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Poésie Dans la poche de Elke

juillet 2006 | Le Matricule des Anges n°75 | par Emmanuel Laugier

Le titre des deux volumes d’Elke de Rijcke ressemble à une grappe de mots rêvés. Histoires d’énoncer, multiple, la fabrique du désir, de la mémoire.

Gouttes ! Lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche vol.1 et 2

Courir, courir/ En se couvrant, anxieux, essoufflés, têtes et bras et corps aveugles,/ Courir, courir pour qui (…)/ Et en effroyables coquelicots finit » : la fin de ce poème d’Andrea Zanzotto ouvre le nouveau livre de Elke de Rijcke, Gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche, en fait deux volumes séparés où se distribuent six chapitres, tous très structurés, jusqu’à avoir l’apparence de véritables tables des matières d’essais phénoménologiques. C’est que, peut-être, par-delà l’énergie de la citation de Zanzotto, et ce qu’elle implique d’un rapport urgent à la vie, au désir, à la fougue, la poétesse cherche à suivre logiquement (née à Gand en 1965, elle vit à Bruxelles), comme dans un rêve cartésien, ce qui se montre le moins de la mécanique heurtée du désir, de ses pousses, piques et embardées. Cette énergie-là, Gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche la livre, dans le risque toujours joué de l’effondrement. La première partie du tome I commence d’ailleurs par « Hospitalisation hôpital Jan Palfijn (étrange goulet) », est suivie par « Chambre de réanimation », la seconde préfère l’italique (penché en avant) pour titrer « Couchée tout près de moi », « dur à manier », « nous respirons », « aérien cet après-midi ». On traverse la première chambre en suivant de l’œil le poème, son espacement sur une page faite de phrases plutôt que de vers : « ruisseaux, taches argileuses sous mes pieds sur semelles, sur et sordide et sale du/sol./ retirée à l’œil fatigué, par loques/ de torchon tergiversante, ici je suis nouveau née à l’écoutement du / toi même. le goulet la bouche large ouverte, et le rire nerveux dans/ l’herbe sèche,/ ne peuvent recevoir lieux et heures que jadis je te donnais ». On pense à André du Bouchet, sur lequel Elke de Rijcke prépare un essai, sans qu’aucun mimétisme n’en ressorte ; sa façon à elle de l’avoir lu et d’en hériter consiste à partir de la tension entre le langage et le monde extérieur, et d’y travailler. Aussi l’ordinaire, le quotidien, ce que nous disons tous plus ou moins en histoires de nos vies, prend ce genre de tour-là : « nuits. Anxieuse je m’étends, mon pouls bat dans l’oreille, dans/ l’anus un dur me démange, les ventres pressent sur ma vessie. Debout// je dois lâcher douloureusement et tends mon bras vers la lumière drue ». Dans une maîtrise (parfois trop surplomblante) de son écriture, Elke de Rijcke cherche à dire, à énoncer, la lumière nouvelle, diffuse, sorte d’aura, qu’il y a entre les gestes, les corps, les sensations et les circonstances, comme dans les poèmes dédiés à Nîmes. Si son premier livre contenait déjà, par son titre indicateur (Troubles. 120 précisions. Expériences ; Tarabuste, 2005), cette volonté scrutatrice de baliser les micro-événements de la vie, la maturité d’écriture de ces deux volumes se double, ici, de la recherche d’une phrase aux mouvements inédits, sorte de phrases-pensée dont les rythmes s’inventent à mesure, cassant ici le lien syntaxique habituel pour, plus loin, éluder l’article et lister abruptement la vitesse d’une sensation. C’est ici un travail de fond, que le titre et son soleil de poche relèvent bien, en deux pans.
Avec Fabienne Courtade, dont elle pourrait être assez proche, ou Marie Cosnay (Que s’est-il passé ?), Elke de Rijcke fait partie de ces voix singulières qui interrogent vraiment, en rompant la balance établie avec suffisance entre lyrisme et littéralité, la langue, ses capacités à dire (ou à ne plus pouvoir dire) ce qui résiste au langage. Dans une présentation typographique superbe, Gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche peut, à la fin, dire, lâcher, acte post-mental selon Zanzotto encore cité, ce « Tu le voudrais déjà hors mais tu n’as/ pas encore compris que tu n’as pas/ de bouche pour parler./ aussi pour la respiration il n’y en a pas./ celle dans ton visage ne peut le faire, tu ne sais pas vraiment pourquoi/ un quelque chose apparemment te tire vers l’intérieur ».

Emmanuel Laugier

Gouttes ! lacets, pieds presque proliférants
sous soleil de poche, I et II

Elke de Rijcke
Éditions le Cormier, 70 et 107 pages, 14 chacun
19, rue du Marteau 1000 Bruxelles

Dans la poche de Elke Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°75 , juillet 2006.
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