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Gros plan

  • Précédé d’un exergue signé Roberto Bolaño, Grâce leur soit rendue évoque immédiatement le grand écrivain chilien puisque celui qui parle et auquel on va s’attacher sur plus de la moitié du livre s’appelle également Roberto, est aussi Chilien, vit de même à Barcelone où il fait gardien d’hôtel pour pouvoir écrire. Au moment où s’ouvre le livre, il parle donc en public. C’est l’enterrement de Unica, la femme de sa vie, romancière également, brûlée à l’incandescence noire de sa propre radicalité. Unica s’est donné la mort, puisqu’elle n’était pas faite pour la vie. Chilienne exilée, elle n’aura eu de cesse de (...)

    Lorette Nobécourt

  • La résonance de deux phrases lapidaires – « Anton roule. Il roule. » − pourrait à elle seule condenser la trame romanesque de Carénage, tant rien ne semble a priori pouvoir refréner l’avidité et la vélocité kilométriques de son antihéros. Rien sinon, peut-être, la « jalouserie » de Leen, jeune femme qui, bien qu’à mille lieues du « rêve de prince et de princesse qu’on injecte aux petites filles bien avant qu’elles ne se masturbent dans le silence de leur chambre rose », n’est pas prête à céder le corps de son motard au corps exclusif d’une Triumph, fût-elle « oiseau de proie » couleur Phantom Black. En virtuose de (...)

    Sylvain Coher

  • Les livres de poésie qui ont marqué l’édition de ces quinze dernières années ne sont pas nombreux. Pas revoir, le livre du deuil, y figure assurément qui fit découvrir à plus d’un cette voix étonnante, emplie d’émotion et de fraîcheur, inventive en diable et toujours juste. La voix poétique de Valérie Rouzeau. Un peu plus de douze ans et quelques livres plus tard, Vrouz qui paraît ce mois-ci pourrait rejoindre les incontournables de la poésie française tant ce livre, à nouveau, produit à la lecture des sensations aux ramifications infinies. Prenant à toutes les écoles poétiques les outils propres à faire (...)

    Valérie Rouzeau

  • Le lecteur des livres de Marcel Cohen n’est jamais vraiment sûr de savoir ce qu’il est en train de lire. Livres ou recueils de textes en prose ? La question pourrait paraître futile. Un recueil rassemblerait des textes alors qu’un livre les organiserait. La plupart des « faits » que relate l’écrivain semblent donc recueillis, comme au retour d’un voyage, on poserait sur une table les souvenirs récoltés sous forme d’objets ou de photographies. Mais, le lecteur des livres de Marcel Cohen ne peut manquer de sentir que cet assemblage fait apparaître, en creux, tout un monde tenu dans les interstices des (...)

    Marcel Cohen

  • Pour les lecteurs intéressés par ce qui nous importe ici, la littérature qui marque, qui tache, qui bouleverse et qui meut, pour les fictionneurs qui manifestent l’ambition de pousser leur art plus loin, Céline Minard est synonyme de branle-bas des neurones. Elle nous met tous au pied du mur. C’est à un vaste tournoi littéraire que convoque sa seule présence sur les étals. Et le jeu du tournoiement lui sied, il faut dire, fut-ce au sens médiéval du terme, car elle ne craint aucun affrontement. Assurée qu’elle est de pouvoir casser tous ses jouets l’un après l’autre, elle porte plus loin son (...)

    Céline Minard

Notre sélection

Domaine français Nathalie Quintane

Un hamster à l’école Editions Fabrique
2021
Avec son sens de la notation micropolitique et sa poétique de la découpe, Nathalie Quintane débite l’Éducation nationale en 48 morceaux de choix. Depuis le temps qu’on l’attendait. Le réquisitoire implacable qui dépieuterait le mammouth et ses trouffions, de ses ministres à ses professeurs. Cela commence presque en mode mineur : « - À la fin des années 70, je suis passée du 93 / au 95. C’est une histoire que je raconte souvent. » De Quintane, on avait lu récemment Les Enfants vont bien, antiphrase cruelle référant aux jeunes réfugiés,...
Chloé Brendlé
février 2021
Le Matricule des Anges n°220

Domaine étranger Thomas Melle

Le Monde dans le dos Editions Métailié
2020
Dans un témoignage aussi lucide qu’halluciné, l’Allemand Thomas Melle nous projette son « mal » littéraire et théâtral. La Nef des fous, poème publié par Sebastien Brant en 1494, eut un succès et une prégnance considérable traversant toutes les époques. Albrecht Dürer l’illustra. Jérôme Bosch l’a peinte. Erasme dans son Eloge de la folie la réfute. Jim Morrison et les Doors la psychédélisent. Quant à Michel Foucault, son Histoire de la folie à l’époque classique démontre que le mythe de la nef des fous se...
Dominique Aussenac
mars 2021
Le Matricule des Anges n°221

Poésie Leslie Scalapino

Way Editions Corti
2020
Avec Way, Leslie Scalapino entrecroise sur la bande du poème des voix multiples venues trouer la réalité pour dire le point d’une résistance. Le deuxième livre de Leslie Scalapino, Way, dont les traductrices ont à raison maintenu le titre original, pour le traduire par « voie » dans la section éponyme du livre, donne l’impression d’une écriture forgée par deux héritages : celui de certains poètes objectivistes américains, on pense à Charles Reznikoff pour le matériau urbain convié et la violence sociale subie par les anonymes de...
Emmanuel Laugier
janvier 2021
Le Matricule des Anges n°219

Théâtre Ronan Chéneau

Mesdames, messieurs et le reste du monde Editions Solitaires intempestifs
2021
En multipliant les approches et les points de vue, Ronan Chéneau interroge le déplacement des représentations. En 2018, le Festival d’Avignon présentait, comme chaque année depuis cinq ans, un feuilleton théâtral dans le jardin de la médiathèque Ceccano. Cette année-là, mis en scène par David Bobée à partir d’une matière écrite, rassemblée et proposée par Ronan Chéneau, il s’agissait de travailler la notion de genre. Or, « dire genre est plus piquant que dire le mot épine, ronce ou dire le mot...
Patrick Gay Bellile
juin 2021
Le Matricule des Anges n°224

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