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Théâtre Fenêtre sur cour

mars 2011 | Le Matricule des Anges n°121 | par Laurence Cazaux

Matéi Visniec brosse un tableau de notre monde comme un peintre surréaliste, créant par le décalage du regard une autre manière de voir.

Les Chevaux à la fenêtre (suivi de) Mais qu’est ce qu’on fait du violoncelle

Matéi Visniec dit vouloir émouvoir plutôt que délivrer des messages clairs et fortifiants. Son écriture possède un pouvoir étrange, celui de nous faire basculer hors de la réalité pour nous la montrer autrement. Par fragment, nous plongeons à la lecture de ses pièces dans des tableaux surréalistes ou des scènes oniriques, comme pour mieux nous détacher du quotidien et de son cortège d’horreurs. L’auteur réalise cette bascule avec une simplicité déconcertante. Le lecteur n’a aucune peine à le suivre dans ces passages de l’autre côté du miroir.
Pour Matéi Visniec, né en 1956 dans la Roumanie communiste de Ceausescu, la littérature est un espace de liberté. Elle lui permet d’échapper au réalisme socialiste, avec des références comme Kafka, Dostoïevski, Beckett, Ionesco, les surréalistes ou les dadaïstes. L’écrivain croit en la résistance culturelle et en la capacité de la littérature de démolir le totalitarisme.
Sa pièce Les Chevaux à la fenêtre est interdite en 1987 à Bucarest. Visniec quitte la Roumanie pour la France où il demande l’asile politique. Il commence alors à écrire en français. En parallèle, ce philosophe et historien de formation exerce le métier de journaliste pour la BBC, puis pour Radio France Internationale.
En 1991, le dramaturge connaît un premier succès aux journées d’auteurs de Lyon, avec Les Chevaux à la fenêtre, celle-là même qui est publiée aujourd’hui par les éditions L’Espace d’un instant. La mère et le fils, puis la fille et le père et enfin la femme et le mari vont se succéder dans un même espace, une pièce avec une fenêtre, qui constitue « une possibilité sûre d’entrer en contact avec la réalité », un placard, un fauteuil et une valise usés, et un robinet. Les hommes de ces duos ont tous à voir avec la guerre, ils se préparent à y partir ou en reviennent. Et tous sont absents à l’autre : obsédé par un cheval rouge pour le fils, hanté par sa folie pour le père et obnubilé par la grande bataille pour le mari qui joue à la guerre avec toute la vaisselle de la maison. Au bout d’un moment, le messager avec son cheval vient visiter chacune des trois femmes. Il est chargé d’annoncer les mauvaises nouvelles, des morts pitoyables, sans aucune gloire ni bataille, ou bien la folie… La mort semble hanter les objets de ce lieu : l’eau puis la fumée sortent noires du robinet, la valise est pleine d’œillets, les tasses sont remplies de noyaux d’abricots. Les corps des morts par contre ont disparu. Il ne reste plus que des bottes vides. Le messager amène ainsi à la fin de la pièce des milliers de bottes. « Tout ce qui reste de lui (le mari ndlr) est sous les semelles des bottes qui l’ont piétiné. C’est pour ça que je les ai apportées. (…) Ce sont dix mille bottes, madame. Sa tombe est là, sous les semelles de ces bottes. »
Nous sommes dans une mise en absurde de la guerre avec cette pièce grinçante, rythmée par le tambour du messager qui égrène la liste des batailles et des prises de guerres depuis 1699.
Le deuxième texte Mais qu’est ce qu’on fait du violoncelle ? semble plus classique. Matéi Visniec explique qu’après l’écroulement de l’idéologie communiste, il lui est venu cette interrogation : que fait-on avec ce qui reste ? Deux hommes et une femme attendent, on ne saura pas quoi. Dans cette même pièce, un homme joue sans s’arrêter de son violoncelle. Les trois premiers, après avoir trouvé la musique plutôt agréable, vont progressivement ne plus la supporter et basculer dans la violence en éjectant le musicien qui se voit déposséder de son instrument. Mais qu’est-ce qu’on fait avec la violence de notre monde ? semble nous interroger en retour Matéi Visniec.

L. C.

Les Chevaux à la fenêtre
(suivi de) Mais qu’est-ce qu’on fait du violoncelle ?
Matéi Visniec
L’Espace d’un instant, 110 pages, 11

Fenêtre sur cour Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°121 , mars 2011.
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