaventure. Il en fera le dernier volume de Big Sur ou les oranges de Jérôme Bosch, trilogie dans laquelle il relate son installation, son univers, ses fréquentations. Le créateur d'horoscopes, devenu Téricand dans la version française, développera dans le roman une aura trouble et nauséabonde, une ambiguïté presque fantastique. Les révélations sur son passé de collabo choqueront. Pire, Miller évoquera les tendances pédophiles de son invité. Info, intox ? S'il ne se donne pas toujours le beau rôle, notamment celui d'un mari ne supportant pas son épouse enceinte, son discours sur sa fierté d'être citoyen de la plus libre des Nations peut parfois irriter. Toutefois, la rencontre a donné lieu à une prégnante embrouille, relatée avec beaucoup d'humour, de fiel et de talent. " Pour se disculper à mes yeux, il finissait généralement par expliquer à ma femme que j'étais un anarchiste-né et que j'avais un sens particulier de la liberté, que l'idée même de discipline faisait horreur à ma nature. "

UN DIABLE AU PARADIS
dE HENRY MILLER
Traduit de l'américain par Alex Grall, Éditions Sillage,
187 pages, 13,50 e

Un diable au paradis de Henry Miller

 

 

 

 

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Dominique Aussenac

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