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Poésie Une lyre didactique

septembre 2015 | Le Matricule des Anges n°166 | par Richard Blin

Se référant à l’Encyclopédie, la prose pensive de Gérard Cartier cherche à redéfinir les liens de la poésie aux sciences et à l’Histoire.

Le Voyage de Bougainville

Le Voyage de Bougainville, supplément du supplément qu’écrivit Diderot, a tout l’aspect d’un traité de poésie didactique, voire celui d’un art poétique. Il enseigne ou appelle à considération, via un vers libre à l’allure de prose syncopée plus que d’alexandrins désarticulés, les tâches que la poésie se doit peut-être d’incarner, du moins de redéfinir face aux sciences (de l’histoire naturelle aux sciences dures en passant par la géographie), l’histoire, la philosophie et la littérature. La parfaite formation de l’honnête homme compte celle de l’art poétique, qui en serait la pointe. René Char rappellera que la poésie était un métier de pointe, comme l’aptitude de l’esprit géométrique (à déduire des vérités universelles) était exigée des postulants à l’Académie de Platon. Gérard Cartier, dont les livres ont toujours cherché à articuler le poème à l’Histoire (de la guerre d’Algérie à la Résistance du Vercors, etc.), n’hésite pas à inscrire au frontispice de son Voyage de Bougainville, la fameuse phrase du portique de l’Académie antique (« que nul n’entre ici s’il n’est géomètre »). Ce rappel de l’esprit critique, l’exercice du travail versifié, sujets d’imagination et de fiction (selon l’article de De Jaucourt dans l’Encyclopédie), semble en être tout à fait opposé. Ce livre, pourtant, y substitue un poème dont la sobriété et la distance (celle issue des sciences), le didactisme anti-lyrique, redéfinissent son nouvel horizon… Mais Gérard Cartier ne sépare pas pour autant les tâches : la pratique de son poème raffermit une scansion lyrique, appareillée aussi bien à des images densifiées (plus que stupéfiantes) qu’à tout un réseau de références savantes, indices pensifs dispersés, aussi logiques que parfois hermétiques. Cela n’enlève rien, pourtant, au sens ouvert du poème, à ce qu’il avance et expose du monde et de nos existences.
Six parties (précédées de « .Le Voyage de Bougainville. » et suivies « .Encyclopédie. ») traitent d’une somme de sujets, tous référents à leur titre générique. Pour « Géographie », douze coordonnées de navigation font titres (« .N 31°57`- E 35° 56`. » demande « Où est la cité de Philadelphe où le tombeau / Des Nabatéens rien qui soit nôtre banques/ Comptoirs d’import Nassif Trading Co/ Égaré dans la ville blanche tout à coup/ Rue barrée feux de pneus slogans Free/ Palestine dans les traverses/ Les veuves de septembre à genoux dans les gravats  »). À la section « Histoire » des dates se suivent, de l’an « .800. » à « .2009. », en passant par « .1917. » ou « .1871. », année de la répression de la Commune ; à « .Sciences. », le « .1. » amorce, les symboles suivent, tel ce « .t. », où « un bourdon dans les prunes fendues  » cherche en Lucrèce les mots et l’audace. Ailleurs « la lande rousse en méditation  » fait « Renaître dans l’éclat de la solitude l’océan/ Le vent acide une herbe entre les pouces/ Conversant avec les mouettes  ». À « .Philosophie. », l’eschatologie est finale, la formation du sens première, la nécessité de « .L’action. » seconde : c’est l’une des pages où Cartier excelle, par la simplicité conduite, la sobriété de la référence, et un lyrisme a minima juste. Écoutons la « Vertu de solitude (où) Han Shan cinquante ans/ Face à la Montagne Froide une hutte/ Au-dessus des brouillards et des jardins penchés/ (…) Sans un mot pour louer ni se plaindre sans/ Une pensée qui poigne oubliant d’être homme/ Ambition ni fortune ni l’amour des femmes/ Plus insoucieux que l’eau des sources/ (…) Je l’ai envié parfois assis face au Grand Som/ Écoutant jusqu’au soir les cloches régulières  ».
Emmanuel Laugier

Le Voyage de Bougainville
DE GÉrard Cartier
L’Amourier, 108 pages, 13

Une lyre didactique Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°166 , septembre 2015.
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