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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Attentive à vivre

    Lmda N°272 Une réédition, des carnets inédits… l’occasion de toujours mieux connaître l’insaisissable Anne Serre.

    Rêve cette nuit. Carnets 2002-2024

    Ses lecteurs fidèles sont gâtés. Après son récent roman-choral Vertu et Rosalinde au Mercure de France, revoilà déjà Anne Serre, et avec deux livres d’un coup, aux éditions Verdier cette fois. L’un, Sous les arbres, une prairie a paru la première fois en 1995 sous le titre La Petite Épée du cœur, l’autre rassemble des carnets sur la période 2002-2024. Vraiment passionnants, ces carnets. Anne...
  • L' Objet d’amour

    Domaine étranger Edna O'Brien, l'art du bref Romancière de l’intime, l’autrice irlandaise de Country girls était aussi une grande nouvelliste. Prix Femina spécial en 2019 pour l’ensemble de son œuvre, Edna O’Brien est une référence de la littérature irlandaise. En 1960, à 30 ans, elle fait scandale dans la très catholique Erin avec son premier roman, Country girls (ou Les Filles de la campagne, selon la traduction française). Elle y parle de sexualité, shocking, le livre est interdit. Aujourd’hui, Country girls, premier opus d’une trilogie, est un classique, sans cesse republié....
  • Persona non grata

    Domaine français L'amour au temps du chaos Alain Guiraudie poursuit avec ce troisième volume son roman-fleuve entamé il y a quatre ans avec Rabalaïre. Avec son titre en occitan, ses mille pages sans autres paragraphes que ceux imposés par des dialogues faisant des percées dans le bloc obstiné du texte, avec son action incessante, de jour comme de nuit, suivie en direct dans la caboche qui tourne à plein régime de Jacques Bangor, personnage principal et double meurtrier aux circonstances plus ou moins atténuantes, avec son étrange petit village inventé, Gogueluz, lieu à la fois banal et...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Nature peinture

Controns la grisaille par une escapade à Marseille, avec La Bonne Mère, premier roman de Mathilda Di Matteo. Clara, jeune prof à Sciences Po en phase de gentrification, se détache de son ascendante, Véro, « seins énormes » et manières de cagole. La présentation du fiancé, Raphaël, fils de ministre, crée un choc des cultures. Garamond vs Comic Sans : « Je l’appelle le girafon (…) À croire qu’il est en safari partout (…) ». Un mail de la revue, service Qualité, interrompt notre élan : l’examen des data de la page 52 souligne une nette disparité de traitement, avec davantage d’auteures que...
Le Matricule des Anges n°268
Maurice Pons

un auteur

Maurice Pons

Chronique
Traduction

Christophe Mileschi & Martin Rueff

Works, de Vitaliano Trevisan Christophe – Quand je traduis je m’absente. Me laisse traverser par la parole de l’autre, à qui je cède ma voix et ma langue française. J’ai un peu brûlé les planches : souvent j’ai cru sentir une proximité profonde entre ce qu’il advient de moi traduisant et ce qui arrive à l’acteur·ice incarnant quelqu’un·e qu’iel n’est pas. Qu’on traduise ou joue un rôle, les pièces dont on est formé se réagencent au service d’une interprétation. On objectera que l’acteur·ice fait ça surtout avec son corps, là où la traducteur·ice ne s’engage pas physiquement dans sa traduction. Ce serait scinder...
Le Matricule des Anges n°269
  • Langues vivantes

    Domaine étranger Des mots pour dire L’Argentin Luis Sagasti construit un kaléidoscope où l’histoire, l’art et les langues composent de brillantes constellations. Comme dans ces comptines qui avancent sur le mode de l’association d’idées et des échos de sens ou de son, ricochant allègrement de chapeaux de paille en paillassons, Luis Sagasti suit dans Langues vivantes un fil capricieux qui se nourrit de ses mille et une bifurcations possibles, jusqu’à former une virevoltante combinatoire thématique aux profondeurs insoupçonnées. Il y a quelque chose ici d’un art de la fugue sur un clavier sensible qui...
  • Soleils d’artifice

    Poésie Le fond de l'air est rouge Avec Soleils d’artifice, Luc Bénazet explore en trois plans la possibilité de concaténation d’une langue qui serait une grenade pour demain. C’est un geste de déplacement, rugueux, âpre, puissant. Huitième livre de poésie de Luc Bénazet, si l’on excepte les deux opus écrits avec Benoît Casas, Soleils d’artifice continue avec pugnacité un âpre travail de dégagement, ou de démantèlement : à savoir tenter d’écrire, jusqu’à en endurer la solitude, une langue dont l’effort aura été de s’arracher au socle de domination auquel elle appartient. Jacques Dupin, dans Dehors (1975), avait dit ce retournement inexorable et sa rage à en sortir par...
  • Mademoiselle B.

    Poches Coups du sort À l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition, Maurice Pons fait à nouveau tourner les presses. La réédition des Délicieuses frayeurs de Maurice Pons rappelle à propos que cet écrivain aussi discret de son vivant que cardinal fut un nouvelliste hors pair. L’Académie française elle-même s’en aperçut qui lui offrit son Grand Prix de la nouvelle en 1985. Chacune des neuf nouvelles du recueil de 2006 – c’était alors une composition inédite de nouvelles éparses – assure une flagrante administration de la preuve que personne ne s’est trompé...
  • Sauvages

    Théâtre Branle-bas de combat Quand un projet industriel de grande ampleur divise la population. Une petite ville quelque part en Belgique. Petite ville sans histoires hormis celle d’un riche passé industriel. Comme tous les dimanches, Christian, le bourgmestre, parcourt le marché en serrant des mains : « Bonjour, bonjour, vous allez bien ? » Il est populaire : « Un gros bide, ça inspire confiance. Ça fait terroir. Force tranquille. Ça attire le vote. » Mais la petite ville se meurt, les finances ne sont pas brillantes et l’avenir plus...
Intemporels
par Didier Garcia

Examen de consciences

Avec Reflets dans un œil d’or, la romancière américaine Carson McCullers (1917-1967) signe un roman aux allures de tragédie. Moins de quinze lignes après l’incipit, nous apprenons que dans une garnison militaire du sud des États-Unis un meurtre a été commis, et que les acteurs de ce drame « furent deux officiers, un soldat, deux femmes, un Philippin et un cheval ». Cent cinquante pages plus loin et à seulement quinze lignes de la fin, une phrase nous révèle qui sont la victime et le meurtrier. Cent cinquante pages, autrement dit le temps laissé au lecteur pour mener l’enquête, formuler des hypothèses quant à l’identité de chacun ou pour scruter les faits et gestes des protagonistes (le moindre détail paraît...
Le Matricule des Anges n°185