La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Théâtre Avaler le monde

janvier 2014 | Le Matricule des Anges n°149

La société capitaliste crée des ogres, à moins que ce ne soit le contraire.

Étrange texte que ce La Gorge de Zanina Mircevska, auteure macédonienne. Cela commence avec le personnage principal. Il s’appelle (…). Ou plutôt ne s’appelle plus, puisque l’envie lui est venue un jour de manger son nom. Ce chauffeur de bus au chômage n’a qu’un désir, qu’une obsession, manger. Dévorer, avaler, ingurgiter, il faudrait multiplier les verbes tant sa faim est grande. Elle le poursuit, le pourchasse et envahit ses rêves. L’action se passe aujourd’hui, dans un monde qui n’a plus pour objectif que la consommation, la consommation effrénée, jusqu’à la destruction s’il le faut. Et notre homme porte cette parabole avec allégresse. Car sa boulimie est une soif de puissance, de pouvoir, de besoin d’exercer sur l’autre une tyrannie. Surtout quand tout devient possible.
Mais revenons au commencement. (…), au chômage donc, décide d’aller un jour ramasser des champignons, et plus précisément des pleurotes. Pour manger. Parce qu’il a faim. Et il en trouve, il en trouve des quantités incroyables. Et il commence à échafauder des plans sur la comète, à imaginer l’avenir : « Elles sont à moi, à moi, elles sont toutes à moi. Terrible, incroyable, effrayant, je vais M’ENRICHIR comme un cochon… » Mais le garde du domaine le ramène aux dures réalités : « Tout ce qui EXISTE appartient à quelqu’un. » Et en l’occurrence, il ramasse des champignons sur un domaine privé, celui de ELLE. Qui va se révéler être sa mère, bien qu’il ne la reconnaisse pas et en faire son héritier avant de disparaître. (…) se retrouve à la tête d’une fortune, ce qui va lui permettre de se dispenser de travailler, et d’assouvir totalement sa passion : manger. À partir de là, comme dans l’Enfer de Dante, (…) tombe, et nous avec lui, de cercle en cercle, de plus en plus loin. Il va passer en revue toutes les faims : « la faim de l’argent on l’appelle l’entreprenariat. La faim du succès, l’ambition. La faim de sexe, la passion. La faim du pouvoir, la puissance. Et la faim de l’alcool, l’alcoolisme. » Car dans son parcours initiatique, (…) va découvrir et comprendre que c’est la faim qui mène le monde, et son assouvissement qui le fait avancer. La faim est sans limite, elle consume, elle dévore, elle consomme tout ce qui se trouve autour d’elle. Alors il va manger de tout, car « le riche mange quand il veut, le pauvre quand il peut ». Jusqu’à herbe, au foin, jusqu’à l’homme. Car il faut bien en arriver là. Manger de l’homme, manger son prochain.
Zanina Mircevska va jusqu’au bout de son propos. Sans faiblir, attachée à montrer que la société de consommation est au sens propre une société de la dévoration. Et que les limites ne sont faites que pour être transgressées par ceux qui en ont le pouvoir. L’écriture suit ce processus : elle fait alterner les monologues de (…) et des scènes dialoguées avec les différents personnages qu’il est amené à rencontrer : le jardinier, le conseiller, la femme de ménage. Mais aussi le cheval et la poule. Dialogues serrés qui vont toujours à l’essentiel comme si la faim devenait un projet.
Il y a quelque chose du conte dans ce texte. Comme dans un conte, l’auteure ne juge pas, ne moralise pas, mais nous raconte une histoire. Avec ses méandres, ses faits horribles, et cette manière d’inéluctabilité qui pose finalement cette question : que fait l’homme sur terre ? Quel est son son dessein, son destin ? Manger, être mangé, s’incorporer au monde ou bien incorporer le monde en le mangeant. Rien n’est résolu évidemment, mais la scène finale au cours de laquelle (…) s’endort entre les pattes de l’ours Haribo qui lui fredonne une berceuse nous renvoie à l’enfance. Et à son besoin permanent d’être consolé. « Cigogne mignonne menue / ton chagrin gobera / Singe nu saugrenu / te consoler viendra. » Et si finalement, l’homme inventait un monde différent.

Patrick Gay-Bellile

La Gorge
Zanina Mircevska
Traduit du macédonien par Maria Béjanovska
L’Espace d’un Instant, 96 pages,15

Avaler le monde
Le Matricule des Anges n°149 , janvier 2014.
LMDA PDF n°149
4.00 €