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Théâtre Le métier d’homme

octobre 2005 | Le Matricule des Anges n°67 | par Laurence Cazaux

Chausser un verbe qui nomme notre époque, tel était le vœu de Sony Labou Tansi. Ses paroles restent toujours aussi revigorantes.

L’énergie vitale de Sony Labou Tansi fait du bien à l’âme. Touche-à-tout comme il se nomme, poète, romancier, dramaturge, engagé dans des combats politiques, l’écrivain congolais est décédé le 14 juin 1995, à l’âge de 48 ans. Dix ans donc après sa disparition, les éditions Théâtrales publient un recueil composé d’une pièce inédite, La Rue des Mouches, de poèmes, de « fulgurations », de deux heures d’entretien avec Bernard Magnier, enregistrées le 26 octobre 1993 dans les studios de RFI à Paris (l’entretien est retranscrit par écrit mais aussi enregistré sur un CD audio inclus dans le livre). Enfin, des lettres à Sony ont été commandées à quelques-uns de ses proches, comme pour mieux conjurer l’absence.
La Rue des Mouches est une comédie musico-tragique. Une haine ancestrale oppose le seigneur Kuti-Kuta et le seigneur Amalfet. Kuti-Kuta va envoyer à son adversaire les mains du fou Adiabanko, pour empêcher la construction d’une usine. Pour Sony Labou Tansi, le domaine du fou c’est l’endroit où « tous les rêves de haine et d’amour viennent se briser comme d’étranges œufs ». Cette pièce qui pose la question de comment apprivoiser la bête en nous, se lit comme un conte cruel et onirique, partagé entre la haine et l’amour. À la fin de la pièce, tous les mots du monde se taisent au fond de la bouche du fou mourant.
La parole de Sony Labou Tansi recentre vers l’essentiel, vers la sève humaine. Voici quelques-uns des propos de celui pour qui le seul métier vraiment respectable était celui d’homme. Quand on lui posait la question de savoir dans quel rôle il se sentait le mieux, celui d’auteur ou de metteur en scène, il répondait : « Franchement, je peux me mettre dans toutes les sauces, avec beaucoup de saveur, si vous entendez par « être à l’aise » la capacité de gérer passionnément une expérience humaine où se mêlent rêves, audaces et effronteries. Aucun art ne se conçoit sans effronterie. En fait, je me sens plus à l’aise dans ma fonction d’humain, puisque auteur et metteur en scène peuvent s’y mélanger les pattes. »
Le théâtre de Sony Labou Tansy était primordial, artisanal et passionné. Le théâtre pour lui c’est la vie parce que « l’essentiel c’est justement la saveur fondamentale de la vie, de ma vie, de la vie des autres ».
La vitalité de Sony Labou Tansi ressemble à un grand éclat de rire et de colère. « Il n’y a pas de désespoir, il n’y a pas de désespoir ! Au contraire il n’y a que l’espoir. » Il ajoute : « Il faut toucher les choses, il faut les sentir, il faut avoir une connivence fondamentale avec chaque chose ! Sinon, ce n’est pas la vie, c’est la mort. Ou alors, ce sont les autres qui construisent la vie pour vous, comme il y a le prêt-à-porter. Moi je veux pas de vie prête-à-porter. »
Il accordait au verbe, aux mots qu’il déstructurait allègrement une force première : « la nourriture de l’action, c’est quand même le verbe. Beaucoup de choses sont en train de s’écrouler parce qu’il n’y a rien derrière, il n’y a pas de pensée forte ! Quand il n’y pas d’idée, c’est grave, c’est la mort. »
Tout ceci l’a poussé à s’engager politiquement. « Il faut, je crois, être touche-à-tout. C’est dans ce sens-là que je me suis engagé au niveau politique, pour que je sois à l’Assemblée aussi pour dire : « Toi tu dis des bêtises, toi tu… » (…). Quand on est vivant, on est concerné. Je suis concerné par tout ce qui est vivant. Il faut, aujourd’hui, petit à petit, changer les nations. Elles vont vieillir, elles vont vieillir ! Il faut commencer à envisager l’aménagement mondial du territoire planétaire. Il faut chercher à aller vers ça. Ce n’est pas simple, on est codifiés, on est enfermés dans des carcans, mais un esprit libre doit aller au-delà de sa nation. Je suis concerné par tout ce qui se passe dans ce monde, parce que je suis vivant ! »
Voilà une belle profession de vie…

Paroles inédites
Sony Labou Tansi
Éditions Théâtrales
128 pages, 15

Le métier d’homme Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°67 , octobre 2005.
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