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Signes de croix
Lmda N°276 « Paysagiste du souvenir », le primo-romancier Siméon Lerouge remonte le temps en se passionnant pour un très modeste monument sarthois."C’est là que nous allons vivre”, je me répète intérieurement. “À des centaines de kilomètres de Brest.” Pas de souvenirs ici, pas d’habitudes, pas de connaissances. Pas de rade mais un ruisseau, des lieux-dits, pas de ville mais un bourg ». Comment le narrateur est-il arrivé ici, dans la campagne sarthoise, et surtout comment en est-il venu à s’intéresser à la Croix percée, « un modeste...
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Domaine étranger Que meure le poisson ! La première traduction française des Pêcheurs de Raul Brandão, classique de la littérature portugaise, entre lyrisme symboliste et précision naturaliste. Les Pêcheurs commence « à la portugaise ». Le mot saudade figure, non traduit, à la première page du livre et Raul Brandão (1867-1930), en bon écolier du symbolisme, abuse d’abord des marines pittoresques et des motifs de la brume, des ténèbres, de l’irréalité. Ainsi, de la ria d’Aveiro : « Ici, la matière n’existe pas. » Et pourtant. Les notes et les souvenirs qui font celle des Pêcheurs (paru en 1923, six ans après son chef-d’œuvre Humus)...
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Domaine français L'objet le plus étrange Michel Jullien nous inocule sa science et son amour du livre dans une passionnante autobiographie de lecteur. Bibliolâtres only. Hegel le notait dans son style au marteau-piqueur, « Ce qui est bien connu, justement parce qu’il est bien connu, est mal connu ». Et le français traduit piètrement l’allemand de Freud en rendant son « Unheimliche » par « l’inquiétante étrangeté », quand il nous faudrait un mot et un seul pour dire le familier étrange : étrange parce que familier, c’est l’histoire du nez collé à la vitre. Michel Jullien – 64 ans, plus d’un demi-siècle de...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Force majeure
Crise oblige, on émet le souhait d’un papier sérieux. Une synthèse géopolitique qui éclairerait le lecteur sur les rouages des conflits internationaux. Étayée par un corpus solide, des ouvrages signés Trinquand et Pellistrandi, avec en prime une astuce mnémotechnique pour ne plus confondre chiite, sunnite et stalagmite. Refusé. « Occupe-toi du hit-parade. » Les cavaliers de l’Apocalypse sanglent leurs chevaux, on nous somme de divertir. Soit. On commentera en représailles le numéro un des ventes. Quel qu’il soit.
Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot. Léger coup de chaud. L’image d’un...
Le Matricule des Anges n°272

un auteur
Marc Biancarelli
Chronique
Traduction
Traduction
Iryna Dmytrychyn
Personne ne demandera rien, de Serhiy Jadan
Ferhiy Jadan est un auteur protéiforme qui excelle dans tous les genres, qu’il s’agisse de poésie, de prose, de dramaturgie et de traduction. On le connaît chanteur et front man, engagé politiquement dans l’aide logistique aux combattants et aux civils depuis le début de la guerre en 2014, et plus encore depuis l’invasion à grande échelle de février 2022. En mars 2024 il s’est engagé dans l’armée, le seul front qui compte aujourd’hui en Ukraine.
Ce recueil de douze nouvelles offre au lecteur français la preuve de son talent pour la forme courte. Il nous révèle également Jadan...
Le Matricule des Anges n°270
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Domaine étranger Sissie la Noire en Europe blanche Comment peut-on être ghanéenne dans les années 1970 ? Un roman émancipateur d’Ama Ata Aidoo. Il aura fallu presque cinquante ans pour que ce roman de la littérature africaine anglophone soit enfin traduit en français et que le nom de la Ghanéenne Ama Ata Aidoo parvienne à nos oreilles. Cette professeure d’université, défenseuse de la cause des femmes, laisse derrière elle des écrits peu nombreux mais marquants, allant du théâtre à la poésie, du roman au livre jeunesse. Saluée à sa mort, en 2023, à l’âge de 81 ans, comme une...
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Poésie Assomption d'un pays dans une vie Figure majeure de la littérature suisse romande, Maurice Chappaz (1916-2009) a consacré sa vie à la quête fervente d’un rapport humble et juste au monde, la célébrant jusque dans ses désillusions. Il aimait les orages « en forme d’iris », les longues marches nocturnes, l’odeur de prunier dans l’air, les vallons sauvages, la neige, le vent, l’altitude. Alpiniste, vigneron, rôdeur de chemins de traverse et avant tout poète – « de nous tous, disait Jaccottet, le plus originellement, le plus spontanément poète » –, Maurice Chappaz fut le chantre de son Valais natal. Pour échapper à la destinée qu’on lui traçait – prendre la suite d’un...
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Histoire littéraire Jambe en l'air et chapeau bas Depuis son invention par Tristram en 1991, Le Tutu n’en finit pas de froufrouter. Parce qu’on ne sait toujours rien – ou presque – de son auteur et, surtout, parce que ce roman de « mœurs fin de siècle » garde intacte toute sa folle frénésie. Le résumer n’aurait aucun sens. Le récit, définitivement débarrassé de tête et de queue, n’est ici que pure dépense, lancé à toute blinde à travers les pages telle une super-balle dont on ne sait ni où ni quand elle s’arrêtera, après avoir tout renversé sur son passage. Car ce Tutu ne respecte rien : ni le bon goût, ni la religion, ni la famille, pour ne rien dire de la vraisemblance. Les tribulations parisiennes et extra-parisiennes de...
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Théâtre Drôle de drame chez les Blum Avec Incident suspect, comédie grinçante, la société et la famille israéliennes en prennent pour leur grade. Dans la famille Blum, rien ne va plus. La mère, Adina, vient juste de poignarder Shmouel, son mari, quand la pièce commence. Sans raison véritable. L’ennui peut-être ; ou le désintérêt que lui manifestait son mari tous les jours. L’habitude aussi, elle attendant qu’il rentre du travail, lui s’installant devant la télévision. Alors, dit-elle, au fils, « On voit bien que tu n’as pas été marié à la même personne pendant quarante ans. » Le fils,...
Intemporels
par Didier Garcia
Rêves d’îles bleues
Avec son récit Génie la folle, Inès Cagnati (1937-2007) raconte le drame d’une fillette et sa mère, dans un monde rural sans pitié.
La mère, c’est Eugénie, dite Génie la folle parce qu’elle ne parle pas. Mais elle pleure, à cause de ce grand malheur qui s’est un jour abattu sur elle : avoir un enfant d’un père inconnu (elle qui était issue de la famille la plus honorable du village), être ensuite reniée par les siens et se faire domestique agricole. La fille, c’est Marie, une bâtarde dont la plus grande peur est de perdre sa mère (qui n’est souvent rien de plus qu’une ombre), ou que sa mère l’abandonne, ou qu’elle l’oublie quelque part, par exemple au bord d’un champ inconnu, et qu’elle se retrouve seule, alors...
Le Matricule des Anges n°181







