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Domaine français Tomber comme des mouches

février 2024 | Le Matricule des Anges n°250 | par Anthony Dufraisse

À trop agir sur l’environnement… l’écrivaine québécoise Mireille Gagné signe un deuxième roman éco-anxieux.

Cœurs fragiles, attention. Ceux qui sont déjà naturellement sujets aux palpitations le seront encore plus en découvrant l’arrière-plan historique de ce roman, le deuxième de Mireille Gagné. Tout à la fin du livre, une note indicative fait froid dans le dos, jugez plutôt : « Des recherches biologiques sur la peste bovine et l’anthrax ont réellement eu lieu à Grosse-Île, au Canada, entre 1942 et 1956. Des manipulations expérimentales ont également été réalisées par l’armée américaine à Fort Detrick, aux États-Unis, pour utiliser les insectes comme vecteurs potentiels de contamination. » Voyez où vous mettez les pieds en ouvrant cette œuvre de fiction qui fait donc fond sur un matériau historique qui ne demandait qu’à être modelé. Mireille Gagné a pétri cette inquiétante substance bactériologique pour lui imposer une forme réellement inventive. En suivant trois trames narratives distinctes, l’autrice alterne avec pertinence – ce qui contribue à l’efficacité du livre – les époques et les voix.
Ici nous suivons Théodore à l’été 2024, qui travaille dans une usine de la région de Montmagny ; cet ouvrier accablé par les cadences infernales y subit les assauts de la canicule et ceux des frappabords, une variété de mouches piqueuses particulièrement virulentes. Ailleurs, saut dans le temps, à l’été 42 cette fois, où nous assistons, derrière l’épaule de Thomas, un entomologiste, aux travaux militaro-scientifiques secrets menés sur une « île interdite »  ; il y a là aussi le dénommé Émeril, un personnage qui – on vous laisse découvrir comment – fait le lien entre les deux périodes.
Mireille Gagné s’est installée quelque temps sur ce confetti posé sur le fleuve Saint-Laurent et c’est, sur place, que le déclic s’est produit : l’endroit étant infesté d’insectes, elle s’est laissé investir par une voix, celle de la mouche piqueuse. Ce sera, vous l’aurez compris, le troisième et dernier fil conducteur de cette histoire qui nous tient en haleine de bout en bout. C’est d’ailleurs sur cette voix-là, celle du prédateur diptère, que s’ouvre le roman : « Je vous repère d’abord de loin, attirée par vos mouvements, même infimes, et surtout par la chaleur et le dioxyde de carbone que vous dégagez. » Pas étonnant que Mireille Gagné tienne ainsi à faire entendre la voix du Vivant ; précédemment, dans certaines nouvelles ou même son premier roman (Le Lièvre d’Amérique), elle donnait déjà vie et parole à la nature ou aux animaux. Ce sont là d’ailleurs, soit dit en passant, quelques-unes des grandes préoccupations thématiques de La Peuplade, la maison d’édition qui la publie.
Ce roman qui dégage un constant sentiment d’oppression, interpelle évidemment la part d’éco-anxieté qui est en chacun de nous. Nous agissons sur Mère-nature, dont nous sommes les rejetons les plus zélés pour ne pas dire les plus zinzins, sans penser aux conséquences, persuadés que nous resterons maîtres de nos actes en toutes situations. Eh bien non, nous murmure à l’oreille une glaçante Mireille Gagné, dont l’écriture polyphonique fait des merveilles, que ce soit pour traduire l’introspection des personnages ou pour transcrire les pensées de ce frappabord dans la tête duquel le lecteur se retrouve par intermittence. À force de jouer avec le feu, « des choses vraiment pas correctes » se sont donc produites sur cette île au début des années 1940 et leurs répercussions, dans le scénario de Gagné, se font sentir à retardement quatre-vingts ans plus tard. « Cette île où jadis vous avez réveillé notre fureur », dit à un moment l’insecte dans son saisissant monologue.
En un sens, d’ailleurs, tout ici tient de la fureur : la fièvre belliqueuse des nations qui se font la guerre, la folie de la science sans conscience, le dérèglement climatique… Hier comme aujourd’hui, une rage contagieuse nous infecte et nous affecte, et ce roman de Mireille Gagné nous questionne : saurons-nous jamais en guérir ?

Anthony Dufraisse

Frappabord
Mireille Gagné
La Peuplade, 216 pages, 20

Tomber comme des mouches Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°250 , février 2024.
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