La Moitié du fourbi N°17 (Chutes)
À l’automne 2025, la revue La Moitié du fourbi a fêté ses dix ans par ce numéro autour des « Chutes », « vouées aux déséquilibres, aux suspensions, aux rebuts, aux conclusions inattendues et à leurs nombreux avatars ». Toujours dotée d’une très belle iconographie, ici faussement tramée, elle propose seize contributions écrites ou imagées. Les chutes répétées provoquent le rire, le burlesque. Il en est ainsi de celles de Vil Coyote, personnage animé de Chuck Jones. « Depuis longtemps le sol a disparu et seule l’inertie de nos cerveaux encore embringués dans l’élan de la course au progrès nous aveugle. Faire l’autruche. », recommande Julien d’Abrigeon.
Les chutes à l’eau frisent le drame. Philippe Artières recense des procès-verbaux de sauvetages en mer. Hélène Gaudy analyse la chute dans le sommeil de son père. « L’état hypnagogique est au cerveau ce que l’heure bleue est au ciel. » Olivia Rosenthal, autrice d’Une femme sur le fil (Verticales, 2025) évoque les funambules : « Ils sont tout le temps au bord de la chute. Et ne pas chuter, c’est à chaque fois une sorte de miracle. Ce sont des éternels survivants. C’est ça la puissance du survivant. »
Les chutes suscitent toutes sortes d’expressions, ainsi Hugues Leroy évoque celles de savon que collectait, par souci d’utilité Yvonne, sa mère-grand et les compare à la compression des données : « s’agit-il vraiment d’empiler les octets les uns sur les autres et de serrer bien fort, comme on range des slips dans une valise ? » Quant au directeur de la publication, Frédéric Fiolof, il interroge le poème tombé dans l’oubli : « C’est un trou noir dans la nuit le néant/ Une insulte au souvenir. »
Aussi aérienne que terre à terre, érudite, scientifique que poétique, la revue ne convoque pas à la chute, nous installe plutôt dans sa surprise, son vertige. « Mais la chute n’est peut-être qu’une étape avant le rebond », précise le photographe Bertrand Desprez.
Dominique Aussenac
La Moitié du fourbi N°17
revuelamoitiedufourbi.org, 114 pages, 15 €
