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La ville, malgré tout
Lmda N°274 Entre essai et rêverie, Joël Cornuault revient dans les rues du Paris de sa jeunesse afin d’y débusquer ce qui frétille encore. Joël Cornuault est de ces flâneurs actifs qui prennent au sérieux l’art de la déambulation, l’œil au vent et le nez aux aguets ; un art que d’aucuns, pressés comme des citrons par un monde qui n’a de cesse d’amoindrir la vie de nos sens, qualifieraient un peu hâtivement de désuet. Mais Cornuault n’accepte pas cette facilité, car il est également de ceux « qui veulent la lune » et ne se...
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Domaine étranger Trips et boyaux Avec The Sick Bag Song, embarquement immédiat dans la machine ardente de Nick Cave, « système nerveux qui carbure à la rime et aux fantômes ». Cela combine plusieurs histoires. « Nous avons traversé des centres-villes revitalisés, des centres-villes en voie de revitalisation, des centres-villes agonisants » : en juin-juillet 2014, de Nashville Tennessee à Montréal Québec en passant par Denver Colorado, il y a Nick qui parcourt l’Amérique du Nord avec son groupe pour une tournée de vingt-deux dates, et qui tourmenté tente régulièrement de joindre sa compagne sur « ce putain de...
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Domaine français L'exil est un chemin qui ne s'oublie jamais Atiq Rahimi, qui vit en France depuis 1984, raconte, dans une ambiance brumeuse, son film écrit mais non tourné, et le cheminement entêtant d’un Kabuliwalla, « l’homme de Kaboul ». Ce mélange de différents niveaux de récits est vertigineux. Un roman – celui que le lecteur tient dans les mains ; un film – qui n’a jamais été tourné ; une nouvelle classique – écrite par Rabindranath Tagore. Avec de grands écarts dans les époques : un pied à la fin du XIXe siècle, l’autre à l’époque actuelle. Dans les pays aussi : de l’Inde (où l’histoire se déroule) à la France (où elle a été écrite), en passant par l’Afghanistan, pays de...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Force majeure
Crise oblige, on émet le souhait d’un papier sérieux. Une synthèse géopolitique qui éclairerait le lecteur sur les rouages des conflits internationaux. Étayée par un corpus solide, des ouvrages signés Trinquand et Pellistrandi, avec en prime une astuce mnémotechnique pour ne plus confondre chiite, sunnite et stalagmite. Refusé. « Occupe-toi du hit-parade. » Les cavaliers de l’Apocalypse sanglent leurs chevaux, on nous somme de divertir. Soit. On commentera en représailles le numéro un des ventes. Quel qu’il soit.
Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot. Léger coup de chaud. L’image d’un...
Le Matricule des Anges n°272

un auteur
Colette
Chronique
Traduction
Traduction
Iryna Dmytrychyn
Personne ne demandera rien, de Serhiy Jadan
Ferhiy Jadan est un auteur protéiforme qui excelle dans tous les genres, qu’il s’agisse de poésie, de prose, de dramaturgie et de traduction. On le connaît chanteur et front man, engagé politiquement dans l’aide logistique aux combattants et aux civils depuis le début de la guerre en 2014, et plus encore depuis l’invasion à grande échelle de février 2022. En mars 2024 il s’est engagé dans l’armée, le seul front qui compte aujourd’hui en Ukraine.
Ce recueil de douze nouvelles offre au lecteur français la preuve de son talent pour la forme courte. Il nous révèle également Jadan...
Le Matricule des Anges n°270
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Domaine étranger Coup de poing dans les tabous Au cours de sa courte vie d’écrivaine, la Marocaine Malika Moustadraf a bousculé les interdits et raconté, dans une langue crue et violente, le quotidien des oubliés et des rejetés. On peut entrer dans ce livre par sa couverture. Le fond de l’image est un tapis oriental, rouge sang, orné de fleurs, d’oiseaux, de motifs traditionnels. À l’avant-plan, mais rabaissée, plutôt qu’au milieu de la page, une femme, dont on ne voit que le visage. Elle fait carrément la tronche, clope au bec. Elle est emballée serrée dans un tissu fleuri, l’idée d’un vêtement islamique, destiné à dissimuler le corps, mais fait d’une joyeuse...
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Poésie De départs en Java Emmener son dabe en Java, tel aurait pu être le mot d’ordre de la revue : c’est-à-dire débaucher la poésie de son académisme flétrissant, pour poser une grenade dans la soie de ses mièvreries d’alors. Joies de faire péter le sérieux sérieusement. Déroulons-en les arguments. La revue Java, tel qu’Yves di Manno, le poète et directeur de la collection Poésie/Flammarion, la définit avec justesse dans sa brève préface, aura mené au début des années 1990 « mieux que nulle autre en son temps – et avec le plus grand impact – l’examen reconduit de la question moderne, après les avant-gardes ». Vingt-huit numéros, en dix-sept ans, dans le contexte d’alors où brillaient encore quelques revues phares (Action Poétique,...
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Histoire littéraire Jambe en l'air et chapeau bas Depuis son invention par Tristram en 1991, Le Tutu n’en finit pas de froufrouter. Parce qu’on ne sait toujours rien – ou presque – de son auteur et, surtout, parce que ce roman de « mœurs fin de siècle » garde intacte toute sa folle frénésie. Le résumer n’aurait aucun sens. Le récit, définitivement débarrassé de tête et de queue, n’est ici que pure dépense, lancé à toute blinde à travers les pages telle une super-balle dont on ne sait ni où ni quand elle s’arrêtera, après avoir tout renversé sur son passage. Car ce Tutu ne respecte rien : ni le bon goût, ni la religion, ni la famille, pour ne rien dire de la vraisemblance. Les tribulations parisiennes et extra-parisiennes de...
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Théâtre Lâchez les chiennes ! Mathilde Souchaud imagine comment les femmes pourraient montrer leurs crocs et briser leurs laisses. Le décor est planté d’emblée : des images du monde entier défilent sur des écrans en silence. Une didascalie ajoute : « Puis l’écran se fige sur une vidéo dans laquelle une femme, au milieu d’une manifestation, lève le poing en l’air, torse nu, des tire-laits fixés sur ses seins et “cash cow” écrit au marqueur sur son ventre. Brutalement les écrans s’éteignent ». Une voix artificielle, celle de l’autorité mondiale de protection cybernétique...
Intemporels
par Didier Garcia
Vues de l’esprit
Nicolas Stakhovitch (1958-1994) fait de la pensée le seul protagoniste de son récit. Une sorte d’abstraction pure.
L’élément déclencheur du délire verbal sous lequel Stakhovitch nous propulse et nous abandonne, sans nous laisser la moindre phrase de répit, c’est la mort de Gralph, le genre d’événement qui d’ordinaire permet à un auteur de clore son récit. Pour être tout à fait précis, plus que sa mort c’est le moment où sa nièce l’annonce au narrateur par téléphone, quelques heures à peine avant la sépulture, un narrateur dont Gralph était le « seul vrai ami ». À ce moment-là, nous confie-t-il, avec cette absence de mesure qui le caractérise et qui prête souvent à sourire, « des centaines et des...
Le Matricule des Anges n°164








