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Quartier libre Qu’est-ce qu’on fait ?

avril 2015 | Le Matricule des Anges n°162 | par Xavier Person

L’atmosphère et les océans se réchauffent à la vitesse que l’on sait. Les neiges et les glaces fondent. Le message de la communauté scientifique est clair, la poursuite du réchauffement aura des conséquences dévastatrices : alimentation menacée, ressources en eau menacées, menaces d’inondations et de tempêtes, hausses des conflits et des déplacements de populations. La guerre en Syrie trouve une de ses raisons dans la désertification accrue par le changement climatique, qui aurait amené un million et demi de personnes à migrer du nord vers le sud-est du pays. L’humanité entre dans une crise sans précédent et nous qu’est-ce qu’on fait ? On continue comme si de rien n’était ? L’année 2014 aura été l’année la plus chaude jamais enregistrée. Les faits sont là, inéluctables, et nous on continue ?
Sur une idée de Cécile Wajsbrot, la Maison des écrivains et de la littérature a lancé un cycle sur le climat. C’est ainsi que le 5 mars dernier, dans les locaux des éditions Le Bruit du temps, Jean-Christophe Bailly venait lire un texte intitulé Des sarments aux nuits blanches*. Avec cette intelligence qu’on lui connaît, cette attention à ce qui nous sort de nous-même et nous dépayse, il a livré ses Variations sur le climat. Dans un voyage entre les aires viticoles de Bourgogne et la lumière des nuits blanches des bords de la Neva, il s’est engagé dans une subtile méditation sur le climat qu’il a défini comme une traversée. « Et la nature de cette traversée, proposa-t-il, c’est d’être changeante : si le climat est une sorte d’invariant, statistiquement établi à partir de moyennes, il reste que les écarts par rapport à ces moyennes sont fréquents, ce qui veut dire aussi que chaque climat, quand bien même il semblerait établi, glisse tout de même continûment vers autre chose que lui-même. » Et c’est dans ce glissement même qu’il nous a fait cheminer, avec cet art de la flânerie pensive qui lui est propre, dans les notations météorologiques de Bonnard, dans la lumière de Morandi et celle qu’inlassablement Cézanne chercha à attraper sur les chemins de la Sainte-Victoire, dans cette « vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi » qu’Artaud voyait à la peinture de Van Gogh. Sa belle idée d’une perméabilité entre la forme de vie et celle du monde, telle qu’elle s’incarne dans le climat, cette imprégnation du dehors sur nos vies mêmes et les formes que nous leur cherchons, il en a poursuivi la méditation en poussant son chemin vers l’est et le nord, vers les études de nuages de Constable, vers les rivages de Caspar David Friedrich et jusqu’aux paysages plus hivernaux d’Archip Kuinji ou d’Isaac Levitan, jusqu’à cette expérience plus radicale que ces deux peintres russes firent de la neige et du froid.
Mais vient un moment, à ce point du voyage, en ces immensités extrêmes qu’on atteint alors, vient un moment selon Bailly où « il n’est possible de répondre qu’en se renversant vers le ciel ». Le climat alors, disait-il, est une gifle qui nous voue au dehors, « nous réveille et nous intime de ne pas nous en tenir au seul corps à corps tourmenté des affects, aux seules formes humaines de l’existence ». Le climat alors, à ce point de bascule, nous voue à plus que nous-même, dans une démesure semblable à celle qu’entr’aperçoit, presque mourant, le Prince André dans le ciel au-dessus d’Austerlitz. Car ce que nous enseignent alors les nuages, si nous les regardons, c’est à nous extraire de nos conforts égoïstes, de nos jouissances névrotiques, de nos lâchetés.
Mais la gifle que nous prenons, celle que nous allons prendre, dépasse, va dépasser ces extrémités à quoi nous nous référions. Le cyclone Pam qui vient de frapper l’archipel de Vanuatu dans le Pacifique était d’une violence telle, avec des rafales excédant les 350 km/h, que les scientifiques s’interrogent sur la nécessité d’ajouter un sixième niveau à l’échelle qui indexe la puissance des ouragans tropicaux. Benjamin dans Expérience et pauvreté réfléchissait au traumatisme de la Première Guerre mondiale, à ce que cela put représenter de n’y plus rien reconnaître du monde « hormis les nuages ». Mais nous qui ne reconnaissons même plus les nuages, nous qui n’allons plus rien reconnaître, que faisons-nous ? Les décideurs politiques vont se retrouver à Paris en décembre 2015 pour arrêter des mesures aptes à limiter le changement climatique. On les laisse faire ? On ne peut rien faire ?

* Texte accessible sur le site de la M.E.L., ainsi que les conférences de Linda Lê, Laurent Grisel et Nicole Caligaris.

Qu’est-ce qu’on fait ? Par Xavier Person
Le Matricule des Anges n°162 , avril 2015.
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