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Domaine français L’humanité dévoilée

novembre 2015 | Le Matricule des Anges n°168 | par Thierry Guichard

D’une marche en montagne avec cinq jeunes en délicatesse avec la justice, Dominique Fabre a ramené un livre d’une profonde justesse.

En passant (vite fait) par la montagne

Poète, romancier et nouvelliste, Dominique Fabre est un écrivain de l’instinct. Ses fictions se nourrissent à une enfance bringuebalée entre une famille d’accueil en Savoie, des internats en banlieue et le manque, incommensurable, d’un père définitivement absent et d’une mère trop occupée à vivre sa vie. Son œuvre romanesque tire de la pénombre des silhouettes d’hommes ou de femmes plus souvent seuls qu’accompagnés, posés au bord de la vie comme au bord d’un quai de gare où peu de trains s’arrêtent. Morceaux d’humanité saisis avec une fraîcheur de l’écriture qui sans cesse fait circuler dans les phrases la tendresse d’une enfance perpétuelle. On arpente beaucoup la banlieue, chez Dominique Fabre, d’Asnières à Bécon-les-Bruyères, sur les pas d’un Emmanuel Bove ou d’un enfant qui aurait vécu là si sa mère avait bien voulu de lui. Piéton de Paris et observateur attentionné des ombres anonymes qu’on y croise (lire Des nuages et des tours, L’Olivier 2013), Dominique Fabre a su transmettre dans ses poèmes (Avant les monstres, Cadex 2009) autant que dans ses romans (La Serveuse était nouvelle, Fayard 2005) une réalité quotidienne absente des représentations habituelles du monde. Et à y insuffler cette modeste part autobiographique qui le rend si proche…
Comment l’idée est-elle venue à Marie-Christine Guérin, directrice des éditions du même nom, de proposer à l’éternel Parisien d’accompagner une semaine durant cinq « jeunes gens de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), ou des gamins un peu dans le genre » dans les Alpes, en octobre quand l’hiver s’annonce sur les sommets enneigés ?
Un peu inquiet de se lancer dans l’aventure, l’écrivain accepte, car « parfois, on a seulement envie de prendre le large, histoire de se changer les idées ». Ne cherchez pas l’engagement social, le désir de témoigner, la prétention de servir à quelque chose : Dominique Fabre se rend à Cluses les mains dans les poches, sans idées préconçues, peu sûr de sa capacité à vivre sous un tipi, loin des boulevards des Maréchaux et dans une nature où le réseau téléphonique n’est pas garanti. Mais il vient surtout avec son regard si prompt à isoler le détail qui dit, plus que l’analyse, une situation, un état du monde immédiat. On le suit dans sa rencontre des cinq jeunes mineurs passeurs de frontières, en délicatesse avec la police et qu’accueillent les deux Max, éducateurs de l’association « En passant par la montagne » ainsi que Séverine, la psychologue. La troupe sera rejointe plus tard par une guide de montagne, Fanny, et deux ânes chargés de transporter le tipi et les vivres. De ces cinq accidentés de la vie, Dominique Fabre ne dit rien d’abord : il nous les montre. Leurs gestes, leurs manières de vouloir être là ou non, de regarder l’écrivain, leur façon de parler. Ils s’installent en nous comme ils se font une place dans le livre. Et plus que dans le fait de passer une nuit sous la neige, l’aventure est là, dans ce surgissement de l’humanité, dans cette fragilité arrogante ou pathétique, dans la manière avec laquelle l’un danse et l’autre fume. Ils peuvent être angolais, pakistanais ou marocains, orphelins, voleurs ou violents, peu importe. Ils sont vivants, dans ces pages et sous des noms d’emprunts, comme jamais ils ne le seront sous leurs vrais noms dans des reportages, des dossiers administratifs ou des rapports de police. Et le livre s’emplit de cette vie où bruit une enfance à laquelle celle de l’écrivain fait écho, au point qu’on se surprend à aimer, réellement, Nathanaël, Corentin et Bachir, Antony et Nour. « À vrai dire, les jeunes gens comme (eux), nous en croisons sans doute des milliers, mais je ne suis pas sûr qu’on puisse suivre tant d’histoires à la fois. Alors nous passons à côté d’elles, à côté d’eux et ils se débrouillent avec ça. »
T. G.

En passant (vite fait) par la montagne
de Dominique Fabre
Éditions Guérin, 189 pages, 19,50

L’humanité dévoilée Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°168 , novembre 2015.
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