La rédaction Chloé Brendlé
Articles
Le frère qui reste
Dans Hors champ, Marie-Hélène Lafon retrace les vies parallèles d’un frère et de sa sœur sur presque un demi-siècle et signe un de ses récits les plus poignants.
Cela commence comme une rédaction d’enfance, très simple, avec une balançoire qui grince, au présent de l’indicatif. Et puis ce présent s’élargit, enveloppe un petit garçon dont l’esprit s’évade lors d’un cours de catéchisme, sa grande sœur qui regarde la télé avec lui adolescent dans la cuisine, sa sœur qui va au pensionnat dans les années 1970 tandis que lui prépare un brevet agricole, elle qui revient l’été quand lui fuit la fête patronale, lui qui remâche les souvenirs, à 30 puis 40 ans, elle qui le cherche dans le champ pour lui souhaiter ses 50 ans, elle qui écrit des livres à Paris...
Un livre
Liquide
de
Philippe Annocque
Voix sans repos
À travers le récit d’un homme en quête d’identité, Philippe Annocque compose un texte d’une familière étrangeté.
Il ». « Elles ». Un homme au bord d’un fleuve. Les femmes (Suzanne, Angélique, la mère) qui l’ont traversée, sa vie. C’est à partir d’un cliché (le lieu commun selon lequel la vie poursuit son cours, charriant et confondant à la manière d’un fleuve ses alluvions-souvenirs), que Liquide, récit inattendu et discret de Philippe Annocque, dit justement l’usure, celle d’un être autant que celle...
Un livre
Tuer Catherine
de
Nina Yargekov
Tuer Catherine
Attention, ceci n’est pas un roman policier. Ni même un roman, d’ailleurs. Étiqueté « roman » sur sa couverture, mais réfractaire à toute fiction, à tout récit linéaire, loin des « petits contes bien ficelés », Tuer Catherine est un récit sans sujet. « En finir » à la fois avec le sacro-saint sujet du livre, l’histoire, et avec la croyance en un sujet grammatical uni et en paix avec lui-même,...
Un livre
Mort au romantisme
de
Antoni Casas Ros
Cendres bleues
Après Le Théorème d’Almodóvar, Antoni Casas Ros livre un recueil de récits sensitifs et sombres qui forcent le vertige du regard.
Mort au romantisme » est un titre qui résonne comme un cri. Pourtant dans le récit du même nom, « Muerte al romanticismo » est ce graffiti sur un mur qui va provoquer le frôlement à peine perceptible d’hommes ivres, d’un couple faisant furtivement l’amour contre une porte et d’une gitane : fugace et silencieuse apparition de la poésie qui n’a rien d’une provocation. Déflagration sourde. Car...

