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Maud Tabachnik
Interview
L'étoile de Maud


Maud Tabachnik

par DABITCH (Christophe)



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Maud Tabachnik aime le noir, le polar, et elle fait partie de ces Françaises qui se sont attaquées à un genre que l'on pensait réservé aux écrivains mâles. Avec un succès croissant qui n'en finit pas de la surprendre.
Maud Tabachnik est venue à l'écriture la cinquantaine passée. Kinésithérapeute et ostéopathe, elle a dû arrêter d'exercer après une intervention chirurgicale. Elle s'est mise à écrire et, à peine six ans et six récits plus tard, son livre le plus connu Le Festin de l'araignée, a dépassé les 12 000 exemplaires. Ce livre met en scène une enquêtrice homosexuelle à la recherche d'un psychopathe dans un coin paumé des États-Unis, un pays dans lequel elle situe la plupart de ses polars (Un été pourri, La Mort quelque part).

fascinée par "le déclic qui transforme quelqu'un en meurtrier", elle aime le polar psychologique où le meurtre ne sert que de révélateur. Dans Fin de parcours et L'Étoile du temple, elle élargit son registre. Fin de parcours est une série de nouvelles ayant comme fil conducteur le meurtre au sein de la famille. Pour Maud Tabachnik, le ver est dans le fruit dès le plus jeune âge et on pourra précisément lui reprocher une certaine lourdeur de l'illustration thématique malgré l'efficacité d'un style simple et direct. L'Étoile du temple est un polar historique situé à Troyes, au Moyen Âge. Un essai pour cet écrivain qui évoque dans ce récit les premières persécutions des Juifs en France, en arrière-plan d'une enquête sur le meurtre d'un diamantaire. Elle quitte le noir pour le récit édifiant. Le sujet est pour elle très sensible, elle s'en explique.
La première question va vous énerver. On a beaucoup parler à votre sujet de polar féminin, qu'en pensez-vous?
Ça y est, je suis énervée... (rires) . Cette question est posée dans un pays où les femmes n'ont pas eu beaucoup de place et cette émergence semble étonner. Mais depuis 1920, il y a eu 150 auteurs féminins de romans policiers. Soit elles prenaient un pseudonyme masculin soit la critique les ignorait totalement. Ce n'est pas un phénomène nouveau, cela ne date pas de 1970. Pourquoi situer la plupart de vos romans aux États-Unis?J'ai choisi l'Amérique parce que c'est un pays où tout peut arriver. C'est la plus grande démocratie du monde mais en même temps, vous avez des îlots de retardataires qui sont étonnants. Il y a aussi une dimension géographique qui me permet d'avoir un souffle que je n'aurais pas ici. Le serial killer est vraiment une spécialité américaine. On y vient quand même en Europe, on commence à ratrapper le temps perdu (rires) mais pas de la même manière.Dans votre recueil de nouvelles, vous situez surtout le meurtre dans la famille...J'ai écrit ces nouvelles en revenant d'un service civil dans l'armée israélienne en 91 pendant la guerre du Golfe. Je me suis dit que si l'on arrive adulte aussi abruti, ça doit commencer très tôt. Et je me suis rendue compte qu'au sein des familles il y avait ces mesquineries, ces jalousies, ces haines... On est en fait préparé dès l'enfance et le cadre familial est un endroit privilégié pour devenir ce que l'on sera plus tard.Vous vous situez en décalage d'un courant, notamment français, du polar où c'est la société qui oppresse l'individu?Oui, parce que la société ne descend pas du ciel comme ça. Si nous vivons dans un monde épouvantable, c'est que chacun de nous y participe. Il ne faut pas s'extraire de notre responsabilité. Au mieux, on laisse faire. Je ne suis pas du tout rousseauiste. Nous sommes la pire espèce qui habite cette terre. Il n'y a pas d'innocents même chez les enfants. Durant la guerre, ma