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La vedette américaine
Lmda N°270 Dans ce premier roman plein d’humour, Nicolas Doutey permet à un dramaturge amateur d’atteindre un sommet imprévu. Se faire connaître quand on est un dramaturge inconnu, ou moins que ça, quand on vacille au bord de la possibilité éventuelle d’en devenir un après avoir écrit, selon les indéfinissables règles d’une obstination hasardeuse, une pièce de théâtre peut-être un peu trop brève pour mériter ce nom, voilà qui n’est pas une mince affaire. On ne sait pas à quelle porte frapper et celles auxquelles on...
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Domaine étranger Encore un complot Avec J.D. Salinger comme prétexte, Enrico Deaglio nous balade avec brio entre docu et fiction. L’Américain Jerome David Salinger (1919-2010) est célèbre pour un best-seller de la contre-culture, L’Attrape-cœurs (The Catcher in the Rye, 1951), 65 millions d’exemplaires vendus depuis sa parution. Dans ce roman d’apprentissage à la première personne, on suit un ado en crise, Holden Caulfield, 16 ans, fugueur de son lycée et qui erre trois jours dans New York. Il deviendra le premier antihéros de la culture pop, une icône. Le succès du...
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Domaine français L'amour au temps du chaos Alain Guiraudie poursuit avec ce troisième volume son roman-fleuve entamé il y a quatre ans avec Rabalaïre. Avec son titre en occitan, ses mille pages sans autres paragraphes que ceux imposés par des dialogues faisant des percées dans le bloc obstiné du texte, avec son action incessante, de jour comme de nuit, suivie en direct dans la caboche qui tourne à plein régime de Jacques Bangor, personnage principal et double meurtrier aux circonstances plus ou moins atténuantes, avec son étrange petit village inventé, Gogueluz, lieu à la fois banal et...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Histoires de ouf
On pioche au rayon des célébrités une paire de récits autobiographiques signés par des Nicolas. En vue d’un exercice de littérature comparée. Bedos vs Demorand. Le premier publie La Soif de honte et choisit de mener son introspection à la deuxième personne, afin de « se confronter » et ne « rien mentir » (licence poétique). Le dispositif, censé produire de la distance, n’offre pourtant guère plus de recul qu’une perche à selfie. L’auteur promet du surplomb, mais se cadre essentiellement en contre-plongée : « Les éclats de rire du bébé, mêlés au chant d’un chardonneret, mariés aux murmures...
Le Matricule des Anges n°264

un auteur
Edna O'Brien
Chronique
Traduction
Traduction
Vincent Raynaud
La Récréation est finie de Dario Ferrari
Le 21 mai 1980, Margaret Thatcher, Première ministre du Royaume-Uni, s’exprimait devant des adhérentes au parti conservateur qu’elle dirigeait. C’est à cette occasion qu’elle prononça une formule passée depuis à la postérité : TINA. There is no alternative. Il n’y a pas d’autre voie. Ce qu’elle voulait dire, c’est que l’économie de marché et le capitalisme mondialisé ne sont pas des états transitoires qui seront un jour dépassés : ils constituent un point d’arrivée et leur triomphe est une forme de transcendance à embrasser avec bonheur. Ce faisant, elle enterrait de façon lapidaire des...
Le Matricule des Anges n°267
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Domaine étranger Traduire les pertes Dans un roman court et subtil, Gabriel Josipovici dresse le portrait d’un homme en deuil à travers les trois étapes d’une vie discrète et insondable. Un Anglais « de la vieille école », qui met toujours « une veste et une cravate avant de s’installer à son bureau, et un manteau et un chapeau pour sortir », vit à Paris « depuis trop longtemps pour s’en souvenir ». Traducteur de son état, il enchaîne les livres plus ou moins intéressants à verser d’une langue à l’autre dans son petit logement mansardé, où « s’il tendait le cou, il pouvait apercevoir le bord du grand dôme du Panthéon à...
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Poésie Des cals aux mains Lettres à la Bien-aimée rassemble six livres (1989-1997) du poète Thierry Metz, l’auteur du Journal d’un manœuvre (1990) y donne à entendre des poèmes arasés comme des pierres charriées par la violence d’un éboulis. Vie brève, vie minuscule, vie dans quoi un coin s’est fiché un jour de mai 1988, à la mort de son fils Vincent, fauché par une voiture sur la route proche de leur maison. Vie que celle de Thierry Metz, qui ne se remettra pas de cette mort, malgré la hargne, l’écriture. Malgré les pages bouleversantes des Lettres à la Bien-aimée (Françoise Metz, mère de leurs trois enfants) où Vincent revient parler, se plier dans les pages froides du livre...
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Poches Inuite à crête Par un premier récit très rythmé, tout hirsute d’une poésie révoltée, Tanya Tagaq nous offre un conte à la fois contemporain et multimillénaire. Partout dans le monde les peuples premiers dépérissent, victimes d’une acculturation accélérée par les effets d’une mondialisation impitoyable qui exclut les humains de leur environnement, leurs cultures, les transformant en consommateurs hébétés passifs. Il en est ainsi du Groenland, menacé par un État voisin d’être vidé de ses dernières richesses naturelles. Il en est de même du Nunavut voisin, sous domination canadienne. Depuis quelques...
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Théâtre Au commencement était la banane L’histoire d’une île, d’une famille, d’un combat, par Béatrice Bienville. C’était il y a bien longtemps, Adam et Eve, en croquant la banane sur les conseils du lézard Zandoli, déclenchaient toutes les malédictions que Bondye fera s’abattre sur les pauvres têtes de l’espèce humaine. Plus tard, bien plus tard, une jeune femme, Zoé, se prépare à retourner en Guadeloupe pour assister à l’enterrement de son oncle, Joshua, mort d’un cancer de la prostate. Entre les deux, il y a le chlordécone, un pesticide destiné à...
Intemporels
par Didier Garcia
Le poids des mots
De l’amour heureux à la violence conjugale : l’itinéraire d’un couple ordinaire, porté par la langue savoureuse de Jean Meckert.
Encouragé par Gide et Queneau, entre autres passeurs de talents, Jean Meckert (1910-1995) est surtout connu pour la vingtaine de romans qu’il a publiés dans la Série Noire sous le pseudonyme de Jean Amila à partir de 1950. Mais avant de consacrer sa vie au polar, il avait rédigé cinq romans traditionnels, dont Les Coups, publié en 1942.
La première phrase donne d’emblée le ton, sinon la manière : « J’avais été m’asseoir ce jour-là, tout seul sur la berge, comme un pêcheur, avec les pieds au-dessus de la flotte. » Inutile de s’attendre ici à beaucoup de chichis : la langue de Meckert sera...
Le Matricule des Anges n°125








