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Pierre Autin-Grenier
Interview
Des milliers d'amis


Pierre Autin-Grenier

par Thierry Guichard



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Ironiques et tendres souvent, les récits de Pierre Autin-Grenier balaient un quotidien enchanté et tissent, par les mots, les liens de la fraternité.

Quand Pierre Autin-Grenier n'écrit pas de courts récits aux titres résolument conquérants (Je ne suis pas un héros ou Toute une vie bien ratée), on a quelque chance de le rencontrer au bar des glaces devant un verre de blanc. L'écrivain aime qu'on le précise : d'abord parce qu'il ne rechigne pas à l'idée de recevoir la visite de ses lecteurs et ensuite parce qu'il imagine qu'une citation dans la presse de son bar favori accentuera la générosité du patron à son égard. On sait, ici, qu'il est écrivain; entendez : c'est un original.

L'homme inspire immédiatement la sympathie mais ce qui rend spontanés les gestes d'affection vient directement de ses livres. Après les avoir lus et sans qu'il le sache, Pierre Autin-Grenier devient l'ami de son lecteur. Ce n'est pas la moindre qualité de cette littérature qui sous une apparente modestie, bâtit tout un monde dont les arpenteurs sont humainement proches. On comprend dès lors cette sorte de confrérie qui regroupe, silencieusement, les amoureux anonymes de P.A.G. et ceux des écrivains proches comme Jean-Pierre Georges, François de Cornière ou Georges Louis Godeau.

Vous titrez votre livre Toute une vie bien ratée, vous l'ouvrez par cette dédicace : "Ce livre est pour distraire MUSIC, l'ami fidèle, le camarade enchanteur, mon chien" et, le premier texte est intitulé Je n'ai pas grand chose à dire en ce moment. Croyez-vous, avec ça, être autorisé à vous plaindre de n'avoir pas beaucoup de lecteurs?
J'aime bien dédié un bouquin. Jamais à Aline (sa femme et une excellente cuisinière, ndlr), parce qu'on vit ensemble. Là, je me suis dit que j'allais le dédier à mon chien. Je n'aurais pas dû, maintenant, il est intenable, il joue les stars. Il est même devenu la vedette d'un article paru dans Télérama.
Pour le choix du titre du premier texte, je ne savais pas quoi mettre.
Mais dans le titre du livre, il y a le "bien". Ça compte. Moi, j'estime que je n'ai rien fait dans toute ma vie, mais il ne faut pas exagérer non plus. Quand tu prends notre société, d'un côté, bien rater sa vie, c'est pas mal. Moi, je m'estime plus important que Dassault qui vient de vendre des Mirage. Mais je ne vais pas aller le dire partout.
Et puis, les lecteurs, il n'y en a pas trente millions. Sinon, le Front national ne ferait pas 15%.
Vous écrivez votre différence donc. C'est une sorte d'engagement, de contre-modèle?
Oui. L'écriture a toujours été soit un refuge, soit une échappatoire, soit une libération. Je n'écris jamais pour faire un tract ou défendre une cause. Mais en même temps, il m'est impossible d'écrire le ciel est bleu, la mer est verte et il y a des Mercedes garées devant le casino.
Vous rejetez le roman, comme genre?
Je ne dis pas que je ne ferai jamais un roman. Quand j'ai fini d'écrire Les Radis bleus (Ed. Le Dé bleu), je me suis rendu compte que je me mettais à écrire des textes plus longs qui ont donné finalement Je ne suis pas un héros (L'Arpenteur). Je n'ai jamais calculé ça.
Mais un roman, c'est une fiction et une histoire, ça ne m'intéresse pas du tout. Le comble, c'est le roman policier : connaître l'assassin! La nouvelle, pareil. On me disait "vos nouvelles n'ont pas de chute". Quelle importance d'avoir une chute?
Ce qui m'intéresse, c'est quand des gens m'écrivent pour dire que ce que je raconte c'est leur histoire. Raconter une histoire fictive sur trois cents pages, moi, ça m'assomme. Je préfère lire des types comme Jean-Pierre Georges qui dit : "Je m'ennuie sur Terre".
Vous évoquez Jean-Pierre Georges. On pourrait facilement établir une liste d'écrivains dont vous devez vous sentir proche. Des écrivains du quotidien comme François de Cornière ou Eric Holder. Or, justement, cette littérature commence à intéresser, non?
On ne sait pas pourquoi on vient nous chercher. Enfin, on n'est pas trop venu, faut pas déconner. Mais pourquoi, cette littérature, avec, aussi Philippe Delerm, apparaît ici ou là?
C'est comme la nouvelle. Avant, on ne pouvait pas en publier. Aujourd'hui on édite des textes d'une page et demie. Peut-être que les gens veulent qu'on leur parle d'eux.
Mais c'est de la littérature ça? Leur parler d'eux? Vous travaillez vos textes?
C'est indispensable, mais il ne faut pas que le travail apparaisse.Par exemple, j'ai écrit un récit sur le paléolithique à partir d'un article paru dans la presse qui m'a donné une idée. Il m'a fallu chercher les références contenues dans l'article. Mais il faut que tout de suite ça s'embranche sur le quotidien, la vie.
Je ne conçois rien d'autre que raconter mes propres illusions, mes propres désirs avec le souhait que ça touche 1 100, 1 200 lecteurs. 1 500 lecteurs, si j'en avais 1 500, on me foutrait la paix.
Vous écrivez pour communiquer?
Oui, pour moi c'est important. Même si tu transformes les choses, c'est un besoin de communication. Tu veux toucher des gens qui aiment bien tes livres mais n'en font pas tout un plat. C'est sûr que je préfère qu'on casse une croûte plutôt qu'on me dise : "Pierre Autin-Grenier, racontez-moi votre oeuvre".
Ecrivain, c'est bien joli, mais c'est assez con : tu gagnes rien. En France, écrivain, on dirait comme instituteur avant. L'écrivain reste ou semble important, mais il publie chez Gallimard et il gagne 2 300 francs par an. En France, on publie un livre à compte d'auteur et on épate tout le département.
Mais on n'écrit pas pour se faire mousser. Je pense qu'il y a, dans tout acte d'écriture, à un plus ou moins grand niveau, un problème à régler.
Mais vous pensez à la postérité?

On n'est même pas sûr, encore, que Céline va tenir, va rester. Alors des trucs comme ce que j'écris, faut pas rêver! Et pourquoi vouloir durer? Non, non. Déjà que la réalité quotidienne ce n'est pas évident, alors la postérité! Qui connaît, par exemple, Jean Follain, Yannis Ritsos? Alors, la postérité, je m'excuse...

Pierre Autin-Grenier
L'Arpenteur
124 pages, 75 FF

Thierry Guichard

   

Revue n° 022
(janvier-mars 1998).
Commander.

Pierre Autin-Grenier


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