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Histoire littéraire Métaphysique de l’Asparagugusse

juin 2023 | Le Matricule des Anges n°244 | par Jérôme Delclos

Trente-sept nouvelles de l’écrivain Italien Achille Campanile (1900-1977), pour se gondoler comme à Venise… tant qu’il est temps.

Les Asperges et l’immortalité de l’âme

Sollers est mort, Venise pleure et ajoute à la flotte où elle se noiera, l’ultima acqua que déjà l’on nous rationne. L’époque est sèche et réchauffée, autant dire indigeste. Nous avons soif de nouveauté, de fraîcheur et de rires. Las, en France les Alphonse Allais, Christophe (pas celui des Mots bleus mais du Savant Cosinus), Pierre Dac et son sublime et trop méconnu cogito (« Je pense à ma sœur, donc je suis son frère »), sont délaissés. Achille Campanile, deux fois le prix Viareggio pour des best-sellers qui se tiraient entre 100 et 200 000 exemplaires, appartient à ce jadis. Du comique, le Romain aura exploré toutes les facettes. Et tous les genres : le journal humoristique (il en a dirigé un), la nouvelle, le scénario de film (dont en 1954 Ridere ! Ridere ! Ridere ! avec Ugo Tognazzi, Nino Manfredi et Monica Vitti), le théâtre, et le roman dont un chef-d’œuvre, Si la lune… (Balland, 1992), doctement préfacé par Umberto Eco qui le commente aussi dans Lector in Fabula et dans ses Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs. Il faut se rendre à l’évidence : aujourd’hui, Les Asperges et l’immortalité de l’âme (1974) ne trouverait aucun éditeur. Pas assez morose, coco, trop peu raccord avec le grand consensus de la dépression mondialisée. Raison de plus pour le lire, et retrouver au fil des pages la souplesse et élasticité de nos zygomatiques, si le rire comme le vélo ne s’oublie pas.
La nouvelle éponyme est emblématique de ce que dit Eco d’un humour qui « procède de manière circulaire : à partir d’un artifice de base, il récupère les autres et vice versa ». L’incipit nous aura pourtant prévenus : « Il n’y a aucun rapport entre les asperges et l’immortalité de l’âme ». Et l’écrivain, sur ce ton imperturbable qu’il a toujours, de s’employer illico à nous prouver par le menu cette pourtant limpide inanité dudit rapport. Mais justement, de ce fait vertigineuse et inquiétante. Les asperges sont « des légumes excellents » de « la famille des asparagus » (au passage, déclinaison de trois façons de les préparer), quand l’immortalité de l’âme, elle, est « un problème qui tourmente depuis des siècles l’esprit des philosophes ». « Tout le monde ne croit pas à l’immortalité de l’âme », alors que notre foi est unanime en les asperges, bien qu’ici le métaphysicien hésite, balance, nous ferait presque douter. La narration bascule sur l’épineuse question du reste : « il ne resterait rien de nous  » si notre âme, « la meilleure partie de nous-mêmes  », ne nous survivait pas ; or, il ne resterait rien de l’asperge si nous consommions « le pire qui subsiste : la queue  » (ici finement connoté, le trivial symbolisme de la phallique asperge par contraste d’avec l’âme aérienne et gracieuse – féminine). Et voilà notre penseur reparti bille en tête sur « les artichauts qui se trouvent dans la même situation, quand au pourcentage de déchets  », que les asperges qu’étonnamment ils ne sont pas. De façon magistralement déceptive, la chute répétera l’énoncé du début, « sous quelque angle que l’on examine la question, il n’y a rien de commun entre les asperges et l’immortalité de l’âme ». Entre-temps, il se sera passé… strictement rien. Sauf que nous ne regarderons plus jamais les asperges du même œil, Campanile les aura métaphysiciées. Ou comme disait Hegel : « Ce qui est bien connu en général, pour la raison qu’il est bien connu, n’est pas connu ».
Toutes les autres nouvelles sont de ce calibre, et riches en surprises. Pas pour rien que l’une d’elles, « Physiologie du mariage », vole son titre à Balzac. Campanile, par fines touches empreintes de la gravitas des Romains, dessine une comédie humaine. La célébrité vieillissante qui n’est pas reconnue par ses fans, le gardien du kafkaïen « dépôt des téléphones » cerné par eux, le personnage de « L’appel du vide » tenté de gifler du « personnage influent » sa « bonne grosse tête » (aïe, le syndrome Roald Dahl), autant de spécimens où nous nous reconnaissons.
En bonne logique, le livre ouvert par les asperges se referme sur « Les seiches aux petits pois » et le cordon-bleu qui les cuisine : « Dès cet instant, leurs destins sont liés ». Foin des manières, on sauce tout, on réclame même du rab.

Jérôme Delclos

Les Asperges et l’immortalité de l’âme
Achille Campanile
Traduit de l’italien par Françoise Liffran et Marie-José Tramuta
L’Arbre vengeur, 322 pages, 19

Métaphysique de l’Asparagugusse Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°244 , juin 2023.
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