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Exilés en solitude
Lmda N°272 Roman du désamour, le nouveau livre de Jérôme Ferrari déploie une pensée de la catastrophe à partir du récit d’une séparation amoureuse. Et marque toute l’humanité du sceau de la damnation. C’est probablement le roman le plus intimiste de Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012. Jeune enseignant, désireux de parcourir le monde, le narrateur s’engage au lycée français d’Alger qui vient de rouvrir après une guerre civile meurtrière. Il y rencontre Nardjess qu’il voit « comme une autre possibilité d’échapper à moi-même ». Car l’homme ne fuit pas seulement son île natale, la Corse et ses...
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Domaine étranger Passé pas si simple De l’Ukraine soviétique à l’Allemagne d’aujourd’hui, Sasha Marianna Salzmann accompagne ses héroïnes – mères et filles – dans leurs épreuves. Marioupol, Donetsk, Donbass – qui, il y a quelques années encore, pouvait se targuer de connaître ces villes et régions, lointaines, peu attrayantes ? Même ceux qui, plus curieux ou aventureux, s’en allaient visiter l’Ukraine, s’en tenaient à sa partie occidentale ou, à la rigueur, poussaient jusqu’à Odessa – ou Czernowitz, en l’honneur de Celan et d’Appelfeld. Qu’y aurait-il eu à voir, là-bas, hormis des paysages post-industriels désolés et...
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Domaine français Pessoa puissance 3 Imaginer la vie de trois des plus connus hétéronymes de Fernando Pessoa, c’est le pari – réussi – de ce roman du caméléon Matthieu Mégevand. Un roman ludique et profond à la fois » ; c’est en ces termes que l’éditeur nous présente le nouveau livre de Matthieu Mégevand, né à Genève en 1983, auteur ces dernières années de La Bonne Vie, Lautrec ou Tout ce qui est beau, entre autres. Ludique, oui, parce que le quadra suisse s’amuse sérieusement à donner vie à trois des plus fameux hétéronymes – Alberto Caeiro, Ricardo Reis et Alvaro de Campos – du définitivement toujours fascinant...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Nature peinture
Controns la grisaille par une escapade à Marseille, avec La Bonne Mère, premier roman de Mathilda Di Matteo. Clara, jeune prof à Sciences Po en phase de gentrification, se détache de son ascendante, Véro, « seins énormes » et manières de cagole. La présentation du fiancé, Raphaël, fils de ministre, crée un choc des cultures. Garamond vs Comic Sans : « Je l’appelle le girafon (…) À croire qu’il est en safari partout (…) ». Un mail de la revue, service Qualité, interrompt notre élan : l’examen des data de la page 52 souligne une nette disparité de traitement, avec davantage d’auteures que...
Le Matricule des Anges n°268

un auteur
Maurice Pons
Chronique
Traduction
Traduction
Iryna Dmytrychyn
Personne ne demandera rien, de Serhiy Jadan
Ferhiy Jadan est un auteur protéiforme qui excelle dans tous les genres, qu’il s’agisse de poésie, de prose, de dramaturgie et de traduction. On le connaît chanteur et front man, engagé politiquement dans l’aide logistique aux combattants et aux civils depuis le début de la guerre en 2014, et plus encore depuis l’invasion à grande échelle de février 2022. En mars 2024 il s’est engagé dans l’armée, le seul front qui compte aujourd’hui en Ukraine.
Ce recueil de douze nouvelles offre au lecteur français la preuve de son talent pour la forme courte. Il nous révèle également Jadan...
Le Matricule des Anges n°270
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Domaine étranger Quand l'autre n'existe plus Dans un court roman d’anticipation, Martin Harniček brosse le portrait d’une société fondée uniquement sur l’égoïsme et l’arrivisme, une société qui pourrait être tout aussi bien la nôtre. Vous aimez le pouvoir ? Vous aimez les personnages qui aiment le pouvoir ? Alors Albin est fait pour vous. Martin Harniček nous raconte ici les aventures d’Albin, un mégalomane sadique dont le seul but est d’arriver au sommet du pouvoir dans une société dystopique contrôlée par le Parti mondial. L’auteur, après la parution du livre en 1981, aura « quelques » problèmes avec le gouvernement de son pays, la Tchécoslovaquie communiste, et...
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Poésie Porte à portes À travers une galerie de tableaux, Véronique Gentil confronte son regard de poète à ses mots, ses ressentis de plasticienne. Il est des peintres, des écrivains, des musiciens du silence. Des artistes discrets qui parviennent à l’apprivoiser, le décliner, presque le caresser, le peigner pour mieux le repenser (le repanser) et composer des tableaux incongrus, de singuliers livres d’heures, des musiques de l’âme… Véronique Gentil fait partie de cette communauté qui donne ainsi de l’écho au silence, elle affirme y avoir été conviée par la lecture d’Henri Michaux,...
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Histoire littéraire Herbel, la malice du cosmos Une nouvelle traduction remet en circulation les histoires d’almanach de Hebel, classiques en Allemagne, presque inconnues en France. En Allemagne, Johann Peter Hebel (1760-1826) est un classique ; la France n’a pas son équivalent. C’est que l’art de Hebel, insiste Walter Benjamin, est le plus modeste de tous : des « historiettes », moralités, devinettes, longues de quelques lignes à quelques pages, écrites entre 1803 et 1819 pour l’almanach L’Ami de la maison du pays rhénan, vendu par colportage dans le pays de Bade. De son vivant, Hebel ne passe pas inaperçu : Goethe...
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Théâtre Lâchez les chiennes ! Mathilde Souchaud imagine comment les femmes pourraient montrer leurs crocs et briser leurs laisses. Le décor est planté d’emblée : des images du monde entier défilent sur des écrans en silence. Une didascalie ajoute : « Puis l’écran se fige sur une vidéo dans laquelle une femme, au milieu d’une manifestation, lève le poing en l’air, torse nu, des tire-laits fixés sur ses seins et “cash cow” écrit au marqueur sur son ventre. Brutalement les écrans s’éteignent ». Une voix artificielle, celle de l’autorité mondiale de protection cybernétique...
Intemporels
par Didier Garcia
Métro, boulot, dodo
Dans L’Homme au marteau, Jean Meckert (1910-1995) évoque le quotidien d’un homme incapable de se satisfaire de son existence.
Protagoniste malgré lui, Augustin Marcadet est fonctionnaire du Trésor au service contentieux, et tout juste trentenaire, autrement dit « un petit vieux de trente ans », car cet âge-là lui apparaît déjà « comme le seuil de la vieillesse, l’abandon des illusions, l’encroûtement, la saleté, la ruine ». Un passé encore récent lui a fait épouser Émilienne, « une gentille petite femme » qui n’a aucun défaut, sinon « le regard serein des gens sans pensées », et lui a donné une fille, Monique, alors âgée de 5 ans.
En gros, il a tout pour être heureux. D’autres seraient fiers d’un tel sort,...
Le Matricule des Anges n°197







