Le Matricule des Anges, magazine littéraire

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Anne Godard
En lisant
En lisant, on pose sur le bord des pages des post-it où s'écrivent des bouts de texte, des citations, des métaphores, des signes. Ces notes servent ensuite (ou non) écrire une critique, préparer une interview. Plus tard, quand on les retrouve, elles ont quelque chose de myst/rieux. Qu'avons-nous voulu retenir ?
Laissons-les exister ici aussi, elles vous donneront peut-être quelques pistes de lecture ou d'écriture.

Notes autour des livres de Anne Godard pour la préparation du Matricule N°70

Notes autour du roman d'Anne Godard L'Inconsolable (éditions de Minuit)

P. 15 : " Il tentera de mettre dans les inflexions de sa voix toute l'affection muette qui humidifie l'oeil des chiens. "

P. 25 : " Cette nuit tu attendras le sommeil, les yeux grands ouverts comme tu attendais que le téléphone sonne, et il faudra que cette attente soit déçue, elle aussi, pour que tu puisses t'en parer demain, lorsque tu évoqueras, d'un ton neutre, les heures passées à compter les heures, sans pouvoir dormir. "

P. 29 : " Tu as cru que tu mourrais dans les deux ans suivant la mort de ton fils. Et puis non, dix, vingt ans ont passé, tu as quelques douleurs articulaires, mais rien de plus, ton coeur ne s'est pas arrêté de battre, tu n'as pas été foudroyée par le choc, tu ne t'es pas dissoute dans les larmes, ni laissée périr d'inanition. "

P. 36 : " Des autres autour, tu ne pourras bientôt plus rien dire, il seront fondus dans le brouillard, figurants dont la présence ne sert qu'à faire masse autour de toi, tandis que tu as un pouvoir nouveau, le pouvoir exorbitant, enivrant, de dire personne ne peut comprendre. "

P. 41 : " Brutalement, ils avaient cessé de te plaindre et commencé à t'accuser. Ils te reprochaient de les avoir brimés, de t'être servi de sa mort pour leur interdire de vivre. "

P. 47 : " La mort était la seule chose qui t'intéressait, et elle t'occupait bien assez. "

P. 50 : " Tes enfants n'ont pas eu d'enfants. Au début leur stérilité te semblait nécessaire, leur désir de se reproduire aurait été une insulte. Il n'y avait de place pour aucun autre enfant que celui ! que tu avais perdu. "

P. 67 : " En la fermant à clé, en escamotant même d'un rideau le couloir qui y menait, tu avais préservé ce lieu secret, comme un sanctuaire. "

P. 127 : " Il était le seul à avoir continué, mais ce n'était pas par amour de la musique qu'il s'était obstiné, tu en étais sûre maintenant, c'était par défi. Il voulait se débarrasser de la musique, lui régler son compte une bonne fois pour toutes. "

P. 134 : " Tu as aimé sa mort tout de suite, tu t'y es sentie bien, comme si c'était enfin ta place, enfin le rôle qui t'attendait. Tu as aimé sa mort, qui te le donnait tout entier, plus que tu n'aurais jamais pu aimer sa vie. "

Thierry Guichard

   

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L' Inconsolable    

 

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