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Le sang en héritage
Lmda N°270 La malédiction familiale au cœur d’Ici tombent les filles, premier roman de Stephene Gillieux. C’est un conte revisité, que propose ici Stephene Gillieux. Et le genre ne doit rien au hasard. L’autrice est psychologue et son récit vient chercher la malfonction, la dysfonction, tant familiale que sociétale dans un récit horrifique et glaçant, dont l’analyse aurait pu plaire à Bruno Bettelheim. Les codes du transfert du réel vers l’imaginaire sont tissés, assemblés, dans un texte...
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Domaine étranger L'art de l'ellipse Le premier roman traduit en français du romancier et dramaturge Adam Rapp dresse le portrait d’une Amérique hantée par les démons qu’elle a engendrés. Glaçant et fort. L’histoire débute le plus banalement possible en 1951 dans un diner d’Elmira dans l’État de New York. Sur sa banquette la jeune Myra Lee, après la messe, dévore loin du regard inquisiteur de sa mère le livre qui fait rêver l’adolescente : L’Attrape-cœurs de J. D. Salinger qui vient de paraître. Péché véniel que cette lecture pour une enfant de croyants très pratiquants. Elle est abordée, Myra, par un jeune homme à la gueule d’ange et au...
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Domaine français Transfuge à rebours En questionnant l’enfant qu’il fut lorsqu’il écrivit son premier livre, Camille de Toledo retrouve une colère à laquelle il ajoute beaucoup de douceur. Pour aiguiser la pensée. En 2002 paraissait le premier livre signé Camille de Toledo. Archimondain, jolipunk (Calmann-Lévy) était un essai sous-titré « Confessions d’un jeune homme à contretemps ». Près d’un quart de siècle plus tard, l’écrivain revient sur ce qui le conduisit à écrire ce livre. Il lit et annote les textes de ses carnets, s’interroge autant sur l’enfant qu’il fut que sur le siècle sur lequel son essai jetait un linceul. Et plus particulièrement sur...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Histoires de ouf
On pioche au rayon des célébrités une paire de récits autobiographiques signés par des Nicolas. En vue d’un exercice de littérature comparée. Bedos vs Demorand. Le premier publie La Soif de honte et choisit de mener son introspection à la deuxième personne, afin de « se confronter » et ne « rien mentir » (licence poétique). Le dispositif, censé produire de la distance, n’offre pourtant guère plus de recul qu’une perche à selfie. L’auteur promet du surplomb, mais se cadre essentiellement en contre-plongée : « Les éclats de rire du bébé, mêlés au chant d’un chardonneret, mariés aux murmures...
Le Matricule des Anges n°264

un auteur
Edna O'Brien
Chronique
Traduction
Traduction
France Camus-Pichon
L’Étrange Tumulte de nos vies de Claire Messud
Au moment d’évoquer cette histoire si ample et mouvementée, et sa traduction (dont un enjeu était justement d’épouser ce mouvement), me revient une interrogation qui court dans le prologue à L’Étrange tumulte de nos vies : par où commencer ? En l’occurrence, quelle entrée choisir face à une fresque familiale qui se déploie sur cinq continents et deux siècles ? De 1940 à 2010. Sept décennies, les « sept âges » d’un drame où « chacun dans sa vie a plusieurs rôles à jouer », pour reprendre la citation de Shakespeare placée en épigraphe.
Par « chacun », comprendre ici les membres de la...
Le Matricule des Anges n°266
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Domaine étranger Naviguer en Amour L’archéologue Katariina Vuori part à la recherche d’un marin du XIXe siècle. Une quête aussi personnelle que passionnante. La couverture est gracieuse, mais il ne faut pas s’y fier. On y voit, joliment dessiné, un ancien deux-mâts à voiles carrées qui fend l’eau (ou l’air ?) au milieu de rochers dodus, à moins que ce soient des nuages. Au premier plan, des cordages rougis, d’antiques poulies. Qu’est ce qui se cache là-dessous ? Un récit maritime historique et poussiéreux ? Point du tout ! Katariina Vuori est une archéologue finlandaise, spécialiste de...
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Poésie Aller aux choses mêmes En recyclant et en rassemblant les textes qu’il a consacrés à Berck et à sa plage, Ivar Ch’Vavar donne voix à la puissance baptismale d’inauguration et de surgissement de la poésie comme à son potentiel d’effets et d’affects. À sa façon, dans sa langue et sa cadence, Ivar Ch’Vavar aime revenir à la source des ébranlements initiaux et plus particulièrement au lieu où lui-même a commencé, c’est-à-dire à Berck, où il est né en 1951. Une plage, un site auxquels il a consacré de nombreux textes qu’il a décidé de recycler en en sélectionnant des pans, avant de les redisposer dans un grand ensemble titré Filles bleues. C’est que Berck, plus encore que d’être la...
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Histoire littéraire Le salut dans la déroute Deux nouvelles d’André Dhôtel tendres et féroces comme l’esprit d’enfance qui les anime… et qui nous charme. André Dhôtel (1900-1991) le confiait à Patrick Reumaux dans Terres de mémoire (Jean-Pierre Delarge, 1979) : « J’en reviens toujours à un artisanat ». Artisanales, c’est-à-dire patiemment polies, réglées, ajustées sur l’établi, les deux nouvelles de Dhôtel que livre La guêpine assurément le sont. Et, ce qui ne gâche rien, dans une élégante plaquette sortie de l’atelier de l’imprimeur-éditeur Du Lérot. Treize années séparent Intermède (1943)...
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Théâtre Lâchez les chiennes ! Mathilde Souchaud imagine comment les femmes pourraient montrer leurs crocs et briser leurs laisses. Le décor est planté d’emblée : des images du monde entier défilent sur des écrans en silence. Une didascalie ajoute : « Puis l’écran se fige sur une vidéo dans laquelle une femme, au milieu d’une manifestation, lève le poing en l’air, torse nu, des tire-laits fixés sur ses seins et “cash cow” écrit au marqueur sur son ventre. Brutalement les écrans s’éteignent ». Une voix artificielle, celle de l’autorité mondiale de protection cybernétique...
Intemporels
par Didier Garcia
Penser comme une montagne
Selon l’écologiste américain Aldo Leopold, il faut promouvoir la perception pour préserver l’environnement. Défense et illustration.
Connu comme le père de la défense de la faune et de la flore sauvages en Amérique, et pour avoir été conseiller auprès des Nations unies pour la protection de la nature, Aldo Leopold (1887-1948) apparaît en ces pages comme le digne héritier de Henry David Thoreau (1817-1862), se faisant l’ardent défenseur de « ce qui est naturel, sauvage et libre » contre ce qui est « artificiel, domestique et confiné », et affichant sa nostalgie pour ce paradis à jamais perdu que fut la Grande Prairie américaine foulée par des troupeaux de bisons. Mais c’est un observateur particulièrement attentif de...
Le Matricule des Anges n°226







