-
Des mains de courage
Lmda N°276 Anne Percin tisse de l’existence et de l’amour une toile à l’ancienne, pleine des accrocs de la douleur mais d’une trame solide qui résiste à l’oubli.Sous la forme d’un petit carnet autographe à peine cousu, sans couverture, est parvenu à Anne Percin le récit familial. L’aède peut se saisir de ce qui lui plaît pour tresser des lignes de mots, en l’occurrence, chez Anne Percin, le déclic provient de ce document autographe conservé dans la famille, pieusement mais avec beaucoup de perplexité. Si l’arrière-grand-père écrivait bien, on ne...
-
Domaine étranger Ombre portée Dans un premier roman assez fantomatique, l’écrivaine italo-suisse Anna Ruchat jette le doute sur un père. En 1927, André Gide dans Les Nourritures terrestres eut cette formule cinglante : « Familles, je vous hais ! Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur. » Faut dire qu’il s’en passe des choses dans la cellule familiale, le meilleur comme le pire ! Teresa, 18 ans, dans ses montagnes lombardes aurait, elle, continué à vivre heureuse sous le toit parental. Mais, en ce début des années 1980, la vie y est difficile et...
-
Domaine français L'arche de Berre Déclaration d’amour à l’étang de Berre, éloge intime du requin, traversée poétique des temps géologiques, le nouveau livre de Sigolène Vinson fait vibrer les éclats irisés de la vie immémoriale. Réfractaire à toute définition de genre, ce récit rhapsodique qui coud ensemble divers éléments jusqu’à leur accorder un point de convergence autour duquel le lecteur ne cesse de tourner, pourrait aussi être la matrice prometteuse d’autres livres. À la fois rêverie sur des temps immémoriaux où nos plaines constituaient des fonds marins, nostalgie d’une enfance à Djibouti où le lac Assal et ses eaux très salées préfigurent l’étang de Berre...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Des pavillons dans le ventre
Coup de fil d’un confrère de Lire-Le Magazine littéraire. Les vœux, quelques potins, l’IA, les salaires (soupirs), Trump, et – on le flairait – une sollicitation. Le journal vient de désigner La Nuit ravagée meilleur livre de l’année 2025 ; un papier dans la revue serait le bienvenu.
Si on peut rendre service. Sans garantir l’efficacité de la démarche tant l’auteur, Jean-Baptiste Del Amo, semble imperméable à toute publicité : alors qu’il cumule les récompenses – prix Fnac, Goncourt du premier roman, Livre Inter, et roi de Lire désormais – sa notoriété demeure relative. Son nom énoncé,...
Le Matricule des Anges n°270

un auteur
Marc Biancarelli
Chronique
Traduction
Traduction
Carine Bratzlavsky et Anne-Marie Di Biasio
Baisers du Singe : correspondance Virginia Woolf-Vanessa Bell
Virginia Woolf était une épistolière compulsive. À côté de ses romans, son journal, ses essais, la biographie, le théâtre, la critique, le travail d’éditrice, Virginia Woolf écrivait des lettres. À ses amis du Bloomsbury Group, artistes engagés pour l’art et la liberté des idées, à son amante, Vita Sackwille-West. À sa sœur, la peintre Vanessa Bell. Je me rappelle encore mes émotions, découvrant ces lettres. Emportée par les phrases tendues d’une Virginia Stephen suggérant, au travers d’un écheveau d’associations d’idées et de connivences à demi-mot, sur le ton presque badin de la...
Le Matricule des Anges n°272
-
Domaine étranger Chef-d'œuvre infini La colossale biographie de Fernando Pessoa par Richard Zenith éclaire la portée universelle d’une œuvre et maintient intact le mystère d’une vie. Il aura fallu douze ans à Richard Zenith pour mettre un peu d’ordre dans les 25 000 feuillets consignés par Fernando Pessoa (1888-1935) dans une malle posée au pied de la « bibliothèque anglo-américaine » de l’auteur (lui admirateur absolu de Shakespeare et de Walt Whitman) au 16, rue Coelho da Rocha, l’un des plus beaux quartiers Art Nouveau de Lisbonne. Vingt-cinq mille feuillets à inventorier, à déchiffrer (l’écriture de Pessoa était...
-
Poésie Comment être au monde Entre approche concrète et abstraite, les poètes François Jacqmin et Julien Starck cherchent à toucher une certaine vérité de notre rapport à l’existence. Le catalogue des éditions du Cadran ligné, dirigées par le poète Laurent Albarracin, fonctionnant par affinités sensibles, cela nous incite à tendre des fils, peut-être arbitraires, entre deux parutions récentes. Rapprochons ainsi selon notre caprice deux auteurs qui n’auront guère coïncidé dans le temps et l’espace – l’un se trouvant en pleine activité, l’autre décédé il y a plus de trente ans – et qui font de l’essai une dérive en poésie...
-
Histoire littéraire Jambe en l'air et chapeau bas Depuis son invention par Tristram en 1991, Le Tutu n’en finit pas de froufrouter. Parce qu’on ne sait toujours rien – ou presque – de son auteur et, surtout, parce que ce roman de « mœurs fin de siècle » garde intacte toute sa folle frénésie. Le résumer n’aurait aucun sens. Le récit, définitivement débarrassé de tête et de queue, n’est ici que pure dépense, lancé à toute blinde à travers les pages telle une super-balle dont on ne sait ni où ni quand elle s’arrêtera, après avoir tout renversé sur son passage. Car ce Tutu ne respecte rien : ni le bon goût, ni la religion, ni la famille, pour ne rien dire de la vraisemblance. Les tribulations parisiennes et extra-parisiennes de...
-
Théâtre Une immense tragédie Quand une femme se dresse face à la guerre et à la folie des hommes. Aristide Tarnagda est un auteur du Burkina Faso. Sa rencontre en 2004 avec Koffi Kwahulé le convaincra de se consacrer au théâtre et à l’écriture. Fadhila est son texte le plus récent. Fadhila, c’est d’abord une langue. Une langue puissante, imagée, métaphorique, une langue qui conte et raconte et laisse aux personnages le temps et l’espace de parler pour nous dire, ou tenter de nous dire, leurs vérités profondes. C’est la langue directe...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
Libération tisserande
Fille de la montagne, la Suissesse Marie Métrailler a connu un parcours libre dans un territoire peu favorable à l’émancipation des femmes.
Marie Métrailler (1901-1979) fut-elle écrivain ? On pourra se poser la question lorsque, au terme d’une lecture passionnante, on tournera la dernière page de La Poudre de sourire, le témoignage qu’elle livra à la critique d’art Marie-Magdeleine Brumagne (1920-2005) à partir de 1974. Cette dernière, consciente du matériau formidable qu’elle recueillait, s’empressa d’en faire un livre aux éditions Clin d’œil à Lausanne en 1980 (la version de poche parut en 1990 à L’Âge d’Homme). Et comme dans le Journal de montagne d’Estella Canzani (1887-1964, Lmda N°184), on passe des moments délicieux à...
Le Matricule des Anges n°265







