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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Bon qu’à ça

    Lmda N°275 Enclin à penser que l’existence est un châtiment, l’ermite chinonais Jean-Pierre Georges distille des textes nourris à ses lectures, à sa solitude assumée. Avec drôlerie, avec tendresse. Faute de mieux.

    Cependant

    Les grincheux trouveront probablement que les livres de Jean-Pierre Georges sont un brin déprimants faisant montre ainsi de leur absence totale d’humour. Certes des assertions comme « L’ennui se soigne par le divertissement et le divertissement par le suicide » troublent le consommateur autant par son évidence que par sa brièveté mais cette implacable sentence peut aussi réjouir par sa...
  • Des animaux difficiles

    Domaine étranger Le sens de la finitude Les avatars de l’intelligence artificielle et de l’immortalité au cœur d’un roman de science-fiction policière, par Rosa Montero. L’horizon de la science-fiction semble balisé par les écrivains américains, entre Philip K. Dick, Robert Silverberg et Dan Simmons. De surcroît, si peu de femmes s’illustrent dans le genre, c’est encore une Américaine, Ursula Le Guin, qui fit figure d’exception. Aussi faut-il remarquer à cet égard l’irruption d’une Madrilène, Rosa Montero (née en 1951), dont l’anticipation s’exerce dans les « États-Unis de la terre », en l’an 2111. Dans la...
  • Feu de Dieu

    Domaine français Le mal du pays Dans un récit autobiographique fragmenté sur sa jeunesse, Mohamed Kacimi nous donne à voir son Algérie : mystique et sensuelle, résistante et victime. Au départ, pour l’enfant, il y a les lieux : la maison familiale, la bourgade, la citadelle, le cimetière – et puis les langues : l’arabe qu’on parle autour de lui, celui, classique, de la poésie préislamique et bien sûr du Coran, mais aussi, ennemie, celle du colonisateur, le français. La maison est une « maison-monde » dans laquelle, derrière « les portes du gynécée », comme dans nombre de romans d’Assia Djebar, les femmes et les enfants...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Force majeure

Crise oblige, on émet le souhait d’un papier sérieux. Une synthèse géopolitique qui éclairerait le lecteur sur les rouages des conflits internationaux. Étayée par un corpus solide, des ouvrages signés Trinquand et Pellistrandi, avec en prime une astuce mnémotechnique pour ne plus confondre chiite, sunnite et stalagmite. Refusé. « Occupe-toi du hit-parade. » Les cavaliers de l’Apocalypse sanglent leurs chevaux, on nous somme de divertir. Soit. On commentera en représailles le numéro un des ventes. Quel qu’il soit. Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot. Léger coup de chaud. L’image d’un...
Le Matricule des Anges n°272
Marc Biancarelli

un auteur

Marc Biancarelli

Chronique
Traduction

Carine Bratzlavsky et Anne-Marie Di Biasio

Baisers du Singe : correspondance Virginia Woolf-Vanessa Bell Virginia Woolf était une épistolière compulsive. À côté de ses romans, son journal, ses essais, la biographie, le théâtre, la critique, le travail d’éditrice, Virginia Woolf écrivait des lettres. À ses amis du Bloomsbury Group, artistes engagés pour l’art et la liberté des idées, à son amante, Vita Sackwille-West. À sa sœur, la peintre Vanessa Bell. Je me rappelle encore mes émotions, découvrant ces lettres. Emportée par les phrases tendues d’une Virginia Stephen suggérant, au travers d’un écheveau d’associations d’idées et de connivences à demi-mot, sur le ton presque badin de la...
Le Matricule des Anges n°272
  • Soixante kilos de coups durs

    Domaine étranger Éros, Thanatos, harengs Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance. Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins. Nous sommes en 1906, le village est composé...
  • Le Sentiment général

    Poésie Un rhinocéros dans la pièce Frédéric Forte signe un recueil entêtant conduit par une électricité douce. Les objets clignotent, l’œil s’attache et le poème ne finit jamais. C’est la forme qui nous dit quoi faire » et « c’est la forme qui nous dit quoi écrire » nous informait-on déjà dans les 99 notes préparatoires de Transformation de la condition humaine dans toutes les branches de l’activité. Et puisque dire c’est faire, et que faire à partir de rien est aussi écrire, pour son nouveau recueil Frédéric Forte s’est adonné à la contrainte de la couronne de sonnets. Cette forme baroque inventée en Italie consiste...
  • Histoire littéraire Le salut dans la déroute Deux nouvelles d’André Dhôtel tendres et féroces comme l’esprit d’enfance qui les anime… et qui nous charme. André Dhôtel (1900-1991) le confiait à Patrick Reumaux dans Terres de mémoire (Jean-Pierre Delarge, 1979) : « J’en reviens toujours à un artisanat ». Artisanales, c’est-à-dire patiemment polies, réglées, ajustées sur l’établi, les deux nouvelles de Dhôtel que livre La guêpine assurément le sont. Et, ce qui ne gâche rien, dans une élégante plaquette sortie de l’atelier de l’imprimeur-éditeur Du Lérot. Treize années séparent Intermède (1943)...
  • Fadhila

    Théâtre Une immense tragédie Quand une femme se dresse face à la guerre et à la folie des hommes. Aristide Tarnagda est un auteur du Burkina Faso. Sa rencontre en 2004 avec Koffi Kwahulé le convaincra de se consacrer au théâtre et à l’écriture. Fadhila est son texte le plus récent. Fadhila, c’est d’abord une langue. Une langue puissante, imagée, métaphorique, une langue qui conte et raconte et laisse aux personnages le temps et l’espace de parler pour nous dire, ou tenter de nous dire, leurs vérités profondes. C’est la langue directe...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert

« Je chante, je nage, je cours »

Romancière et directrice du Journal de la Femme, Raymonde Machard fut l’archétype de la femme rugissante des années 1920. Moins casse-cou que Titaÿna et plus vamp qu’Andrée Viollis, plus crédible qu’Isabelle Eberhardt mais moins chatte que Colette, Raymonde Machard incarne la Femme des Roaring Twenties. Lorsqu’elle lance le samedi 12 novembre 1932 son Journal de la Femme, on ne parle que d’elle. Depuis le début de son activité de journaliste et la parution de son premier roman, Tu enfanteras…, roman de 1919 où elle célèbre la maternité « en chantant », Raymonde Machard est devenue vite une figure de proue. Elle a 30 ans (elle est née le 8 février 1882 à Paris), épouse le romancier, dramaturge et homme de...
Le Matricule des Anges n°177