La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Théâtre La fille de sel

mai 2003 | Le Matricule des Anges n°44 | par Laurence Cazaux

"Salina" est la figure féminine d’un triptyque tragique à la trajectoire tourmentée entre l’histoire du sang des femmes et celle du don des larmes. Gaudé, passeur d’émotions.

À lire ses pièces et ses romans, il semble que le dramaturge Laurent Gaudé se nourrisse du romancier Gaudé Laurent ou bien vice versa et ce, dans un aller-retour réussi. L’année passée, le prix Goncourt des lycéens a été attribué à son deuxième roman La Mort du roi Tsongor. Sa pièce, Salina, est de la même veine. Laurent Gaudé nous plonge à nouveau au cœur d’une Afrique ancestrale pour nous conter une histoire des origines. Il renoue avec la puissance de la tragédie antique et nous livre les passions humaines dans une grande épopée archaïque. L’écrivain immerge ses personnages au cœur de la guerre et cette violence barbare entre en résonance avec la violence de notre monde contemporain. Mais cette fois-ci, Laurent Gaudé crée comme personnage central une femme, Salina.
La femme, même si elle a toujours eu une place essentielle dans l’œuvre du dramaturge, a rarement joué le rôle principal. C’est maintenant chose faite avec Salina, promise à l’amour et dévastée par la haine, que le lecteur suit sur trente ans de vie, de quinze à quarante-cinq ans environ. Salina, la fille de sel, nommée ainsi à cause de son origine inconnue. Car un peu comme Œdipe, elle a été emmenée au village par un homme, un berger, dans les bras duquel elle n’arrêtait pas de pleurer, à tel point que sur ses joues étaient apparus deux petits ruisseaux de sel.
Pour La Mort du roi Tsongor comme pour Salina, une photographie illustre la page de couverture, une femme ou un homme africain au visage recouvert de terre, de poussière ou de sable, comme un masque de terre et de chair, une invitation à un voyage intemporel entre le royaume des morts et celui des vivants.
Au début de la pièce, Salina apprend qu’au moment où elle deviendra femme, c’est-à-dire lorsqu’elle saignera, elle épousera Saro, le fils aîné des Djimba. Mais elle ne l’aime pas, celui qu’elle désire, c’est le fils cadet, Kano. Mariée de force, la guerre éclate, celle des hommes entre eux, mais aussi celle entre l’homme et la femme, entre la mère et sa belle-fille. Une guerre qui va exiler Salina dans le désert, dans sa solitude, où elle va devenir une légende sanguinaire. Elle décide alors d’enfanter seule l’enfant de la colère. « J’accouche, ici, toute seule au milieu de ce désert, j’accouche de cet enfant d’exil. Te voilà, mon fils. Toi qui n’es pas né d’un père mais de ma seule colère (…) Je ferai de toi le dernier des grands guerriers. Kwane N’Krumba. Mon enfant barbare… » Une colère, qu’elle réussira à tuer et enterrer…
Cette tension mise en jeu par l’écrivain s’exprime dans de grandes répliques, lyriques par moments, d’où se dégage une puissance d’émotions considérable. Laurent Gaudé parvient à nous donner, grâce à ses métaphores, la distance nécessaire pour entendre une fable parlant de notre propre humanité. Et en même temps, il crée une proximité tout aussi nécessaire pour que nous puissions nous laisser transpercer intimement par ses histoires. Un vrai grand plaisir.

Salina
Laurent Gaudé
Actes Sud-Papiers
102 pages, 15

La fille de sel Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°44 , mai 2003.
LMDA PDF n°44
4.00 €