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Virginie Despentes
Chroniqueur
Popol et Virginie




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L'auteur(e) des " Chiennes savantes " lorgne à présent vers les Chiennes de garde. Le " Manifeste pour un nouveau féminisme " de Virginie Despentes ferait plutôt penser à du pipi de chat(te).

Nous sommes redevables au féminisme de quelques avancées décisives dans le domaine des moeurs : à lire King Kong théorie, on s'avise en effet que les cafés du commerce sont devenus mixtes. Prendre connaissance du " manifeste " de Virginie Despentes revient à subir le caquetage d'un pilier de comptoir qui vous crachote à jet continu ses délirantes opinions sur le viol, la pornographie, la prostitution, sans oublier la lutte à mort entre femmes et hommes pour la possession symbolique du pénis. Éprouvant.

On trouve un peu tout et son contraire sous la plume de la patronne du bistro Les Jolies choses, fameux établissement de la rue des Saints-Pères, dont certaines inepties d'un tel gabarit que, en comparaison, King Kong en prendrait des allures de ouistiti sous-alimenté. Entre autres foudroyantes révélations figure celle que notre époque rendrait un culte à la maternité. Avènement du planning familial, contraception, légalisation de l'avortement, baisse généralisée de la fécondité dans les pays occidentaux... tout ce qui précède semble avoir échappé à notre essayiste. Un instant d'inattention, peut-être. Ou les effets indésirables de la cryogénie. Récemment tirée d'un long sommeil par le Prince charmant (auquel elle n'avait pas manqué de lancer le traditionnel " baise-moi "), Virginie ouvrit un oeil cerné pour le laisser ensuite tomber sur la table de chevet où trônait une flambante nouveauté : Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. On en trouvera ici quelques morceaux choisis, au risque de fâcheusement rimer avec " moisis ", arrosés de quelques vulgarités pour faire passer le goût (mention spéciale au chapitre joliment intitulé : " Je t'encule ou tu m'encules ? "). Sont rameutés dans le même esprit quelques classiques du féminisme américains mal digérés et en toute logique restitués sous forme de renvois.
Mais vous reprendrez bien un peu de provocation à deux balles ? La spécialité de la maison. Ça se boit sans soif : " Le viol est souvent initiatique, il taille dans le vif pour faire la femme offerte, qui ne se referme plus jamais tout à fait. Je suis sûre qu'il y a comme une odeur, quelque chose que les mâles repèrent, et qui les excite davantage. " Allez, un dernier pour la route : " En revanche, que les mâles français ne soient pas partis à la guerre depuis les années 60 et l'Algérie augmente certainement les viols "civils" ". Certainement. On reconnaît bien ici la délicatesse du scientifique, qui épargne à son lecteur les longues études statistiques qui lui permirent d'aboutir à cette conclusion.
Si l'ancien président américain Gerald Ford ne pouvait marcher et mâcher du chewing-gum en même temps, Virginie Despentes se révèle pour sa part incapable d'à la fois écrire et penser. Qu'elle raconte son expérience de la prostitution, et son texte sonne tout à coup juste et convaincant, qu'elle se pique de sociologie et de féminisme, elle sombre illico dans le ridicule. Mais King Kong théorie n'est pas seulement un livre atterrant de bêtise, un monument d'incompétence, un espace où toute pensée se fige sur place, glacée jusqu'à l'ultime neurone par le degré zéro. De chaque ligne suinte en outre une haine féroce pour l'Autre : les hommes, les femmes mariées, les mères de famille... Le plus énigmatique de l'affaire tient à ce que d'aucuns se penchent avec des airs doctes sur ces élucubrations pour en tirer des conclusions définitives sur la condition féminine en général et les relations homme-femme en particulier. Un peu comme si Maurice Béjart s'inspirait des trépignements désordonnés d'une sale morveuse pour sa prochaine chorégraphie. En deux mots : un livre plus kong que king.

King Kong Théorie
Virginie Despentes
Grasset
160 pages, 13,90 e

Ce que la presse en a dit...

Le Monde des livres : " On pourrait offrir aux lecteurs, aux lectrices, tout un florilège de phrases à méditer. Mais il vaut mieux lire tout le livre. " Josyane Savigneau

Libération : " Despentes s'est mise en situation de se faire haïr par les philosophes autant que par les psys, et par les dames patronnesses autant que par les chiennes de garde. Le bonheur, quoi... " Pierre Marcelle

Le Figaro littéraire : " On aura saisi qu'il est inutile de chercher une cohérence intellectuelle à cet essai plein de gros mots. " Astrid de Larminat

Eric Naulleau

   

Revue n° 079
(Janvier 2007).

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