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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • L’objet le plus étrange

    Lmda N°273 Michel Jullien nous inocule sa science et son amour du livre dans une passionnante autobiographie de lecteur. Bibliolâtres only.

    Le Format d’un livre

    Hegel le notait dans son style au marteau-piqueur, « Ce qui est bien connu, justement parce qu’il est bien connu, est mal connu ». Et le français traduit piètrement l’allemand de Freud en rendant son « Unheimliche » par « l’inquiétante étrangeté », quand il nous faudrait un mot et un seul pour dire le familier étrange : étrange parce que familier, c’est l’histoire du nez collé à la vitre....
  • La Télépathie nationale

    Domaine étranger Civilisation et barbarie L’Argentin Roque Larraquy propose une satire drolatique des tensions entre idéaux coloniaux et pensées « primitives ». Ce roman sarcastique qui donne la parole à une belle brochette de narrateurs non fiables, se tient à un fragile point d’équilibre entre le burlesque, le réalisme délirant et la science-fiction. Il s’ouvre sur l’arrivée incongrue, dans le port de Buenos Aires, d’un contingent d’Indiens en provenance de l’Amazonie péruvienne. Nous sommes en septembre 1933 et ces dix-neuf hommes et femmes dont la « jungle » est « le seul horizon d’expérience »...
  • Le Ciel a disparu

    Domaine français Guerre des étoiles Une fable exotique et science-fictionnelle se charge de brocarder les appétits d’Elon Musk. Quelle peut être la motivation d’un quidam résolu à tuer l’homme le plus riche du monde ? Orgueilleux désir d’apparaître au sommet des médias, abyssal ennui, fantasme saugrenu de justice sociale, jalousie, ou en d’autres termes ce péché capital que l’on appelle l’Envie… Un écrivain français nommé Ayann Ader, peut-être un double imaginaire de l’auteur, Alain Blottière, semble porter dans ses initiales un nouveau commencement. D’autant...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Force majeure

Crise oblige, on émet le souhait d’un papier sérieux. Une synthèse géopolitique qui éclairerait le lecteur sur les rouages des conflits internationaux. Étayée par un corpus solide, des ouvrages signés Trinquand et Pellistrandi, avec en prime une astuce mnémotechnique pour ne plus confondre chiite, sunnite et stalagmite. Refusé. « Occupe-toi du hit-parade. » Les cavaliers de l’Apocalypse sanglent leurs chevaux, on nous somme de divertir. Soit. On commentera en représailles le numéro un des ventes. Quel qu’il soit. Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot. Léger coup de chaud. L’image d’un...
Le Matricule des Anges n°272
Valère Novarina

un auteur

Valère Novarina

Chronique
Traduction

Christophe Mileschi & Martin Rueff

Works, de Vitaliano Trevisan Christophe – Quand je traduis je m’absente. Me laisse traverser par la parole de l’autre, à qui je cède ma voix et ma langue française. J’ai un peu brûlé les planches : souvent j’ai cru sentir une proximité profonde entre ce qu’il advient de moi traduisant et ce qui arrive à l’acteur·ice incarnant quelqu’un·e qu’iel n’est pas. Qu’on traduise ou joue un rôle, les pièces dont on est formé se réagencent au service d’une interprétation. On objectera que l’acteur·ice fait ça surtout avec son corps, là où la traducteur·ice ne s’engage pas physiquement dans sa traduction. Ce serait scinder...
Le Matricule des Anges n°269
  • Tout doit être splendide

    Domaine étranger Passé pas si simple De l’Ukraine soviétique à l’Allemagne d’aujourd’hui, Sasha Marianna Salzmann accompagne ses héroïnes – mères et filles – dans leurs épreuves. Marioupol, Donetsk, Donbass – qui, il y a quelques années encore, pouvait se targuer de connaître ces villes et régions, lointaines, peu attrayantes ? Même ceux qui, plus curieux ou aventureux, s’en allaient visiter l’Ukraine, s’en tenaient à sa partie occidentale ou, à la rigueur, poussaient jusqu’à Odessa – ou Czernowitz, en l’honneur de Celan et d’Appelfeld. Qu’y aurait-il eu à voir, là-bas, hormis des paysages post-industriels désolés et...
  • Le Poème tangent

    Poésie Une geste diagonalisée Avec Le Poème tangent, Isabelle Garron documente en une sorte de poème parlé les décisions, les gestes, le métier d’artistes femmes. Un livre en forme d’étoilement et d’affirmation de la langue du poème comme témoignage. Autrice de six recueils de poésie et, avec Yves di Manno (qui aura dirigé la collection « Poésie/Flammarion », fondée par Claude Esteban en 1983, jusqu’en 2026 – elle cessera de paraître dès cette année) de l’anthologie critique Un nouveau monde. Poésies en France, 1960-2010 (2017), Isabelle Garron livre avec Le Poème tangent un montage de paroles prélevées à partir de plusieurs entretiens menés sur cinq années avec dix-sept artistes femmes...
  • Correspondance 1939-1966

    Histoire littéraire Breton-Gracq, ensemble et séparément Commencée en 1939, leur correspondance est la première à nous révéler le Gracq épistolier. Là où Breton rêve de liens « qui auraient seulement existé dans la chevalerie errante », Gracq, écrivain secret s’il en est, n’aspire qu’à être un ami fiable et une sorte de conseiller désintéressé. Quand, en mai 1939, Gracq, jeune écrivain quasi inconnu, fait parvenir son premier livre à Breton, c’est d’abord l’auteur de Nadja et de Poisson soluble qu’il veut atteindre, le « Grand Singulier » plutôt que le chef du groupe surréaliste. Ce qu’il aime dans le surréalisme – qu’il a découvert alors qu’il venait d’être reçu à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (1930-1934) –, c’est sa force native, l’« espèce de jet brutal de la...
  • Sauvages

    Théâtre Branle-bas de combat Quand un projet industriel de grande ampleur divise la population. Une petite ville quelque part en Belgique. Petite ville sans histoires hormis celle d’un riche passé industriel. Comme tous les dimanches, Christian, le bourgmestre, parcourt le marché en serrant des mains : « Bonjour, bonjour, vous allez bien ? » Il est populaire : « Un gros bide, ça inspire confiance. Ça fait terroir. Force tranquille. Ça attire le vote. » Mais la petite ville se meurt, les finances ne sont pas brillantes et l’avenir plus...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert

À pas lents vers l’horreur

Cinéaste, romancière, directrice de théâtre de marionnettes ou peintre, Lorenza Mazzetti connaissait assez la mort pour célébrer en toutes choses les beautés du monde. Le cœur de Lorenza Mazzetti aura toujours balancé entre le cinéma et la littérature. Mais l’Italie, pourtant berceau de Cinecittà, ne laissait guère aux femmes le premier rôle durant l’immédiat après-guerre. Elle eut sans doute l’opportunité de se tourner vers le roman, ou le récit masqué, mais puisqu’elle était finaude, trouva à émigrer au bon moment à Londres lorsqu’elle eut l’intention de tourner. C’est ainsi qu’en 1956, Lorenza Mazzetti constitua même le recours britannique au festival de Cannes. Sans elle, déclarèrent les Cahiers du cinéma du mois de juin, « L’Angleterre aurait connu...
Le Matricule des Anges n°241