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Domaine étranger Baïkal mon amour

février 2020 | Le Matricule des Anges n°210 | par Éric Dussert

Guerrier et homme des bois, Oleg Ermakov chante la taïga où l’on aime à se perdre. Il est aussi des adeptes de la vie sauvage à l’Est.

Le Cantique du Toungouse

Oleg Ermakov était forestier avant de faire son service militaire. Un épisode qu’il a subi en Afghanistan… Les Cercueils de zinc de la Nobel Svetlana Aleksievitch ainsi que certains films russes nous ont montré ce qu’avait été cette guerre. Vétéran, Ermakov en a rapporté trois livres traduits par Françoise Gréciet, assez terribles pour qu’ils rejoignent la Putain de mort où Michael Herr décrivait sans filtre la guerre du Vietnam : Récits afghans (1991), La Marque de la bête (1994), Hiver en Afghanistan (1997). Délesté de ces histoires traumatisantes, Ermakov a choisi une nouvelle existence, avec de nouvelles interrogations. Bien que natif de Smolensk, capitale d’un oblast proche de la Biélorussie, l’ex-soldat de l’Armée rouge a opté pour la taïga, ce territoire « impénétrable » comme l’indique son nom, pour s’immerger en forêt. Une magnifique Pastorale transsibérienne parut en France en 1994 chez Jacqueline Chambon – elle reparaît en semi-poche aux Syrtes pour accompagner Le Cantique du Toungouse, nouvelle échappée romanesque en territoires vierges, ces vastes contrées de bois, de monts et de plaines où l’homme n’est qu’un microbe entouré de vies parfois exubérantes. Ne disaient pas autre chose Viktor Remizov (Volia Volnaïa) et Mikhaïl Tarkovki (Le Temps gelé) qu’on a pu lire récemment.
Comme il l’écrit avec beaucoup de poésie dans sa Pastorale transsibérienne, Ermakov qui se cache mal derrière ses personnages, « n’était plus le rameur qu’il avait été. Il était pasteur désormais. Le pasteur de ses pensées dans la vastitude. » Et la taïga peut en contenir des pensées. En susciter aussi. D’autant que sa population, humaine et animale – les animaux vivent aussi dans ce livre, comme l’ours nommé Noireaud – ne manque jamais d’être originale, et parfois même captivante. « J’étais loin de penser que j’allais trouver ici un tas de bibliophiles farfelus. Ce boulanger avec sa barbe de boyard, sa guitare, son flamenco et Cervantès. Cet avorton de Prassolov avec son Dostoïevski. Comment Katia a-t-elle pu aimer un type pareil ? (…)/ – Te le fais ce feu de camp oui ou non ? »
Sitôt les obligations quotidiennes remplies, sitôt la sécurité assurée les paroles se nouent et forgent pour le lecteur une rêverie sans fin. Elle se compose des chants de la grand-mère chamane Katè qui sait reproduire le chant des oiseaux, de traditions, de savoirs épars réunis là tout à coup dans un désordre entretenu. Au passage, Ermakov nous signale les auteurs russes épris de nature, de l’ornithologue Vitali Bianchi jusqu’à l’incontournable Mikhaïl Prichvine (1873-1954), surnommé le Thoreau russe dont aucun volume n’est disponible aujourd’hui en France par un mystère qu’on ne cherchera pas trop à élucider (contre 134 volumes de Thoreau disponibles en français en 2020) : l’Est est apparemment beaucoup moins intéressant que l’Ouest…
Toujours en déplacement, le roman prend naissance avec la fuite d’un Toungouse farouche mais les protagonistes trouvent autour de l’âtre l’occasion d’échanger. Ces êtres que l’on dit solitaires ne le sont certes pas. Leurs principes fondamentaux seuls les font passer pour sauvages : liberté et autonomie maximales, bain perpétuel de nature. Une ambition modeste ou exorbitante selon le degré d’oppression auquel on voudrait les assujettir. «  Quelle sottise de se demander l’heure quand on est debout parmi les herbes mortes, au milieu des arbres. À mille ans près : en avant, en arrière, à gauche, à droite.. » Et, de fait, l’heure et le kilomètre sont les denrées les moins rares dans cette région baïkale qu’Ermakov nous invite cordialement à visiter. Le voyage est recommandé avec un pareil guide.

Éric Dussert

Le Cantique du Toungouse, d’Oleg Ermakov,
traduit du russe par Yves Gauthier,
Éditions des Syrtes, 344 p., 23

Baïkal mon amour Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°210 , février 2020.
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