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Histoire littéraire Titaÿna l’intrépide

juillet 2010 | Le Matricule des Anges n°115 | par Éric Dussert

Reporter vedette des années folles, elle a disparu des mémoires malgré une carrière riche en aventures. Comment une lourde erreur de jugement balaye dix-sept ans d’action….

Une énergie dévorante, c’est sans doute ce qui décrira le mieux la reporter Titaÿna qui, de 1923 à 1940, a défrayé la chronique. On l’appelait alors la « femme la plus aventureuse du monde » et, reine du Tout-Paris, elle incarnait à elle seule la femme moderne : volontaire, rapide, instinctive, imaginative, en un mot. Romancière, voyageuse et même aventurière, journaliste, elle brava la vie avec beaucoup d’insistance, faillit laisser la vie dans un accident d’auto, puis dans un accident d’avion et ne se perdit que dans le petit monde de ses brillantes relations, brillantes mais douteuses, lorsque le moment fut venu.
Titaÿna se nommait Elisabeth Sauvy avant septembre 1922, date de la publication de son premier conte dans La Victoire. Née le 22 novembre 1897, elle était la sœur d’Alfred Sauvy, le célèbre démographe, et fit preuve très tôt d’un besoin d’indépendance époustouflant. Type de « la Garçonne » décrite par Victor Margueritte, elle devint une amazone des années folles, une femme émancipée, plus à l’aise aux commandes d’un avion que dans le quotidien du quidam et fit ses premiers pas dans la vie à grande vitesse. Dame de compagnie de la famille impériale du Japon, et précisément de la sœur du Mikado, elle sympathise avec Marie Laurencin et Jean Cocteau et devient peu à peu une reine de Paris, aviatrice et globe-trotter avec ça, cinéaste et, grâce au soutien de Pierre Mac Orlan ou d’Henri Béraud progresse à grands pas et obtient dans les colonnes de Paris-Soir ses succès les plus retentissants. L’époque est aux grands reporters, elle parcourt le monde pour rapporter des chroniques, des films, des livres, comme le récit de son séjour Chez les mangeurs d’hommes (Duchartre, 1931). Et c’est elle qui, des années plus tard, inaugure la première communication d’article par téléphone depuis le Japon.
Elle vole une tête de Bouddha à Angkor et l’accroche sur la grille de l’obélisque, place de la Concorde.
« Elle a trente ans, un grand garçon en forme de fille, ou l’inverse. Visage acéré au menton pointu sous une toison noire en essuie-plume, un sourire lumineux, un peu provoquant, qui ne daigne jamais se changer en vrai rire. Nez en lame de couteau s’évasant sur des narines vibrantes de pointer à l’arrêt. Immenses yeux d’un jais inquisiteur. (…) Elle a dîné chez Primo de Rivera, elle a dansé le tango avec Mustapha Kemal, elle revient d’Ispahan où le chah Reza Pahlavi lui a offert une rose (…). Il y a deux ans, elle a volé une tête de Bouddha à Angkor Vat. Menacée d’arrestation, elle l’a accrochée sur la grille de l’obélisque, place de la Concorde. Non-lieu. Elle l’a échappé belle. Je crois que nous ferons bon ménage, tous les deux, au gouvernail de Jazz. » C’est ainsi que Carlo Rim évoque la figure de Titaÿna dans ses souvenirs, Le Manteau d’Arlequin. Initiateur d’un projet de magazine luxueusement illustré, Rim avait été sommé par l’éditeur Louis Querelle d’accepter de diriger Jazz avec la jeune femme, plus notoire que lui. C’est une des plus belles de la presse de l’époque, mais l’aventure ne dura guère. Malgré la qualité des photographies et des collaborations d’écrivains, Titaÿna s’ennuya vite et préféra reprendre sa route de la Chine ou du Mexique. Son chemin l’amena à interroger les personnalités les plus importantes, à l’instar d’un Henri Béraud, et, par exemple, certain chancelier allemand, mais aussi à visiter les régions les plus exotiques du monde. « Quel aïeul insatisfait me transmit-il son âme errante ? » demandait-elle dans La Caravane des morts (1930).
Dix ans plus tard, c’est assurément une âme tourmentée qui poussa Titaÿna à opter pour la collaboration. Plongée dans un univers mondain tout prêt à prendre fait et cause pour l’Occupant, elle ne sut pas prendre la bonne décision, et donna impulsivement libre court à un antisémitisme débridé. Appelée à la rédaction de La France au travail, journal commandité par la Propaganda Staffel où se rejoignent les bras cassés de la polémique et les haineux - l’un d’entre eux, La Reynière, tiendra longtemps plus tard la chronique gastronomique du Monde, puis aux Nouveaux Temps dirigés par Jean Luchaire, Titaÿna sombra dans un délire antisémite ahurissant. Pire, sur les ondes de Radio Paris, elle orchestra des commentaires calomnieux à l’égard des Français occupés. Mal lui en prit : dans un restaurant où elle est attablée, un justicier anonyme la rencontre, la trousse et… la fesse en public. Conseillé par son ami de cœur qu’elle épouse bientôt, le chirurgien Jacques Desmarest, elle finit par se taire, prudemment, et, alors qu’ils ont rejoint le sud de la France, se lance dans la traduction d’un roman estonien, La Terre du voleur d’un certain U. H. Tammsaare (i. e. Anton Hansen) que va préfacer Jean Giono. Plus tard, c’est-à-dire à la Libération, c’est une autre Justice qui s’occupera de son cas en la laissant croupir durant onze mois dans une geôle, sans la condamner pour autant puisque l’accusation d’intelligence avec l’ennemi n’a pas tenu : les cartes d’aérodromes qu’elle possédait n’étaient que celles dont elle se servait lorsqu’elle pilotait… Ayant choisi l’exil volontaire, elle n’avait pas attendu la sentence et s’était installée aux états-Unis, où elle se remaria et mourut le 13 octobre 1966, discrètement.

Titaÿna l’intrépide Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°115 , juillet 2010.
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