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Essais Le salaire de la peau

janvier 2025 | Le Matricule des Anges n°259 | par Jérôme Delclos

Je ne finirai pas poussiéreux sur une étagère »

Une galerie d’art à Zurich en 2008, comme en remake du film de Denys de La Patellière Le Tatoué (1968), dans lequel un « marchand d’art sans scrupule » (Louis de Funès) convoite la peau – un Modigliani – d’un « légionnaire d’apparence rustre » (Jean Gabin). Le tatoué de Zurich, c’est Tim Steiner. Une photo (ci-contre) nous le montre lors de l’expo Wim Delvoye au Louvre en 2012. Grand tatouage dorsal – tête de mort, madone auréolée, des roses rouges et d’autres bleues, etc.
Le dense petit essai de Vanessa Morisset, universitaire et critique d’art, tourne autour de « l’œuvre-transaction » intitulée Tim du prénom de son « porteur ». Tim, « fixée sur un support mouvant et vivant », a pour auteurs en 2008, de l’aveu même de Wim Delvoye, « les avocats qui ont rendu la transaction possible » entre « un artiste, un collectionneur et le porteur d’une œuvre », plutôt que lui qui l’a signée en 2006 « au-dessus de la fesse droite » du support. Ou comme l’artiste le dit cash, « C’est de l’art parce que ça s’est vendu ». Tim ne sera achevée qu’avec « le décès de Tim et le moment de la sauvegarde du tatouage » qui ira à Rik Reinking, « le propriétaire de mon dos » dit Steiner.
Le livre pose une foule de questions éthiques, juridiques, anthropologiques, écologiques, politiques. Que penser de l’« Art Farm » de Delvoye en Chine, où s’ébattent des porcs tatoués – logos de marques dont Vuitton, « allusions à Walt Disney » – et signés sur leur couenne par l’artiste belge ? Ou de la mode funéraire aux USA de prélever post-mortem les tatouages du défunt, et les tanner et encadrer pour ses héritiers ? Tim Steiner, en tout cas, honore le contrat : trois fois l’an, il se désape et exhibe… non, il expose Tim. Avec l’argent, il se consacre à sa passion, la musique. Les « bullshit jobs » d’avant, « baby-sitter ou pompiste », il en avait plein son dos. Dont, c’est une clause du viager, il prend soin.

Jérôme Delclos

« Je ne finirai pas poussiéreux sur une étagère », de Vanessa Morisset, Archivio, 56 pages, 12

Le salaire de la peau Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°259 , janvier 2025.
LMDA papier n°259
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LMDA PDF n°259
4,50