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Théâtre Passer les frontières

février 2020 | Le Matricule des Anges n°210 | par Laurence Cazaux

Dans Mangrove, les rêves d’ailleurs se fracassent, alors que les fusées s’élancent dans le ciel.

La pièce de Lucie Vérot porte le nom des forêts impénétrables de palétuviers des régions côtières des tropiques, où se déposent boues et limons. Le texte s’ouvre sur une citation de Bernard-Marie Koltès : « On rencontre parfois des lieux qui sont, je ne dis pas des reproductions du monde entier, mais des sortes de métaphores de la vie ou d’un aspect de la vie… »
Pour Cécé, l’un des personnages de la pièce, « Quand la terre reçoit plus de morts qu’elle ne devait en accueillir, trop de morts sans sépulture, la terre trouve un moyen d’évacuer le surplus. Ici, ça a fait les mangroves. D’abord les peuples des forêts, ceux qui étaient là avant tout le monde. Les premiers Blancs, qui les ont tués, mais qui ont pas survécu non plus. Puis les esclaves amenés. Puis les bagnards quand la France a dû trouver d’autres esclaves. Et aujourd’hui tous ceux qui arrivent comme ils peuvent par les frontières. Parfois ils arrivent déjà morts. »
Mangrove est une pièce singulière qui tourne autour de l’odeur de la pourriture. La pourriture des morts. Et des rêves qui moisissent. Les rêves d’ailleurs. « Nous venons ici chercher un ailleurs de nous-mêmes », dira Evelyne, dont les photos en noir et blanc sont toutes devenues vertes de moisissure à la suite d’un dégât des eaux. Le « ici » en question, c’est la Guyane. Quelque part à proximité du centre spatial de Kourou.
Une dizaine de personnages parcourent ces pages. Des ingénieur.e.s du centre spatial, des légionnaires chargés de sécuriser les alentours, des métropolitains, des voyageurs, des locaux dont une jeune serveuse de 18 ans, Cécé. Du haut de sa jeunesse, Cécé est l’une des rares à avoir conservé un vrai désir de vie. Elle rêve encore de l’espace et s’émerveille de savoir qu’un océan aurait été trouvé sur Pluton. Les plus-adultes-qu’elle veulent tous lui donner de l’argent, pour la remercier, s’excuser, ou lui demander un service. Argent qu’elle refuse quasi systématiquement.
Ainsi, au début de la pièce, Monsieur Gustel, ancien légionnaire clochardisé appelé Charognard de par sa réputation de venir aux enterrements pour pouvoir manger gratuitement, essaie de dealer avec Cécé. Il voudrait qu’elle livre de la nourriture, de l’eau et des pains de glace trois fois par semaine à Alban, un ancien ingénieur du centre spatial qui a chopé «  la maladie des Métros » et refuse désormais de se lever de son hamac. Car tant qu’il ne meurt pas, Alban « rapporte » et Monsieur Gustel le sait très bien : « Alban, je ne l’abandonnerai pas sur son balcon, ce serait dommage pour tout le monde. Parce que mort, on le retrouverait. Un vivant ça peut rester des années dans un coin sans que personne s’en préoccupe, mais un mort finit toujours par attirer l’attention. Surtout ici avec trente-cinq degrés à l’ombre et jamais un millimètre carré d’air sec, ici un mort peut très vite faire tournoyer les oiseaux au-dessus d’une maison. (…)Mort, on le retrouverait, la métropole serait informée, et la métropole n’envoie plus d’argent, même le minimum, une fois qu’on est mort. De l’argent serait donc perdu pour tout le monde. » Là encore, il est question de pourriture, celle créée par l’argent.
Mangrove est une sorte de marmite où se côtoient des peuples différents, tiraillés entre une magie primitive et un matérialisme galopant, avec en toile de fond un lourd passé d’esclavage et de colonialisme. Ainsi, le centre spatial de Kourou peut aussi bien symboliser le rêve de l’espace que la présence ultra-coloniale de la France. Alban, dans son hamac, refuse désormais de voir les fusées s’élever dans le ciel. Pour lui, il faut en finir avec les conquêtes. Mangrove est un texte dense, comme une métaphore de la vie sur terre, avec nos rêves d’espace les pieds cloués au sol.

Laurence Cazaux

Mangrove, de Lucie Vérot
Éditions Espaces 34, 72 pages, 13,80

Passer les frontières Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°210 , février 2020.
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