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Branle-bas de la langue
Lmda N°272 Enfin disponible, l’inédit culte de Pierre Guyotat défie sa propre lisibilité. Musique, pure célébration du rythme. Depuis les années 1980, un livre est légendaire de ne pouvoir être lu : son auteur en parle dans d’autres livres et dans des entretiens, on l’espère, mais il se fait attendre et désirer. L’auteur dit en avoir accouché en neuf mois en 1979-1980, dans une sorte de fièvre où il a failli y laisser sa peau. Mais il le réécrit, le laisse, le reprend, recommence, la chose forme des strates comme la...
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Domaine étranger Cœur ardent Le dixième livre traduit de Jón Kalman Stefánsson nous plonge dans le début du XVIIe siècle islandais. Et son éloge de la poésie et de la nature lui donne des airs de roman national. Nous sommes en 1615. Le révérend Pétur écrit une longue lettre à celle qu’il appelle « mon exquise » et dont on ne découvrira l’identité qu’après 118 pages de lecture intense. Il sait qu’il doit mener sa confession à son terme puisque « moins tu écris sur les ténèbres, plus elles engloutissent de choses ». Pour ce faire, il est aidé par sa gouvernante Dóróthea, imposante figure qui semble sortie de la mythologie. Dóróthea a la réputation de...
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Domaine français Pessoa puissance 3 Imaginer la vie de trois des plus connus hétéronymes de Fernando Pessoa, c’est le pari – réussi – de ce roman du caméléon Matthieu Mégevand. Un roman ludique et profond à la fois » ; c’est en ces termes que l’éditeur nous présente le nouveau livre de Matthieu Mégevand, né à Genève en 1983, auteur ces dernières années de La Bonne Vie, Lautrec ou Tout ce qui est beau, entre autres. Ludique, oui, parce que le quadra suisse s’amuse sérieusement à donner vie à trois des plus fameux hétéronymes – Alberto Caeiro, Ricardo Reis et Alvaro de Campos – du définitivement toujours fascinant...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Passer ton basque
De nombreux collègues s’arrêtent au Matricule sur le chemin des vacances : les étals sont vides. Ou sinon le dernier Fabrice Caro. Et sous le manteau de la libraire, où sont d’habitude nichés les inédits de septembre, idem. Carrère, Mauvignier, les poids lourds, absents. – Mais si tu veux, j’ai ça. Marcher dans tes pas. L’usage de l’infinitif (le verbe quand il fait dodo, disent les écoliers du primaire), la deuxième personne du singulier (l’ami imaginaire) : grimace. – Nadège – mais si, l’institutrice – l’a lu et trouvé bouleversant. Le livre est signé Léonor de Récondo, et la colonne...
Le Matricule des Anges n°266

un auteur
Maurice Pons
Chronique
Traduction
Traduction
Christophe Mileschi & Martin Rueff
Works, de Vitaliano Trevisan
Christophe – Quand je traduis je m’absente. Me laisse traverser par la parole de l’autre, à qui je cède ma voix et ma langue française. J’ai un peu brûlé les planches : souvent j’ai cru sentir une proximité profonde entre ce qu’il advient de moi traduisant et ce qui arrive à l’acteur·ice incarnant quelqu’un·e qu’iel n’est pas. Qu’on traduise ou joue un rôle, les pièces dont on est formé se réagencent au service d’une interprétation. On objectera que l’acteur·ice fait ça surtout avec son corps, là où la traducteur·ice ne s’engage pas physiquement dans sa traduction. Ce serait scinder...
Le Matricule des Anges n°269
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Domaine étranger Fake clown En racontant l’irrésistible ascension de Trump, l’Italien Stefano Massini passe l’Amérique capitaliste au scanner de sa prose incisive. Et pose un diagnostic implacable. On est mal barré. Avec Donald, Stefano Massini reprend le dispositif mis en place pour Les Frères Lehman : une longue laisse de mots déroule un texte tout en verticalité rappelant ainsi graphiquement le symbole même de Trump et du capitalisme américain : la tour qui porte le nom du milliardaire. On se souvient que Les Frères Lehman avait obtenu le prix Médicis de l’essai 2018. Une distinction méritée mais étonnante, le livre, écrit pour le théâtre,...
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Poésie Un livre de plateaux Avec Et et et, Cole Swensen essaye de décadenasser le livre de son ordre de succession habituel en pensant ses textes comme des segments virevoltants et interchangeables de connexions virtuelles. Maïtreyi & Nicolas Pesquès sont les traducteurs fidèles (chez Corti) des livres de Cole Swensen, le cinquième, Et et et, sur sept parus en France. On ne peut pourtant imaginer que les difficultés de traduction des soixante-cinq petites proses qui le composent aient pu être moindres. Et c’est sans compter la plus importante d’entre elles : comment induire dans la traduction, au travers de textes scellés dans un ordre et un bloc de papier...
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Histoire littéraire Accélérateur d'existence Dans un livre où il rend justice aux femmes écrivains qui l’ont touché, François Kasbi nous livre les clés d’une esthétique de l’existence qui doit autant à l’heureux scandale de l’amour qu’à la lecture. Lire, être amoureux, ces deux intensités, ces deux nécessités, François Kasbi a l’art de les concilier. Il sait, pour le vivre, combien peut être grande la porosité entre la vie et le roman. Et combien la femme de ses rêves existe puisqu’elle est l’écrivain femme qui le comble ou l’a comblé. (S’il écrit « écrivain » au masculin, c’est en gage de sa fidélité à Gabrielle Wittkop, qui y tenait, mais pas seulement.) Les femmes écrivains lui...
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Théâtre À hauteur d'oiseaux Le conflit israélo-palestinien au centre d’une tragicomédie où l’humour le dispute à l’émotion. Jérusalem, 2020. Dans la vieille ville, deux oiseaux vaquent à leurs occupations : un bulbul, espèce endémique paisible et casanière, et une drara, espèce invasive et volontiers agressive. L’un arrange son nid, l’autre cherche de la nourriture. Sur un écran est projeté le récit d’un drame qui a marqué la société israélienne et provoqué des manifestations de grande ampleur : alors qu’il se rendait au centre Elwin, une institution pour...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
Sacher-Masoch avait sa photo
Traductrice majeure du XIXe siècle, Thérèse Bentzon fut aussi romancière, essayiste et même un peu féministe…
On trouvait il y a peu dans un catalogue à prix marqués de la librairie des Amazones – sise sur cour, rue Bonaparte à Paris – le manuscrit d’un conte de Noël intitulé Stella. La notice de la libraire dont la spécialité s’étend à tous les écrits féminins précise que ce texte était un court roman qui avait été publié dans Le Correspondant le 25 décembre 1896. Son récit était saisissant : la veille de Noël une femme vêtue de noir faisait irruption sur une île des Côtes-d’Armor et y déposait une petite fille blonde comme les blés avant de disparaître. La gamine était charmante, la curiosité...
Le Matricule des Anges n°201








