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If N?11
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10.67 €


Article paru dans le N° 022
janvier-mars 1998

par Xavier Person

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    If N?11

Deux revues marseillaises de poésie contemporaine, radicales mais sans raideur donnent le bonheur de ne pas toujours comprendre ce qu'on lit.

If et Nioques se ressemblent dans leur goût du risque, leur modernité vive, dans le choix qu'elles font d'une inventivité, hors lyrisme, dans la singularité d'écritures assez radicales. Deux numéros nous arrivent, joyeusement, littéralement déroutants. Commencer par la fin. Cette onzième livraison d'If se termine sur un texte de Jean-François Bory qui pourra servir de mode d'emploi à l'ensemble, avec une citation de Tristan Tzara, réglant son compte à l'idée d'avant-garde : "Le progrès n'existe pas en art, pas plus qu'il n'existe dans la manière de faire l'amour.
Il y a simplement diverses manières de le faire." Remonter jusqu'à l'intervention d'Emmanuel Hocquard et Juliette Valéry, dans un étrange poème-photo. De l'art de la disjonction et du décalage poussés assez loin. S'étonner : "Ça peut être simplement des choses qu'on n'a pas l'habitude de voir." Imaginer un pont sous l'eau. Se demander comment on dit terrain vague en anglais. Puis découvrir sept poètes de Grande-Bretagne : R. Caddel, M. Champion, R. Mengham, D. Oliver, M. 0'Sullivan, D. Riley, I. Sinclair. "Pense à la vengeance d'un glaçon", nous demande l'un, tandis que l'autre s'interroge : "Après ma mort quelle est ma couleur?"
L'exergue du numéro 1.4 de Nioques se trouve également à la fin, sous une photographie où l'on découvre que toute image est obscène, que la poésie n'est pas une solution : "...l'accord général de l'Humanité naîtra de la division des individus poussée à l'infini.". Cette division, la revue en fait le choix délibéré, le poussant jusqu'au solipsisme parfois, dans une idiosyncrasie textuelle dès lors, qui sait prendre le risque de l'illisibilité, et l'assumer.
Distorsions syntaxiques, cut-up, narrations plus ou moins tronquées, tentatives phonétiques ou visuelles, S. Kéryna, A. Andrade, P. Beurard-Valdoye, N. Agostini, D. Foucard, B. Plossu et J.-F. Bory à nouveau, chacun fait l'amour à sa manière. Du journal intime aux exercices de conjugaison, de l'impossible roman au roman de l'impossible, c'est toujours un acte individuel d'appropriation de la langue, une régression dans la langue pourrait-on dire, à rebours de la norme. Pour une jouissance polymorphe retrouvée? N'en citer qu'un seul, Emmanuel Tugny, dans sa troublante écriture : "Il faut qu'ils sachent ces enfants qu'une femme dans le temps, l'eau comme une lèvre, les lieux perdus manquent alors et les soleils, les gélatines des peaux des filles, un enfant." Et revenir au texte déjà cité de Jean-François Bory, où est revendiqué le droit pour un auteur de ne pas passer pour un écrivain : "Vivant, seulement vivant (...). Je bois le sperme de William Burroughs."

If, N°11 (12, place Castellane13006 Marseille) 79 pages, 70 FF
Nioques, N°1.4
(10, rue Adolphe-Thiers 13001 Marseille)133 pages, 110 FF

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