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Pessoa puissance 3
Lmda N°271 Imaginer la vie de trois des plus connus hétéronymes de Fernando Pessoa, c’est le pari – réussi – de ce roman du caméléon Matthieu Mégevand. Un roman ludique et profond à la fois » ; c’est en ces termes que l’éditeur nous présente le nouveau livre de Matthieu Mégevand, né à Genève en 1983, auteur ces dernières années de La Bonne Vie, Lautrec ou Tout ce qui est beau, entre autres. Ludique, oui, parce que le quadra suisse s’amuse sérieusement à donner vie à trois des plus fameux hétéronymes – Alberto Caeiro, Ricardo Reis et Alvaro...
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Domaine étranger Naviguer en Amour L’archéologue Katariina Vuori part à la recherche d’un marin du XIXe siècle. Une quête aussi personnelle que passionnante. La couverture est gracieuse, mais il ne faut pas s’y fier. On y voit, joliment dessiné, un ancien deux-mâts à voiles carrées qui fend l’eau (ou l’air ?) au milieu de rochers dodus, à moins que ce soient des nuages. Au premier plan, des cordages rougis, d’antiques poulies. Qu’est ce qui se cache là-dessous ? Un récit maritime historique et poussiéreux ? Point du tout ! Katariina Vuori est une archéologue finlandaise, spécialiste de...
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Domaine français À l'heure des comptes Grégoire Domenach tresse un roman d’aventures avec une réflexion pensive sur l’existence, ses gains et ses pertes. Subtil. C’est le troisième roman de Grégoire Domenach remarqué pour son premier, Entre la source et l’estuaire (Lmda N° 219), récompensé par le prix Marcel-Aymé. Le Dernier Roi de Marettimo en est proche par le procédé : un homme en raconte un autre. Ici c’est le vieux Cesare, lequel a passé toute sa vie à Marettimo – une île au nord-ouest de la Sicile – qui dès le premier chapitre nous parle de son ami d’enfance, Zino. Nous sommes en 1988, et...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Nature peinture
Controns la grisaille par une escapade à Marseille, avec La Bonne Mère, premier roman de Mathilda Di Matteo. Clara, jeune prof à Sciences Po en phase de gentrification, se détache de son ascendante, Véro, « seins énormes » et manières de cagole. La présentation du fiancé, Raphaël, fils de ministre, crée un choc des cultures. Garamond vs Comic Sans : « Je l’appelle le girafon (…) À croire qu’il est en safari partout (…) ». Un mail de la revue, service Qualité, interrompt notre élan : l’examen des data de la page 52 souligne une nette disparité de traitement, avec davantage d’auteures que...
Le Matricule des Anges n°268

un auteur
Jonas Sollberger
Chronique
Traduction
Traduction
Sophie Aude
Ce qui luit dans les ténèbres de Péter Nádas
Les mémoires que livre ici Péter Nádas, prosateur européen aussi discret que prolifique sont bornés par les deux dates de sa naissance en 1942 et de la révolution hongroise de 1956, mais s’étendent sur presque trois siècles par les ramifications de ses lignées maternelle et paternelle qu’il tente de remonter le plus loin possible, du point de vue d’un homme qui a vécu les espoirs, les violences, les revirements de la seconde moitié du XXe siècle et le début du XXIe.
L’auteur est pour ainsi dire né au cœur de ces ténèbres, un mercredi d’octobre 1942 baigné de lumière à Budapest, motif...
Le Matricule des Anges n°265
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Domaine étranger Dans le jour incessant Le Tripode poursuit sa réédition de l’œuvre de Juan José Saer, le plus grand des romanciers argentins, avec un livre qui est une véritable prouesse formelle. On connaît l’adage : raconte-moi ton village et tu me raconteras le monde. Cela, Juan José Saer (1937-2005) l’avait bien à l’esprit, lui qui fit de son lieu de naissance, la ville de Santa Fe et ses alentours, l’épicentre de son œuvre, un noyau à partir duquel faire irradier une sorte de métaphysique négative qui sonde l’humanité et le milieu dans lequel elle est irrémédiablement plongée, cet environnement parfois hostile qu’on appellera, à...
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Poésie Aller aux choses mêmes En recyclant et en rassemblant les textes qu’il a consacrés à Berck et à sa plage, Ivar Ch’Vavar donne voix à la puissance baptismale d’inauguration et de surgissement de la poésie comme à son potentiel d’effets et d’affects. À sa façon, dans sa langue et sa cadence, Ivar Ch’Vavar aime revenir à la source des ébranlements initiaux et plus particulièrement au lieu où lui-même a commencé, c’est-à-dire à Berck, où il est né en 1951. Une plage, un site auxquels il a consacré de nombreux textes qu’il a décidé de recycler en en sélectionnant des pans, avant de les redisposer dans un grand ensemble titré Filles bleues. C’est que Berck, plus encore que d’être la...
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Histoire littéraire Breton-Gracq, ensemble et séparément Commencée en 1939, leur correspondance est la première à nous révéler le Gracq épistolier. Là où Breton rêve de liens « qui auraient seulement existé dans la chevalerie errante », Gracq, écrivain secret s’il en est, n’aspire qu’à être un ami fiable et une sorte de conseiller désintéressé. Quand, en mai 1939, Gracq, jeune écrivain quasi inconnu, fait parvenir son premier livre à Breton, c’est d’abord l’auteur de Nadja et de Poisson soluble qu’il veut atteindre, le « Grand Singulier » plutôt que le chef du groupe surréaliste. Ce qu’il aime dans le surréalisme – qu’il a découvert alors qu’il venait d’être reçu à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (1930-1934) –, c’est sa force native, l’« espèce de jet brutal de la...
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Théâtre À hauteur d'oiseaux Le conflit israélo-palestinien au centre d’une tragicomédie où l’humour le dispute à l’émotion. Jérusalem, 2020. Dans la vieille ville, deux oiseaux vaquent à leurs occupations : un bulbul, espèce endémique paisible et casanière, et une drara, espèce invasive et volontiers agressive. L’un arrange son nid, l’autre cherche de la nourriture. Sur un écran est projeté le récit d’un drame qui a marqué la société israélienne et provoqué des manifestations de grande ampleur : alors qu’il se rendait au centre Elwin, une institution pour...
Intemporels
par Didier Garcia
Une vie de château
Le premier volet de La Trilogie de Gormenghast présente l’univers invraisemblable de l’Anglais Mervyn Peake. Jubilatoire et délicieux.
Mervyn Peake (1911-1968) est de ces écrivains à qui la démesure ne fait pas peur. Bien au contraire. Il la recherche, et dès qu’il la tient, il en rajoute encore, comme si ce n’était qu’à travers elle qu’un créateur peut laisser son talent s’exprimer.
Prenez son château par exemple. À d’autres, Versailles aurait suffi. À Peake, non. Pour lui, Versailles, c’est encore trop peu, trop maison de poupée. Faute de s’en trouver un à la hauteur de ses désirs, il s’en est inventé un : Gormenghast. Un château de fous, dessiné par un enfant, ou conçu par un architecte ayant perdu jusqu’au...
Le Matricule des Anges n°104








