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Poésie Durable définitif

septembre 2002 | Le Matricule des Anges n°40 | par Xavier Person

Avec Définitif bob, Anne Portugal nous fait nous glisser dans de fugitifs interstices de la pensée, comme au départ des rêves. Un livre de poésie énigmatique.

Définitif bob

Voir défiler des images, des pensées aussitôt évanouies. Effleurer quelques zones inconnues de la conscience. Apercevoir un clignotement de sens à la surface incertaine d’un évanouissement. Lire des mots, des mots assemblés pour se disjoindre en scintillements. Dans Définitif bob, Anne Portugal propose des effets d’accélérations pures dans la matière verbale.
Les données sont tournantes au bord et à l’intérieur des vers. Les énoncés surgissent un à un, ils sont des flèches plantées simultanément dans une cible au cœur transparent. Vraiment lire ce texte est impossible. Brouillage des couleurs et des formes sur l’écran de contrôle. Panique. Lire ce texte est un bonheur hallucinant, rien n’est à sa place, l’endroit vaut l’envers, on touche des régions du cerveau bizarrement connectées. Tout va très vite en bifurcations. On assiste en direct aux surgissements d’un texte possible, difficilement soupçonnable, tant les assemblages en semblent aléatoires, collages affolés d’une matière vivante car mouvante. Cela pousse au dehors en permanence. Cela fabrique des espaces improbables. On croit toucher un mur et c’est dans la lumière un couloir où nous ne sommes pas. On veut remonter le cours du poème à contresens, pour y voir un peu plus clair, et c’est une matière de rêve qui se défait à mesure que nous progressons sans avancer : « refaire à contre-tour le bord du lac/ avec des cygnes approchant tout près/ l’endroit/ l’idée/ d’une deuxième chance absolument conforme/ luminosité c’est ça le signe rassurant ».
Les cygnes ne sont guère rassurants dans ce pur éclat qu’un texte en son exil leur assigne. Une histoire, l’hypothèse d’une histoire pourrait être devinée dans cette abstraction que font les miroitements stroboscopiques, dans une pure énergie, rythmique pure. Faire remonter des pulsions de vie dans le délire ondoyant d’une extase : « cause de cela l’impression de vie montrant qu’il croit morte/ que toutes ces éventualités que la seule source d’éclairage/ ressentie traversant compétition l’entoure à commencer/ un mot ».
L’envol du cygne fait un certain maniérisme dans le moment du désastre. Il fait aussi au livre une zone d’extension illimitée, ouvrant des interstices où s’engouffrer. Nous faisant toucher d’autres points dans le dédale de nos perceptions. Il fait que cela bouge vraiment.
La poésie d’Anne Portugal n’est complexe qu’en apparence. Outre que l’expérience est stimulante, une certaine clarté s’y fait, voire une transparence. Mettant en scène ce fameux bob dont on se dit qu’il pourrait bien être la poésie elle-même, Définitif bob peut être lu comme une description de la mécanique d’écriture, une définition en acte, mode d’emploi en simultané d’un dispositif virtuel dont l’efficacité serait prouvée à mesure de son application…
Définitive est l’affirmation selon laquelle ce qui est écrit est écrit, ce qui brutalement et merveilleusement signifierait que ce texte le plus inattendu aurait quelque réalité dans la vie du lecteur : tout cela pourrait arriver ?
« mais bob il peut comme ça gazelle accélérer dans les derniers tournants » et alors on ne garantit rien : aux portes du paradis les dérapages sont durables et définitifs.

Définitif bob
Anne Portugal
P.O.L
119 pages, 17

Durable définitif Par Xavier Person
Le Matricule des Anges n°40 , septembre 2002.