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Les secrets de la tribu
Lmda N°276 D’une manière à la fois simple et – perversement ? – efficace, Anne Godard nous fait pénétrer au cœur d’une famille apparemment privilégiée et sourdement destructrice. On pourrait ici décrire tout d’abord l’agencement, le dispositif, comme l’on dit en art contemporain : le livre (c’est le troisième roman d’Anne Godard) est constitué de deux parties d’ampleur assez égale, la narratrice se limite à l’emploi, alterné et litanique, des pronoms « on » et « nous », elle rapporte, de manière irrégulière, des propos souvent entendus, mais au discours direct sans...
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Domaine étranger Sissie la Noire en Europe blanche Comment peut-on être ghanéenne dans les années 1970 ? Un roman émancipateur d’Ama Ata Aidoo. Il aura fallu presque cinquante ans pour que ce roman de la littérature africaine anglophone soit enfin traduit en français et que le nom de la Ghanéenne Ama Ata Aidoo parvienne à nos oreilles. Cette professeure d’université, défenseuse de la cause des femmes, laisse derrière elle des écrits peu nombreux mais marquants, allant du théâtre à la poésie, du roman au livre jeunesse. Saluée à sa mort, en 2023, à l’âge de 81 ans, comme une...
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Domaine français L'exil est un chemin qui ne s'oublie jamais Atiq Rahimi, qui vit en France depuis 1984, raconte, dans une ambiance brumeuse, son film écrit mais non tourné, et le cheminement entêtant d’un Kabuliwalla, « l’homme de Kaboul ». Ce mélange de différents niveaux de récits est vertigineux. Un roman – celui que le lecteur tient dans les mains ; un film – qui n’a jamais été tourné ; une nouvelle classique – écrite par Rabindranath Tagore. Avec de grands écarts dans les époques : un pied à la fin du XIXe siècle, l’autre à l’époque actuelle. Dans les pays aussi : de l’Inde (où l’histoire se déroule) à la France (où elle a été écrite), en passant par l’Afghanistan, pays de...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Des pavillons dans le ventre
Coup de fil d’un confrère de Lire-Le Magazine littéraire. Les vœux, quelques potins, l’IA, les salaires (soupirs), Trump, et – on le flairait – une sollicitation. Le journal vient de désigner La Nuit ravagée meilleur livre de l’année 2025 ; un papier dans la revue serait le bienvenu.
Si on peut rendre service. Sans garantir l’efficacité de la démarche tant l’auteur, Jean-Baptiste Del Amo, semble imperméable à toute publicité : alors qu’il cumule les récompenses – prix Fnac, Goncourt du premier roman, Livre Inter, et roi de Lire désormais – sa notoriété demeure relative. Son nom énoncé,...
Le Matricule des Anges n°270

un auteur
Marc Biancarelli
Chronique
Traduction
Traduction
Hadrien Chalard
À pleins poumons de Pedro Gunnlaugur Garcia
Pedro Gunnlaugur Garcia. Nul besoin d’être islandophone pour remarquer la singularité de ce nom, résultat d’une union entre deux cultures que rien, sinon un amour commun pour la morue salée, ne destinait à se télescoper. Le fruit d’un hasard malicieux qui n’aura pas manqué de déteindre sur le principal intéressé, dont la truculence méditerranéenne se marie à merveille avec le proverbial sarcasme nordique. Qu’elle soit consciente ou instinctive, la plume de Pedro semble comme dépendante de cette étonnante fusion. En me replongeant dans ma traduction d’À pleins poumons pour les besoins de...
Le Matricule des Anges n°274
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Domaine étranger Un drame dur à cuire Mémoires fictives d’une passion fatale, Sylvia de Leonard Michaels est un grand roman dérangeant, qui interroge la cuisine de l’écrivain et le rôle du lecteur. Brillant nouvelliste, romancier, essayiste, Leonard Michaels (1933-2003) est né la même année que Philip Roth à qui il est souvent comparé pour son sens de la description des relations humaines, surtout dans tout ce qui travaille, du côté du sexe, le mâle américain blanc de la middle class urbaine et surdiplômée. Au début de son roman The Men’s Club (1978) dans lequel des hommes se confient sur leurs relations avec les femmes, l’un d’eux...
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Poésie Un amour sans taches Cette première traduction rimée du chef-d’œuvre de Guillaume de Machaut nous fait découvrir un des grands poètes du Moyen Âge. Celle qui onques ne vous vit / Et qui vous aime loiaument » semble s’exprimer depuis le fond même du temps, qui scintille dans les soubassements oubliés de notre langue, aux recoins de mots qui ne sont plus tout à fait les nôtres et n’en font pas moins preuve d’une remarquable vitalité, puisque nous les avions à peine lus, comme pour mieux préserver la fraîcheur de si beaux vers. De fait, leur auteur, Guillaume de Machaut (1300-1377), dans...
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Histoire littéraire Savoir déplaire Contre la pensée prémâchée, Henri Roorda (1870-1925) utilisait l’humour et la rhétorique en véritable prince de la chronique. Entre Élisée Reclus et Alphonse Allais se positionne naturellement Henri Roorda. Anarchiste, chroniqueur joyeux, et, comme quelques grands humoristes suicidés, à l’instar d’un André Frédérique. Pas toujours bien identifiée par les lectrices et lecteurs français, l’œuvre du Suisse d’origine hollandaise Henri Roorda van Eysinga, fleuron de la littérature de Lausanne – son université lui consacrait cet automne un grand colloque international du...
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Théâtre Drôle de drame chez les Blum Avec Incident suspect, comédie grinçante, la société et la famille israéliennes en prennent pour leur grade. Dans la famille Blum, rien ne va plus. La mère, Adina, vient juste de poignarder Shmouel, son mari, quand la pièce commence. Sans raison véritable. L’ennui peut-être ; ou le désintérêt que lui manifestait son mari tous les jours. L’habitude aussi, elle attendant qu’il rentre du travail, lui s’installant devant la télévision. Alors, dit-elle, au fils, « On voit bien que tu n’as pas été marié à la même personne pendant quarante ans. » Le fils,...
Intemporels
par Didier Garcia
Retour à la vie
Dans Un verger au Pakistan, le Britannique Peter Hobbs (né en 1973) évoque un amour impossible entre deux adolescents. Un livre poignant.
Avec certains livres, avant que d’en commencer la lecture, le lecteur ferait bien d’aller jeter un œil à la table des matières. Ne serait-ce que pour s’étonner, ici, qu’un si maigre volume puisse contenir autant de chapitres (31 pour être précis). Plus étrange encore : que plusieurs d’entre eux portent le même titre (neuf fois « Le verger », quatre fois « La prison », trois fois « Le jardin »…), comme si l’intrigue revenait malgré elle vers les mêmes lieux, ou ne pouvait se soustraire à ces épicentres.
Une fois passées ces deux premières surprises, le lecteur assiste à une scène de...
Le Matricule des Anges n°204








