La rédaction Richard Blin
Articles
La transmutation du monde en beauté de langue
Loin des commodités du roman courant et de la compulsion moderne au discontinu, la prose romanesque de Jean-Paul Goux fait de la matière de la langue la source même de l’émotion littéraire.
On n’entre pas tout uniment dans l’univers de Jean-Paul Goux, mais il ne faut pas longtemps pour que son écriture agisse et que l’on sente œuvrer la singularité d’un ton, la profondeur d’un éprouvé, la tension d’une voix. Quelqu’un nous parle, s’adresse à nous, sollicite notre écoute, nous subjugue par la force d’entraînement de sa pensée parlée en mouvement. Une voix, portant la présence d’un corps, nous fait partager l’intime d’une réflexion tout intérieure. Tous les livres de Jean-Paul Goux sont ainsi portés par des voix qui alternent, se relayent, mettent en mouvement ce qui les meut...
Entre vertige et délire
Emphatiquement mélancolique et subtilement kafkaïen, le nouveau livre de Jean-Yves Jouannais nous plonge dans l’après-guerre de l’Allemagne en pleine dénazification.
Faire d’« une forêt » le titre d’un livre, c’est le placer sous les auspices du sombre et du sauvage, de l’angoisse et de la germanité aussi, ce que confirment les premières lignes dudit livre, qui évoquent l’arrivée, en février 1947, d’un capitaine de l’armée de réserve américaine, dans une gare où l’attendent une jeep et son chauffeur.
Direction Brême, à travers une forêt « plus dense que...
Caillois, l’ivre de pierres
Porté par une passion qu’on dirait inscrite dans son nom, Roger Caillois explore la fantasmagorie poétique propre aux « pierres à rêveries ». En des sortes de randonnées littéraires et minérales où la beauté le dispute au fugitif et à l’immortel.
Roger Caillois (un normalien, agrégé de grammaire, né à Reims en 1913, qui se lia brièvement avec le mouvement surréaliste, fonda en 1937 le Collège de sociologie avec Georges Bataille et Michel Leiris, vécut en Argentine durant la Seconde Guerre mondiale, créa chez Gallimard la collection « Croix du Sud » consacrée à la littérature sud-américaine, entra à l’Académie française en 1971, et...
« Une façon de parler pour quelques vivants »
Dans un livre qui tient de la fantasmagorie apologétique, et au terme d’une œuvre quasi achevée, Jean-Luc Steinmetz se retourne sur sa vie d’homme d’écriture, de poète mal – ou pas – entendu, mais porté par un désir constant de franchissements et d’affranchissements.
Aller aux choses mêmes, répondre aux sollicitations des réalités les plus immédiates, saluer la beauté, ralentir la fuite du sensible, miser sur des formes cherchant à rendre solidaires le sujet, le langage et le réel comme pour mieux y sertir ou y recueillir le bonheur de l’instant ; tout jouer sur des signes et sur le désir de refonder à neuf – autant que faire se peut – le champ du...
Un livre
La Mort à Venise
de
Thomas Mann
Par-delà le bien et le mal
Histoire de regards et de mort, confession sublimée, La Mort à Venise, de Thomas Mann (1875-1955), raconte la descente aux Enfers d’un écrivain découvrant l’essence cachée de son être.
Paru en 1912, La Mort à Venise a été en partie inspiré par la propre fascination de son auteur pour un jeune Polonais rencontré lors d’un voyage dans la Cité des Doges. Il reparaît aujourd’hui dans la traduction de Philippe Jaccottet, la première de sa carrière (1947), et qui, appréciée par Thomas Mann, n’avait jusqu’ici été publiée qu’en Suisse.
L’histoire commence à Munich où vit Gustave...




