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Théâtre Une fable uppercut

juin 2022 | Le Matricule des Anges n°234 | par Laurence Cazaux

Les animaux d’un petit « zoo-en-noir-et-blanc du genre minable » nous interrogent sur notre capacité à agir et résister ensemble.

Ce que vit le rhinocéros lorsqu’Il regarda de l’autre côte de la clôture

Ce que vit le rhinocéros lorsqu’il regarda de l’autre côté de la clôture s’ouvre sur une séquence intitulée : « Imaginez un zoo ». Un zoo d’il y a longtemps, nous précise-t-on. Quatre narrateurs nous racontent un premier événement dramatique : la mort du rhinocéros du Bengale. Les narrateurs vont également jouer les animaux du zoo. Pour Papa Babouin : « la chose est claire comme de l’eau de roche : le rhinocéros s’est mêlé d’affaires qui ne le concernaient pas. Voilà ce qui arrive. Je n’en dirai pas plus. » Monsieur Mouflon enrage de la position dominante du singe mais déclare : « Au bout du compte, on s’en fiche bien de quoi le rhinocéros est mort. Il est mort, et aucun d’entre nous n’en est responsable. Alors n’en parlons plus. C’est de l’histoire ancienne. Oublions. » Petite-Marmotte quant à elle n’est pas d’accord. Elle pense que le rhinocéros a vu quelque chose de tellement triste qu’il en est mort. Et elle se jure qu’à la fin de son hibernation, sa première pensée sera pour lui. Mais le printemps venu, sa première pensée est qu’elle est vraiment affamée. Ces animaux-là débattent de questions qui vont sous-tendre toute la pièce : que faut-il choisir entre l’action, la passivité ou l’oubli face à des tragédies ?
Le printemps, en plus du réveil de Petite-Marmotte, voit l’arrivée d’un nouveau collègue, un jeune ours, capturé en Sibérie. Il arrive au zoo dans un train bondé d’étranges créatures « frêles comme des brindilles en hiver. Rayées comme des zèbres. Mais elles marchent sur deux jambes. Et ne sentent pas particulièrement bon. » Papa Babouin souhaite bienvenu au jeune ours, ce dernier trouve qu’il flotte une très mauvaise odeur dans le zoo. « C’est juste la cheminée là-bas, de l’autre côté de la clôture. Les poêles tu sais » répond Papa Babouin. Et d’ajouter : « Tu t’y habitueras vite. »
De tous les animaux, l’ours est le seul à regarder de l’autre côté de la clôture. Là où se trouvent les bottés et les rayés, dont il apprend que ce sont des hommes. On lui explique que : « Les bottés sont les chefs. Et les rayés ne sont rien du tout. »
L’ours est également le seul à s’apercevoir que les oiseaux ont déserté les alentours du zoo. Les animaux se souviennent alors que la disparition des oiseaux coïncide avec l’installation de la grande cheminée. L’ours va vouloir agir. Les animaux commencent à s’interroger, presque naïvement, et ce décalage dans la perception des animaux permet à l’auteur d’aborder la Shoah.
Jens Raschke raconte que son écriture a débuté en découvrant un rapport du gouvernement allemand publié en 2011 sur l’antisémitisme croissant outre-Rhin, rapport qui l’a bouleversé. Un an plus tard, il découvre une photo : le vestige d’une fosse à ours d’un petit zoo situé le long de la clôture du camp de concentration de Buchenwald. Il se rend sur place et se demande : « Qu’ont bien pu voir les animaux qui l’habitaient à l’époque lorsqu’ils regardaient de l’autre côté de la clôture ? Qu’auraient-ils (ou pas) pensé et qu’auraient-ils (ou pas) fait s’ils avaient pu comprendre ? Leurs actions ou leurs inactions n’auraient-elles pas été les mêmes que les nôtres, à nous, humains ? » Et de conclure : « C’est de cela qu’il s’agit, je crois, dans ma pièce : de l’animal dans l’humain et de l’humain dans l’animal. »
La pièce bascule par moments dans des séquences quasi oniriques, écrites comme des monologues non distribués, par exemple cette séquence où la grande ourse et la petite ourse descendent du ciel pour devenir la mère et la sœur à la recherche de l’ours.
La dernière séquence, « Il était une fois », reprend pour partie le début de la première scène, le passé remplaçant le présent. Comme si la pièce était en boucle, les massacres ne s’arrêtant jamais. Ou comme une invitation à toujours raconter cette histoire-là, pour ne pas l’oublier.
Cette fable vient percuter l’actualité, avec le sentiment que nous ne regardons pas vraiment de l’autre côté des barrières du monde occidental, histoire de ne pas sortir de nos zones de confort. Mais la pièce nous questionne : serions-nous plutôt Papa Babouin ou plutôt ours face aux violences et aux injustices de ce monde ?

L. Cazaux

Ce que vit le rhinocéros lorsqu’il regarda
de l’autre côté de la clôture

Jens Raschke
Traduit de l’allemand par Antoine Palévody
Théâtrales jeunesse, 96 p., 8

Une fable uppercut Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°234 , juin 2022.
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