famille a été réduite en savonnettes et, après-guerre, j'ai vu des bagarres antisémites dans les cours de récréation. Personne n'avait compris la leçon en fin de compte. Est-ce que vous pensez que le polar peut dire quelque chose de la société telle qu'elle fonctionne?C'est un coup de projecteur. Les polardeux sont des gens engagés, à gauche en général sauf quelques exceptions, même hélas, à l'ultra-gauche, mais ce ne sont pas des gens indifférents. Dans le noir, on ne parle pas de soi mais on fait passer ses idées.Dans Fin de parcours, deux nouvelles évoquent plus ou moins la situation en Israël. Est-ce qu'écrire cela et s'engager dans l'armée israélienne est finalement la même chose?Non, je ne crois pas, mais ces nouvelles ont été comme une catharsis. J'avais besoin d'expurger. Ici on a vécu cette guerre comme une bande dessinée. Sur place, j'étais en casernement à tel Aviv et toutes les nuits il y avait une alerte au Scud sans qu'on sache ce que contenait la tête des missiles. Cela m'a beaucoup impressionnée. Mon engagement n'est pas religieux. Je suis athée et je déteste vraiment les religions. Simplement, c'est vrai que mon coeur bat plus pour Israël que pour les Palestiniens; mais Netanyahou me fait vomir et comme beaucoup, je veux la paix. Pas à n'importe quel prix. Mais je voudrais que cela s'arrête. C'est d'une simplicité puérile mais je ne pige pas que l'on n'ait pas eu assez d'imagination pour faire autre chose.Vous évoquez dans L'Étoile du temple une persécution des Juifs, mais pourquoi avoir choisi une époque lointaine?Les persécutions plus récentes, je ne peux pas en parler. Je ne peux pas physiquement en parler. Je n'en suis pas encore assez détachée. Avec six ou sept siècles d'écart, c'est plus facile. Je voulais montrer la pérennité de cette intolérance qui est apparue en France à cette époque-là, quand l'Église s'est apperçue qu'il y avait des catholiques qui se convertissaient au judaïsme. Cela se situe à peu près aux XIe et XIIe siècles. Le fait juif gêne sans que l'on sache exactement pourquoi. J'ai l'impression que les gens tètent ça avec le lait de leur mère.L'Étoile du temple apparaît comme un roman édifiant pour la jeunesse. Est-ce parce que vous parlez de cette persécution?Un côté édifiant? Je ne sais pas. Je suis très troublée par la méconnaissance historique des jeunes en particuliers et des gens en général. Ils ne se souviennent pas de ce qui s'est passé dix ans plus tôt et je trouve cela extraordinaire dans un monde de communication. Je n'ai pas voulu faire un roman édifiant. Je suis passionnée d'histoire et j'ai aussi eu envie de voir si je pouvais modifier mon style, comme un comédien qui doit pouvoir jouer plusieurs rôles. Vous pensiez rencontrer le succès si vite?Je ne sais pas à quoi c'est dû. C'est le miracle. Je suis étonnée parce que les éditeurs reçoivent des centaines de manuscrits par an. Ils me disent que c'est le talent. Vous pensez bien que je suis d'accord avec eux . Peut-être que j'arrive au bon moment. Peut-être que j'ai une bonne étoile, pas jaune, mais une bonne étoile... (rires).

Maud TabachnikFin de Parcours et L'Étoile du temple
Viviane Hamy118 et 319 pages, 72 et 89 FF

DABITCH (Christophe)

   

Revue n° 020
(juillet-août 1997).
Commander.

Maud Tabachnik


Livres sur le site
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Le Festin de l'araignée    
L' Etoile du temple    
Fin de parcours    
Brouillard d'Ecosse (Le Furet enquête)
Mauvais frère
Lâchez les chiens !
Le tango des assassins
Les Cercles de l'enfer
La honte leur appartient
J'ai regardé le diable en face
Home, sweet home
La honte leur appartient
Fin de parcours : nouvelles
Le tango des assassins
La mémoire du bourreau
Mauvais frère
Gémeaux

 

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