La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Essais La parole aux scélérats

avril 2006 | Le Matricule des Anges n°72 | par Gilles Magniont

De la domestication des esprits, encore et toujours : Nicole Malinconi et Éric Hazan dressent deux nouveaux portraits de la novlangue.

Petit abécédaire de mots détournés

LQR, la propagande du quotidien

Si le Petit abécédaire des mots détournés et Lingua Quintae Republicae s’attachent à un même objet le français de 2006, ce que son évolution révèle des structures et des mentalités, les deux livres ont encore en commun de rendre hommage à une même figure tutélaire, celle de Victor Klemperer. Professeur de romanistique à l’Université de Dresde, il avait été, parce que juif, destitué du droit d’enseigner dès 1934 ; clandestinement, il s’attela alors à l’étude de la langue du IIIe Reich. De là, en 1947, la parution d’LTI (Lingua Tertii Imperii), ouvrage qui décrit un nazisme s’insinuant « dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des milliers d’exemplaires et qui furent adoptées de manière mécanique et inconsciente » : nul doute, alors, que notre idéologie dominante et contemporaine s’insinue au gré de mécanismes qui lui sont propres.
Nicole Malinconi voit les choses à sa manière de romancière. C’est-à-dire qu’elle ouvre son abécédaire à diverses voix et qu’elle propose souvent, plutôt que des définitions, des bribes de monologue intérieur ou des amorces de récit. Depuis la Gestion des Ressources Humaines ( « rien qu’à la dire, la géèrhache, ça vous arrache la bouche » ) jusqu’au recadrage des employés, l’auteur arpente ainsi divers idiomes contemporains notamment ceux des surfaces de vente et d’entreprise. Elle en fait sourdre toute la charge orwellienne de vide et d’aliénation : avec justesse, le plus souvent, mais aussi sous l’angle d’une abstraction littéraire qu’on peut juger un peu inoffensive.
Avec l’essai d’Éric Hazan, la charge se veut tout à la fois plus précise et plus large. « Par millions sans doute, cadres des entreprises de sécurité, professeurs de philosophie politique, juges antiterroristes, agents immobiliers, maîtres des requêtes, chroniqueurs de France Culture et présidents de régions parlent, écrivent et répandent la LQR » soit la Lingua Quintae Republicae, ainsi baptisée par référence à la LTI de Klemperer. Depuis les années trente, les objectifs ont changé : il ne s’agit plus de galvaniser les foules, mais de maintenir leur apathie. La langue de la Ve République constitue ainsi une « arme postmoderne, bien adaptée aux conditions » démocratiques « où il ne s’agit plus de l’emporter dans la guerre civile, mais de la rendre invisible et inaudible ». Hazan ramène alors cette guerre en pleine lumière : il indique qu’un ministre de l’intérieur qui prétend avoir « le courage de poser la question des procédures d’éloignement » n’est pas courageux au point de nommer l’expulsion, ou encore que les organisations d’extrême gauche déclarant défendre les exclus se servent d’un vocable compassionnel qui dégage de toute responsabilité, puisque le lexique ne dispose pas, au verso de l’exclu, d’ « exclueur identifiable ».
Il suffit de se servir : du Figaro Entreprises aux éditoriaux de Libération, les mêmes vocables sont à l’œuvre pour dépeindre une société prétendument unie ainsi que ses ennemis supposés. Hazan cite ici sans compter, et, comme dans ses Chroniques de la guerre civile, c’est au jeu des juxtapositions qu’il fait le plus d’étincelles : sous-titrant les propos d’Alain Besançon (directeur à l’École des hautes études) d’une merveilleuse didascalie de Tartuffe « c’est un scélérat qui parle », rapprochant les discours sur la banlieue d’une glorieuse permission accordée par Tocqueville : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays ». Ravager l’Algérie en 1841, nettoyer aujourd’hui La Courneuve au Kärcher ? Finalement, les choses n’ont pas tant changé : « la seule différence est dans la langue, d’un cynisme élégant chez le hobereau normand, d’une brutale vulgarité chez le ministre ».

Gilles Magniont

Petit abécédaire des mots détournés
Nicole Malinconi
Grand espace nord, 136 pages, 12

LQR
(La propagande au quotidien)
Éric Hazan
Raisons d’agir, 126 pages, 6

La parole aux scélérats Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°72 , avril 2006.
LMDA PDF n°72
4.00 €