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Arts et lettres La main qui voit

mai 2017 | Le Matricule des Anges n°183 | par Richard Blin

Comment la figure graphique vient-elle dans l’univers des tracés ? Et pour libérer quelles images mentales ? Ou comment Renaud Ego imagine la naissance de l’art figuratif.

Une fois passé l’éblouissement lié à la découverte des grottes ornées, les préhistoriens se sont interrogés sur les usages de leurs peintures en oubliant, ou en négligeant, ce qu’il y avait de stupéfiant dans ce geste si novateur consistant à « rendre visible le monde sous la forme de figures ». C’est à esquisser la genèse de ce qui a rendu possible l’émergence de cet art singulier de faire des images, que s’attache Renaud Ego dans Le Geste du regard.
Plutôt donc que de discuter des fonctions possibles de cet art, il inverse la perspective et s’intéresse au lent et patient processus qui aboutira à l’avènement du signe puis de la figure graphique. Il montre comment l’émergence des tracés a été précédée par plusieurs phénomènes à commencer par la reconnaissance de signaux. Le monde, l’environnement émettent des signes que l’homme préhistorique a d’abord dû savoir lire avant d’envisager d’en produire d’artificiels. Ainsi est né le biface, ce silex taillé sur les deux faces, un outil où l’on voit apparaître, à côté du souci d’efficacité, la notion de symétrie. Ce travail de la taille témoigne d’une première étape ou la ligne est recherchée en vertu de son efficacité propre. Mais passer des opérations de la taille au tracé graphique suppose la réalisation d’un « nouveau saut de pensée ». Car le tracé produit un espace et pas simplement une ligne. Si dans le biface le bord est la limite, dans le tracé graphique la forme est à l’intérieur du contenu. Autrement dit la figure opère dans le tracé, le passage de la limite au contour. Le trait porté par « l’œil de la main » prend le monde externe « au lasso de la ligne et le rapporte ». Un trait qui, en gardant la trace de son geste, devient une image.
La figuration résulte de ce prodigieux « saut de pensée » qui a consisté à rapporter un être à son apparence puis à synthétiser sa substance dans une forme visuelle à l’aide de traits. Le « faire apparaître » que réalise la figure, célèbre les noces du monde tel qu’il paraît, et de l’esprit tel qu’il le reçoit, le détaille et le pense à l’aide de ses images mentales. C’est parce que la figure accomplit cette transformation fondamentale « de la substance en son apparence, puis de cette apparence en une forme à penser » qu’elle est un geste, « le geste du regard ».
Et s’il est un secret de la figure, il réside dans son pouvoir d’être une apparition qui ne se dissipe pas, mais accède au prestige de « dépasser le temps ». Et, plus généralement, en faisant « de ce qui fut ce qui demeure ou de ce qui est absent ce qui reste présent », la vocation des images est peut-être de « rendre visible la vie », celle que le monde tient caché au cœur des apparences qui le constituent.
C’est ce même secret qui innerve Enfant-pluie, le livre des frères Graciano. L’un, Marc, a écrit un conte préhistorique, que l’autre, Laurent, a illustré. Deux frères qui, enfants, ont chassé l’un les oiseaux et l’autre les têtes de flèches en silex, dans un coin perdu de Dordogne, et qui aujourd’hui, tentent de retrouver le monde dans ce qu’il peut avoir de toujours neuf. Un conte naïf – au sens premier de natif, originel – qui imagine l’initiation d’un futur « serviteur de Notre-mère-la-terre » par une grande prêtresse de ce culte. Elle l’emmène dans un grand voyage qui « fait apparaître » la beauté du monde aux yeux de l’enfant. Une beauté qui rend « les gens petits » et dont témoigneront les images qu’elle peindra au fond d’une grotte « sacrée » au terme de leur voyage.

Richard Blin


Le Geste du regard, de Renaud Ego,
L’Atelier contemporain, 104 pages, 20
Enfant-pluie, de Marc Graciano,
illustré par Laurent Graciano, José Corti, 96 pages, 14

La main qui voit Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°183 , mai 2017.
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