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Poésie Capitale Anna Gréki

février 2020 | Le Matricule des Anges n°210 | par Emmanuelle Rodrigues

Accompagnés de textes inédits, les poèmes de l’écrivaine et militante algérienne font ici la preuve que sa voix n’a rien perdu de sa force.

Juste au-dessus du silence

Voici une poésie de prime abord tout en lyrisme, et pourtant loin de tout formalisme. Dans les vers façonnés par Anna Gréki, chaque mot en présence est à considérer attentivement, rien qui ne soit là susceptible de laisser le lecteur indifférent. Cela n’a pas échappé à ses contemporains qui la reconnurent d’emblée comme l’une des grandes voix de la littérature algérienne des années 50 et 60. Lors de l’hommage qui lui fut rendu, après sa mort, par l’Union des écrivains algériens, Jamel-Eddine Bencheikh évoque magnifiquement sa singularité, tout en éclat et en force, la comparant à Eluard et Maïakovski : « On y retrouve les mêmes mots de colère, d’espérance et de confiance qui font ses propres poèmes, la même foi en un avenir que la vie vient de lui refuser. »
Combattante, Anna Gréki, de son vrai nom Colette Grégoire, le fut. Née en 1931, à Batna, elle poursuit des études de lettres et devient institutrice, elle s’engage alors dans une vie de militante en faveur de l’indépendance de l’Algérie. En mars 1957, arrêtée et torturée, et internée dans un camp en 1958, elle est par la suite expulsée de sa terre natale. Elle revient y vivre après l’indépendance, occupe une chaire de littérature française dans un lycée d’Alger, jusqu’à sa mort en janvier 1966. Récemment créées en hommage à la revue éponyme animée par Jean Sénac qui en édita un numéro en 1953, les éditions Terrasses proposent pour leur premier ouvrage la réédition bilingue d’une vingtaine de poèmes d’Anna Gréki, ainsi qu’un choix de textes jusqu’à présent inédits. Présentés par la jeune auteure algérienne Lamis Saïdi, les deux livres d’Anna Gréki, Algérie, capitale Alger, publié à Tunis en 1963 et Temps forts, à Paris en 1966, lui auront permis de découvrir sa « géographie intérieure », car, nous précise-t-elle, celle-ci « vivait comme ses compatriotes au rythme de la révolution, du rêve, de la peur, et du rapport complexe à la terre, au ciel et aux odeurs naturelles ».
Juste au-dessus du silence nous fait entendre les questionnements de celle qui nous parle avec sa conscience. Est ainsi reproduite ici la lettre par laquelle elle témoigne de son arrestation et des tortures qu’elle dut subir, avec une précision qui confère à son récit une dimension mémorielle comparable aux écrits de Primo Levi et de tant d’autres. En regard de ces mots jaillis de son expérience de la prison, l’un des poèmes extraits du recueil Algérie, capitale Alger livre ces vers : « Tu racontes cette histoire de famille/ Dans la cour usée/ De la Prison Civile d’Alger/ Par une journée d’août parfumée/ Où l’on entrerait nu dans la mer/ Comme dans la confiture/ Dans la mer qu’on hume/ À cinq cents mètres/ En écoutant tes histoires de famille/ Et la terre éclate/ Et s’abolit le temps/ Poignardé ».
L’écrivaine évoque par ailleurs l’œuvre de Frantz Fanon, dont elle comprend immédiatement l’importance : « Frantz Fanon vient de mourir », écrit-elle dans Jeune Afrique en décembre 1961, et poursuit-elle, « Jusqu’au bout, il se voulut un homme libre, un combattant. Les Damnés de la terre aura été son ultime témoignage, un bilan, un testament. » Anna Gréki qui a saisi le risque d’une langue dévoyée par ce qu’elle nomme alors « cette mystique du langage », considère que l’écrivain a pour tâche de traduire le réel, non de le perdre de vue en le rendant confus, ce qui est là sa véritable contribution à la littérature et à l’art. C’est ainsi qu’elle déclare : « L’art n’est pas un luxe, mais une donnée immédiate de la conscience. » Et citant Gramsci : « l’art est éducateur en tant qu’il est l’art et non la morale ». En se consacrant à traduire les mots d’Anna Greki, Lamis Saïdi reprend à son compte l’œuvre d’Anna Greki, qu’elle compare à deux de ses contemporaines, Sylvia Plath et Forough Farrokhzad, pour a contrario voir en elle un modèle positif. On comprend alors l’ambitieux projet des éditions Terrasses.

Emmanuelle Rodrigues

Juste au-dessus du silence, d’Anna Gréki,
traduction et préface de Lamis Saïdi,
Éditions Terrasses, 202 pages, 11

Capitale Anna Gréki Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°210 , février 2020.
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