RUBRIQUE L'Anachronique
Les articles
In the Pilat
Dans la demeure n’est accroché qu’un seul tableau, mais sans cesse changeant. La vaste fenêtre, percée dans un mur épais, donne sur deux monts voluptueux. Un hameau rose pâle, dans l’échancrure, figure une faveur au soutien-gorge. Devant s’étend un kilomètre de plateau où ondule le blé en herbe, un ventre en chlorophylle. Puis ce sont quelques arbres, des buissons, ceux-là à portée de main… Chambre avec vue sur la géante, depuis le pubis.
On ignore la tête qu’elle a, au-delà du Pilat. Des ciels également démesurés témoignent de son humeur, tantôt cotonneuse, ouatée jusqu’aux...
Article de saison
Cela se sent à peu près partout en France, hors les villes. Le sol frémit sous la semelle de la sandalette. Les arbres retiennent leur souffle. Les montagnes frissonnent, les sentiers s’alanguissent, les oiseaux baissent la voix. Le sable jette un coup d’œil inquiet par-dessus son épaule. La Normandie, la Bretagne, la Savoie sortent du placard leur robe de soirée. La Provence est déjà...
Cher Guillaume
Merci pour ce courrier qu’on a pu lire dans le précédent numéro. C’est amusant de constater à quel point l’écriture dévoile un homme. Quelques mots suffisent à le cerner (Les mots savent de nous ce que nous ignorons d’eux, René Char ). Vous, ça se voit tout de suite que vous êtes un chic type. Je sens d’ici le plaisir qu’il y aura à vous répondre. Vous l’ignorez encore, mais nous allons...
Décembre au fond
La première fois que « ça » s’était produit, au printemps dernier, j’étais arrivé en retard à un rendez-vous. Certaines personnes sont coutumières du fait, pas moi. Je m’étais confondu en excuses avec une honte, un étonnement qui devaient se lire sur mon visage, on ne m’en avait pas tenu rigueur. Or, que s’était-il passé ? Rien d’autre qu’une promenade sur le rivage (j’avais un peu...
Miettes d’été
Sur la piste cyclable qui va de Vendays à Montalivet, petite station balnéaire de la côte médoquine, on voyait venir de loin, et avec lenteur, les vélocistes qui lanceraient un joyeux bonjour, d’autres qui se contenteraient, au passage, d’un hochement de tête, ceux, enfin, enfermés en eux-mêmes, et craignant l’accointance comme une salissure, qui n’accorderaient pas un regard, fût-ce au...
