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Domaine français Journal d’une congélation

octobre 2023 | Le Matricule des Anges n°247 | par Guillaume Contré

Dans une écriture vive et dense, lyrique et provocante, F.J. Ossang dresse un autoportrait qui est aussi celui d’un monde qui ne cesse de se déréaliser.

Ce curieux autour des ténèbres

Des fragments poétiques et réflexifs, entre introspection, imprécations et visions elliptiques, comme jetés sur la page au cours de l’année 2020 dans une certaine urgence, une manière d’exorcisme, ne sauraient constituer un nouvel exemple de ce genre douteux que l’on a nommé le « journal de confinement ». Si l’annonce de la congélation momentanée de toute activité au début du mois de mars 2020 semble bien être le point de départ de la rédaction des diverses entrées de ce texte en vérité inclassable, leur auteur, le cinéaste et écrivain F.J. Ossang, y voit surtout l’opportunité de mettre en mots ce qu’il appelle lui-même un « virage du monde » : quelque chose, dans ce confinement, parle d’un changement négatif qui couvait depuis longtemps. Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume d’Occident, alors que « des imbéciles essayeront de relancer un monde qui s’effondre ». Et nous, pauvres spectateurs attrapés comme des mouches dans la toile numérique, sommes condamnés à contempler notre reflet se désagréger dans « la pupille des télécrans jeteurs de sorts ».
Mais Ce curieux atour des ténèbres n’est pas un pamphlet politique, plutôt un acte de bravoure lucide, l’expression d’une résignation colérique, un autoportrait fragmenté où s’articulent souvenirs et intuitions, amertumes et pulsions vitales, car « quand l’histoire est molle, il faut durcir ! ». En piochant à la fois dans ses propres souvenirs – un voyage au Kazakhstan à l’époque de l’URSS, les années passées en Argentine – et dans certains épisodes historiques – la bataille de Diên Biên Phu ou la figure du général russe blanc Ungern-Sternberg, sur lequel il projette de faire un film impossible –, Ossang cherche à mettre le doigt sur ce qui « fonde la métaphysique d’une catastrophe à rebours ».
Cependant, il n’ignore pas combien « il est difficile de retenir entre ses doigts une poignée de sable », l’écriture se fait toujours sur un édifice branlant, et les souvenirs, les traces des intensités vécues, sont fugaces : « lorsqu’on évoque le passé, la vie active des morts sonne faux », écrit-il, un aveu d’impossibilité qui ouvre peut-être paradoxalement la voie au lyrisme.
Quoi qu’il en soit, puisqu’il s’agit d’être lucide, même à l’emporte-pièce (et l’écriture d’Ossang passe sans cesse du raffinement à la brutalité goguenarde), « le mieux, dans la situation, c’est d’écrire n’importe comment, dans tous les sens », la meilleure des façons, peut-être, d’aborder l’écriture d’un journal qui ne s’envisage pas comme exhaustif.
En « évitant le pilotage d’un style », on touchera avec un peu de chance une autre forme de vérité : « comment incendier la raison commune, mettre feu à l’instinct de sûreté », voilà la question. « La poésie bestiale a cette vocation, plus encore que la littérature littéraire », affirme-t-il. Il ne saurait donc être question de faire joli. En bon disciple de Burroughs et d’une certaine contre-culture très marginale – n’est-il pas un cinéaste qui sera toujours resté à côté du système de production ? –, Ossang pratique le coq à l’âne, le collage brusque, la citation cryptique, le slogan détourné et les sauts d’humeur et de temporalité.
Il est fidèle à l’idée, dans ce monde en « apocalypse lente », d’une écriture qui secoue, agite, faite de télescopages ; une écriture légèrement anachronique, peut-être, mais l’idée même de chronologie est-elle importante dans un monde où « les machines assurent le contrôle » ? Le constat est vite dressé : « Notre monde s’arrête, c’est le décor incrusté qui bouge, et plus les vivants ». Quel autre choix que l’anachronisme comme moyen de défense ? « Des mois durant n’avons-nous senti comme le réel rêve du réel, sans concevoir ni délivrer de nouvelles positions ».

Guillaume Contré

Ce curieux atour des ténèbres
F.J. Ossang
Le Corridor bleu, 96 pages, 12

Journal d’une congélation Par Guillaume Contré
Le Matricule des Anges n°247 , octobre 2023.
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