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Branle-bas de la langue
Lmda N°272 Enfin disponible, l’inédit culte de Pierre Guyotat défie sa propre lisibilité. Musique, pure célébration du rythme. Depuis les années 1980, un livre est légendaire de ne pouvoir être lu : son auteur en parle dans d’autres livres et dans des entretiens, on l’espère, mais il se fait attendre et désirer. L’auteur dit en avoir accouché en neuf mois en 1979-1980, dans une sorte de fièvre où il a failli y laisser sa peau. Mais il le réécrit, le laisse, le reprend, recommence, la chose forme des strates comme la...
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Domaine étranger Passé pas si simple De l’Ukraine soviétique à l’Allemagne d’aujourd’hui, Sasha Marianna Salzmann accompagne ses héroïnes – mères et filles – dans leurs épreuves. Marioupol, Donetsk, Donbass – qui, il y a quelques années encore, pouvait se targuer de connaître ces villes et régions, lointaines, peu attrayantes ? Même ceux qui, plus curieux ou aventureux, s’en allaient visiter l’Ukraine, s’en tenaient à sa partie occidentale ou, à la rigueur, poussaient jusqu’à Odessa – ou Czernowitz, en l’honneur de Celan et d’Appelfeld. Qu’y aurait-il eu à voir, là-bas, hormis des paysages post-industriels désolés et...
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Domaine français Demande à la poussière On the road again, le narrateur de Sébastien Berlendis suit la trace d’un amour perdu. Une belle tresse de l’espace et du temps. Discrètes, il y a dans 24 fois l’Amérique de nombreuses références à des livres, des films, des musiques. On ne sait pas si Sébastien Berlendis écoute du rap et de la techno, mais il est sûr qu’il a le goût du sampling et des boucles. Et de la mise en abyme : page 12, Marianne lit Demande à la poussière, le roman de John Fante, en 1935 un best-seller précoce de la contre-culture américaine. C’est l’histoire d’un homme qui aime une femme,...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Nature peinture
Controns la grisaille par une escapade à Marseille, avec La Bonne Mère, premier roman de Mathilda Di Matteo. Clara, jeune prof à Sciences Po en phase de gentrification, se détache de son ascendante, Véro, « seins énormes » et manières de cagole. La présentation du fiancé, Raphaël, fils de ministre, crée un choc des cultures. Garamond vs Comic Sans : « Je l’appelle le girafon (…) À croire qu’il est en safari partout (…) ». Un mail de la revue, service Qualité, interrompt notre élan : l’examen des data de la page 52 souligne une nette disparité de traitement, avec davantage d’auteures que...
Le Matricule des Anges n°268

un auteur
Maurice Pons
Chronique
Traduction
Traduction
David Fauquemberg
L’Arbre de l’homme, de Patrick White
Quand le prix Nobel australien Patrick White (1912-1990) entreprend d’écrire son chef-d’œuvre, en 1950, il rentre d’Angleterre après des études à Cambridge, un début de carrière littéraire ; il a fait la guerre au Moyen-Orient. C’est décidé : il vivra à Dogwoods, sa ferme aux abords de Sydney, travaillera la terre avec son compagnon Manoly Lascaris. Que signifie, au fond, s’installer – dans un lieu, une vie, un amour ? L’Arbre de l’homme ne parle que de ça. À chaque mot de ce texte vibrant, d’une force d’évocation et d’émotion époustouflante, White guette « l’extraordinaire derrière...
Le Matricule des Anges n°268
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Domaine étranger Voyage au bout de la faim Est de la Roumanie, 1947 : Daniela Ratiu nous embarque dans une odyssée cauchemardesque et terriblement humaine, aux côtés d’une famille qui tente d’échapper à la mort programmée. Si l’on ne cesse – à juste titre – de rappeler les crimes hitlériens, il semble que le devoir de mémoire soit moins préoccupé par ceux de Staline. Alors même que l’Ukraine subit l’agression russe – et que Poutine, lui, s’emploie à réhabiliter plus ou moins discrètement son illustre prédécesseur –, la réalité de l’Holodomor (1931-1933), famine orchestrée par le pouvoir soviétique qui fit peut-être plusieurs millions de victimes,...
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Poésie Le fond de l'air est rouge Avec Soleils d’artifice, Luc Bénazet explore en trois plans la possibilité de concaténation d’une langue qui serait une grenade pour demain. C’est un geste de déplacement, rugueux, âpre, puissant. Huitième livre de poésie de Luc Bénazet, si l’on excepte les deux opus écrits avec Benoît Casas, Soleils d’artifice continue avec pugnacité un âpre travail de dégagement, ou de démantèlement : à savoir tenter d’écrire, jusqu’à en endurer la solitude, une langue dont l’effort aura été de s’arracher au socle de domination auquel elle appartient. Jacques Dupin, dans Dehors (1975), avait dit ce retournement inexorable et sa rage à en sortir par...
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Histoire littéraire Breton-Gracq, ensemble et séparément Commencée en 1939, leur correspondance est la première à nous révéler le Gracq épistolier. Là où Breton rêve de liens « qui auraient seulement existé dans la chevalerie errante », Gracq, écrivain secret s’il en est, n’aspire qu’à être un ami fiable et une sorte de conseiller désintéressé. Quand, en mai 1939, Gracq, jeune écrivain quasi inconnu, fait parvenir son premier livre à Breton, c’est d’abord l’auteur de Nadja et de Poisson soluble qu’il veut atteindre, le « Grand Singulier » plutôt que le chef du groupe surréaliste. Ce qu’il aime dans le surréalisme – qu’il a découvert alors qu’il venait d’être reçu à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (1930-1934) –, c’est sa force native, l’« espèce de jet brutal de la...
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Théâtre C'était la Reine des bandits L’histoire d’une femme indienne victime des hommes et devenue une légende. Qui se souvient de Phoolan Devi ? Qui en a même jamais entendu parler ? Née en 1963 dans une famille très pauvre du nord de l’Inde, elle se rebelle très jeune contre la condition faite aux femmes, protestant et intervenant physiquement lorsqu’elle voit son père battre sa mère. Mariée à 11 ans à un homme trois fois plus âgé qu’elle, violée, battue, rejetée parce qu’indocile, et donc déshonorée et devenue de ce fait « la fille du...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
L’éditeur mystère
Émigré russe anti-tsariste puis anti-bolchevique, Jacques Povolozky fut l’éditeur efficace des avant-gardes parisiennes. Premiers éléments d’une enquête….
Dédiée aux écrivains négligés, discrets, secrets ou bien encore maltraités, la présente rubrique n’a pas été consacrée jusqu’à présent à un simple éditeur, et à un éditeur dont la bibliographie est restée vierge de toute création personnelle. Cet ostracisme, non dénué de logique, n’excluait toutefois pas que l’on suive du coin de l’œil le mouvement lent mais sûr de panthéonisation des bibliopoles contemporains, parallèle à celle des galeristes, commissaires d’exposition, critiques littéraires, salonards et membres du corps diplomatique amateurs de culture qui ont gravi au siècle dernier...
Le Matricule des Anges n°104








