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Contours de l’épuisement
Lmda N°276 Le nouveau roman d’Anne-Sophie Subilia dépeint le quotidien d’une jeune mère de famille. Autopsie d’une dépression post-partum bien trop commune. Il faut quelques pages pour que l’on apprenne son prénom : Béa. Au début, elle est réduite à des dénominations vagues, « on », « la femme », « elle », qui laissent deviner une personne accaparée par les besoins de son nourrisson, Gabrielle, et les bêtises de son aîné, Jan. Elle est, ou plutôt elle était, quand elle disposait de l’espace mental lui permettant de pratiquer son métier,...
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Domaine étranger Soleils aveugles Avec Le Bon mal, l’argentine Samanta Schweblin déstabilise le lecteur par un art affirmé du décalage et du renversement. Grave, intime et beau. Des anges, il y a ceux qui chantent la vie et ceux qui incarnent la mort avec un côté psychopompe pour guider dans l’au-delà. Les anges battent des ailes et dans leurs battements le réel se transforme, révèle d’autres dimensions. L’étrangeté, c’est quoi ? Le caractère de ce qui est bizarre, surprenant, inhabituel… L’étrangeté panique. Certains la recherchent. Les nouvellistes, depuis Edgar Allan Poe, ont leurs maîtres de l’étrange et leurs...
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Domaine français Saga corse Dans son nouveau roman à l’ambition affichée jusque dans son titre, Marc Biancarelli exhume les racines du nationalisme corse et la figure historique de Sampieru de Bastelica. Entre fureur et violences. Nous sommes au mitan du XVIe siècle dans un petit village à flanc de montagne de la Corse, l’Arcinivala. Celui qui raconte est archidiacre en son village de Vescovato, non loin de là. Anton Pietro Filippini se dit aussi écrivain et poète et possède outre une propension à la couardise, un goût certain pour la langue vernaculaire corse. L’homme n’est pas le témoin direct de tous les événements qu’il rapporte (si ce n’est l’arrivée sanglante de...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Des pavillons dans le ventre
Coup de fil d’un confrère de Lire-Le Magazine littéraire. Les vœux, quelques potins, l’IA, les salaires (soupirs), Trump, et – on le flairait – une sollicitation. Le journal vient de désigner La Nuit ravagée meilleur livre de l’année 2025 ; un papier dans la revue serait le bienvenu.
Si on peut rendre service. Sans garantir l’efficacité de la démarche tant l’auteur, Jean-Baptiste Del Amo, semble imperméable à toute publicité : alors qu’il cumule les récompenses – prix Fnac, Goncourt du premier roman, Livre Inter, et roi de Lire désormais – sa notoriété demeure relative. Son nom énoncé,...
Le Matricule des Anges n°270

un auteur
Marc Biancarelli
Chronique
Traduction
Traduction
Julien Tribotté
Le Blues usé de Langston Hughes
En janvier 1926 paraît le premier recueil d’un très jeune poète qui deviendra l’une des grandes voix de la poésie américaine. Un siècle après sa parution, le livre frappe et touche encore. Les poèmes prennent appui sur des réalités simples et décisives : la fatigue, l’injustice, la dignité, l’espoir. C’est peut-être cela d’abord qui m’a retenu en le traduisant. Cette évidence. Cette capacité à écrire une poésie d’une grande tenue sans jamais la séparer de ses lecteurs.
Né en 1901 à Joplin, dans le Missouri, Langston Hughes grandit entre plusieurs villes américaines marquées par...
Le Matricule des Anges n°273
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Domaine étranger L'art, haut la main À la croisée de l’Histoire et de l’art, de la philosophie et de la morale, du documentaire et de la fiction, le roman de Roland Siegloff parvient à concilier littérature et pédagogie. L’intrigue du roman est simple : Camille, une stagiaire journaliste à la télévision belge est chargée de faire un reportage sur le centenaire de la mort de Thomas Vinçotte, sculpteur officiel de la Cour au début du siècle dernier et qui a laissé à Bruxelles nombre d’œuvres dont les imposants Statue équestre de Léopold II et Monument aux pionniers belges au Congo qui, parce que symbolisant la grandeur du royaume, sont sujets à controverse...
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Poésie Le goût de vivre Inédit en français, Amérique primitive met en évidence la langue très dense de Mary Oliver (1935-2019) : sa parole poétique s’impose tel un dialogue incessant entre soi et le monde. Publié en 1983, Amérique primitive qui reçut alors le prix Pulitzer de poésie, révéla de manière remarquable la voix de Mary Oliver, proche de celles d’Emily Dickinson ou de Henry David Thoreau. Elle n’est cependant pas « le chantre d’une Wilderness mythifiée », comme le précisent les préfaciers, mais dans une approche intuitive, en résonance avec toute forme de vie, elle tend à rendre compte de son émerveillement : avec l’écoute et...
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Histoire littéraire Tout près, le monstre Colette (1873-1954) élève la chronique judiciaire au niveau de la haute littérature, celle qui se confronte à notre part la plus sombre. Musique, théâtre, cinéma, mode, faits divers, actualités des deux guerres, etc. : Colette a écrit plus de 1200 articles dans une centaine de titres de presse, de la revue culturelle aux magazines féminins en passant par les grands quotidiens nationaux. Frédéric Maget qui en avait édité une sélection (Colette journaliste. Chroniques et reportages 1893-1941, Seuil, 2010), nous fait découvrir avec Voici Landru ! la chroniqueuse judiciaire de...
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Théâtre Une immense tragédie Quand une femme se dresse face à la guerre et à la folie des hommes. Aristide Tarnagda est un auteur du Burkina Faso. Sa rencontre en 2004 avec Koffi Kwahulé le convaincra de se consacrer au théâtre et à l’écriture. Fadhila est son texte le plus récent. Fadhila, c’est d’abord une langue. Une langue puissante, imagée, métaphorique, une langue qui conte et raconte et laisse aux personnages le temps et l’espace de parler pour nous dire, ou tenter de nous dire, leurs vérités profondes. C’est la langue directe...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
Produits français
Saint-simonien proche du père Enfantin, le journaliste Louis Jourdan fit de l’objet manufacturé sa matière première.
Louis Jourdan est toujours accompagné d’une blague ; elle est suspendue à son bras par une ficelle. On dit que c’est un vœu ! » Ce détail de mise évoqué moqueusement par Jean François Vaudin (?-1869) au terme de la notice ravageuse qu’il consacre à Jourdan dans ses Gazetiers et Gazettes (chez tous les libraires, 1860) dit assez l’attachement de ce dernier aux objets. Il avait publié l’année précédente un livre des plus curieux, charmant comme tout et cependant titré d’assez métallurgique manière : les Contes industriels (Hachette, 1859) témoignaient d’un souci pédagogique comparable aux...
Le Matricule des Anges n°131








