La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poésie Éros bonbon

septembre 2002 | Le Matricule des Anges n°40 | par Richard Blin

La nouvelle anthologie de la poésie érotique que nous propose Thierry Leguay effeuille la rose des sens avec passion, tact et jubilation. À mettre entre toutes les mains.

Petite anthologie de la poésie érotique

Ouvrir une anthologie de la poésie érotique relève sans doute du désir de retrouver un peu de l’enchantement des premiers nus, du bonheur propre aux envoûtements majeurs et à tous ces rites initiatiques qui, un temps, modelèrent le monde au gré de nos désirs. On a beau se dire que c’est impossible, que de ces doux mystères il ne peut subsister qu’un goût de rêve, on lit quand même, on espère. Autant dire qu’il n’y a rien de plus spécifiquement individuel que notre rapport aux intimes succulences de l’érotisme. Dans ces conditions, élaborer une anthologie tient de la gageure. Thierry Leguay - qui a des goûts très éclectiques puisqu’il est l’auteur d’ouvrages aussi différents que L’Obsolète : dictionnaire des mots perdus (chez Larousse, avec la collaboration d’Alain Duchesne), ou l’Histoire raisonnée de la fellation (Le Cercle)-, le sait très bien, qui avoue avoir composé son recueil selon son bon plaisir. « J’ai seulement retenu les textes, graves ou enjoués, qui me faisaient de l’effet », ceux où « je vis pleinement le présent (l’instant et le cadeau) des désirs et plaisirs qu’ils dévoilent ». Délaissant les textes relevant plus de la salle de garde que de la poésie, il a choisi de ne retenir que des poèmes écrits selon une prosodie classique, comme si cette dernière avait le pouvoir de conserver l’écho de la vérité musicale des corps, ou d’ordonner plus souverainement la mystérieuse alchimie des sons et des sens. Enfin, il a écarté les textes dans lesquels la sexualité est par trop liée au morbide ou au funèbre.
Au fil de poèmes dus à plus de cent auteurs -des plus connus aux plus délaissés- c’est la magique simplicité du désir, sa force, son agonie lumineuse ou ses fringales ardentes qui imposent leur belle évidence. « Anne, je vous supplie, à baiser apprenez,/ À baiser apprenez, Anne, je vous supplie » (Olivier de Magny). De la pure ivresse du plaisir à toutes les gammes de l’adoration, en passant par les frissons du péché et les délices de la transgression, se succèdent bouquets de bénédictions, célébration des charmes secrets ou des trésors blasonnés de la Dame, ou purs instants d’instants, dont le célèbre poème de Baudelaire « La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur/ Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores ».
De ce qui se cache « sous les neigeuses cascatelles/ Des entre-deux et des dentelles » (Théodore Hannon) au sexe « qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe » (Lucien Becker), ou au « tonnerre bridé espérant son orage » (Brigitte Egger), se déclinent tous les prestiges et tous les vertiges de la chair, se déploient ses rites et ses sites, ses jeux et ses invites, ses spasmes et ses noires ferveurs, son sel et son soufre. De l’approche religieuse aux déchirements soufferts -« Je bois dans ta déchirure/ j’étale tes jambes nues/ je les ouvre comme un livre/ où je lis ce qui me tue » (Bataille)- ; de la peau neuve que font les caresses aux mirages de la possession, c’est aussi tout le plaisir d’appeler un cul un cul, et un con, un con qui se donne ici libre cours.
Mais derrière tout ce qui est si abondamment dévoilé, se soupçonnent parfois d’autres réalités plus indicibles : l’impossibilité de concilier désir et durée, la hantise de l’autre, l’inassouvissement ou la frustration, autrement dit tout ce qui fait de la passion sexuelle une machine à rêver tout autant qu’une approche muette et désespérée de l’infini. Le sentiment aussi d’une naïveté radieuse dont le rôle semble bien de noyer dans l’effervescence l’insurmontable écart qui, toujours, subsiste entre corps et langage.

Petite anthologie
de la poésie érotique

Textes présentés
par Thierry Leguay
Michalon
277 pages, 18

Éros bonbon Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°40 , septembre 2002.
LMDA PDF n°40
4,00 €