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Exilés en solitude
Lmda N°272 Roman du désamour, le nouveau livre de Jérôme Ferrari déploie une pensée de la catastrophe à partir du récit d’une séparation amoureuse. Et marque toute l’humanité du sceau de la damnation. C’est probablement le roman le plus intimiste de Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012. Jeune enseignant, désireux de parcourir le monde, le narrateur s’engage au lycée français d’Alger qui vient de rouvrir après une guerre civile meurtrière. Il y rencontre Nardjess qu’il voit « comme une autre possibilité d’échapper à moi-même ». Car l’homme ne fuit pas seulement son île natale, la Corse et ses...
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Domaine étranger Cœur ardent Le dixième livre traduit de Jón Kalman Stefánsson nous plonge dans le début du XVIIe siècle islandais. Et son éloge de la poésie et de la nature lui donne des airs de roman national. Nous sommes en 1615. Le révérend Pétur écrit une longue lettre à celle qu’il appelle « mon exquise » et dont on ne découvrira l’identité qu’après 118 pages de lecture intense. Il sait qu’il doit mener sa confession à son terme puisque « moins tu écris sur les ténèbres, plus elles engloutissent de choses ». Pour ce faire, il est aidé par sa gouvernante Dóróthea, imposante figure qui semble sortie de la mythologie. Dóróthea a la réputation de...
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Domaine français Pessoa puissance 3 Imaginer la vie de trois des plus connus hétéronymes de Fernando Pessoa, c’est le pari – réussi – de ce roman du caméléon Matthieu Mégevand. Un roman ludique et profond à la fois » ; c’est en ces termes que l’éditeur nous présente le nouveau livre de Matthieu Mégevand, né à Genève en 1983, auteur ces dernières années de La Bonne Vie, Lautrec ou Tout ce qui est beau, entre autres. Ludique, oui, parce que le quadra suisse s’amuse sérieusement à donner vie à trois des plus fameux hétéronymes – Alberto Caeiro, Ricardo Reis et Alvaro de Campos – du définitivement toujours fascinant...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Nature peinture
Controns la grisaille par une escapade à Marseille, avec La Bonne Mère, premier roman de Mathilda Di Matteo. Clara, jeune prof à Sciences Po en phase de gentrification, se détache de son ascendante, Véro, « seins énormes » et manières de cagole. La présentation du fiancé, Raphaël, fils de ministre, crée un choc des cultures. Garamond vs Comic Sans : « Je l’appelle le girafon (…) À croire qu’il est en safari partout (…) ». Un mail de la revue, service Qualité, interrompt notre élan : l’examen des data de la page 52 souligne une nette disparité de traitement, avec davantage d’auteures que...
Le Matricule des Anges n°268

un auteur
Maurice Pons
Chronique
Traduction
Traduction
France Camus-Pichon
L’Étrange Tumulte de nos vies de Claire Messud
Au moment d’évoquer cette histoire si ample et mouvementée, et sa traduction (dont un enjeu était justement d’épouser ce mouvement), me revient une interrogation qui court dans le prologue à L’Étrange tumulte de nos vies : par où commencer ? En l’occurrence, quelle entrée choisir face à une fresque familiale qui se déploie sur cinq continents et deux siècles ? De 1940 à 2010. Sept décennies, les « sept âges » d’un drame où « chacun dans sa vie a plusieurs rôles à jouer », pour reprendre la citation de Shakespeare placée en épigraphe.
Par « chacun », comprendre ici les membres de la...
Le Matricule des Anges n°266
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Domaine étranger Quand l'autre n'existe plus Dans un court roman d’anticipation, Martin Harniček brosse le portrait d’une société fondée uniquement sur l’égoïsme et l’arrivisme, une société qui pourrait être tout aussi bien la nôtre. Vous aimez le pouvoir ? Vous aimez les personnages qui aiment le pouvoir ? Alors Albin est fait pour vous. Martin Harniček nous raconte ici les aventures d’Albin, un mégalomane sadique dont le seul but est d’arriver au sommet du pouvoir dans une société dystopique contrôlée par le Parti mondial. L’auteur, après la parution du livre en 1981, aura « quelques » problèmes avec le gouvernement de son pays, la Tchécoslovaquie communiste, et...
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Poésie Porte à portes À travers une galerie de tableaux, Véronique Gentil confronte son regard de poète à ses mots, ses ressentis de plasticienne. Il est des peintres, des écrivains, des musiciens du silence. Des artistes discrets qui parviennent à l’apprivoiser, le décliner, presque le caresser, le peigner pour mieux le repenser (le repanser) et composer des tableaux incongrus, de singuliers livres d’heures, des musiques de l’âme… Véronique Gentil fait partie de cette communauté qui donne ainsi de l’écho au silence, elle affirme y avoir été conviée par la lecture d’Henri Michaux,...
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Histoire littéraire Accélérateur d'existence Dans un livre où il rend justice aux femmes écrivains qui l’ont touché, François Kasbi nous livre les clés d’une esthétique de l’existence qui doit autant à l’heureux scandale de l’amour qu’à la lecture. Lire, être amoureux, ces deux intensités, ces deux nécessités, François Kasbi a l’art de les concilier. Il sait, pour le vivre, combien peut être grande la porosité entre la vie et le roman. Et combien la femme de ses rêves existe puisqu’elle est l’écrivain femme qui le comble ou l’a comblé. (S’il écrit « écrivain » au masculin, c’est en gage de sa fidélité à Gabrielle Wittkop, qui y tenait, mais pas seulement.) Les femmes écrivains lui...
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Théâtre À hauteur d'oiseaux Le conflit israélo-palestinien au centre d’une tragicomédie où l’humour le dispute à l’émotion. Jérusalem, 2020. Dans la vieille ville, deux oiseaux vaquent à leurs occupations : un bulbul, espèce endémique paisible et casanière, et une drara, espèce invasive et volontiers agressive. L’un arrange son nid, l’autre cherche de la nourriture. Sur un écran est projeté le récit d’un drame qui a marqué la société israélienne et provoqué des manifestations de grande ampleur : alors qu’il se rendait au centre Elwin, une institution pour...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
De bar en bar
Touche-à-tout de la bohème de Tunis, Ali Douagi est l’un des grands Tunisiens du siècle passé. Ses nouvelles sont toujours inédites en français.
On a pu lire récemment dans les pages du Matricule des Anges que l’écrivain tunisien Ali Douagi n’aurait « parlé que de lui » lorsqu’il lui prit de relater son Périple à travers les bars méditerranéens de 1933. Outre que cette opinion propose un raccourci bien sec, il paraît étrange de juger un homme et son texte sur la foi d’un critère qui ruinerait sans vergogne la moitié de la production littéraire mondiale depuis Chateaubriand. On peut très bien entendre que l’esthétique d’Ali Douagi ne frappe pas chaque lecteur d’une syncope d’admiration, on doit cependant proposer quelques faits qui...
Le Matricule des Anges n°192








