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Domaine français Rien qu’un cil

février 2017 | Le Matricule des Anges n°180 | par Blandine Rinkel

Une femme ausculte des souvenirs infimes et des projections microscopiques. Un beau livre de Gaëlle Obiégly sur l’infini du minuscule.

Une hôtesse d’accueil reste enfermée trois jours dans les W.-C. de son entreprise avec un stylo à bille et du papier toilette – que se passe-t-il ? Ce qui ressemble au début d’une blague est en réalité le point de départ du livre facétieux et touchant de Gaëlle Obiégly, N’être personne, mémoires d’une femme au lyrisme discret, cloîtrée « dans sa boîte, seule, pendant un week-end  ».
Les puristes de l’histoire et des personnages seront sans doute décontenancés face à celles et ceux de Gaëlle : ils ont la fixité d’un coq-à-l’âne. Pas de trame dans ce livre ; pour toute continuité, des aperçus. Des visions, des souvenirs et des manières, voilà ce que N’être personne offre – de petits moments pi-ochés dans un calendrier foutraque. C’est que, depuis Mon prochain (Verticales, 2013), Gaëlle Obiégly semble moins concevoir ses livres comme des machines à récits que comme des visionneuses de diapositives. Pareille à Robert Walser qui considérait « le roman comme une forme beaucoup trop vaste pour lui », l’auteure semble préférer « se retirer dans le minuscule et se confectionner des pantoufles avec de vieux habits ». C’est-à-dire transformer les visions, proposer un catalogue d’images, un répertoire de lentilles pour varier le regard, de sorte à tantôt s’amuser de l’intelligence et des prétentions et tantôt en mesurer la bêtise paradoxale, celle de qui a « repoussé l’enfance et perdu l’infériorité », pouvant pourtant « conduire à des sommets ».
Des échos de cette «  infériorité » qui vous augmente, Gaëlle Obiégly en propose à foison. C’est une façon de noter la brutalité d’un service de gériatrie où on s’adresse avec familiarité à une vieille femme qui, elle, « parle avec une énorme gentillesse et retenue par peur qu’on ne la traverse avec des bras  ». C’est une manière de souligner l’indélicatesse des policiers contrôlant un Africain en retard à la gare de Nord, seul et affolé, à qui la narratrice, sonnée, finira par tendre son « passeport comme un paquet de Kleenex ». C’est une tendance à concevoir les enfants comme « des êtres qui vont disparaître » et « les enfants (aimés) comme des disparus ». C’est l’intuition qu’il faut, face à un neurologue, cacher son cerveau comme on cache « ses oiseaux à un ornithologue, ses bijoux à un joaillier ». C’est, entre les lignes, une invitation à abandonner son image, cesser de vouloir apparaître comme un écrivain, un engagé, un Italien pour plutôt s’asseoir à côté d’un inconnu et partager une cigarette au lieu d’aller… où déjà ? On ne sait plus. C’est un texte qui fait oublier où l’on va. Et c’est peut-être cela « n’être personne », s’oublier ; consacrer son énergie à marcher, observer, et disséquer le réel, quitte à lâcher son propre itinéraire. De la vie, délaisser l’intrigue pour n’en garder que les petits rebonds, événements inférieurs, résonances intérieures.
Dans le livre de Gaëlle Obiégly tout se joue dans le style, donc, sans qu’elle ne semble pourtant rien avoir à faire de celui-ci ; c’est un texte au grand style parce qu’il se fout de la grandeur du style. Pas un livre qui se prétend « sur », mais bien un livre qui s’avoue « sous », une écriture de la sous-réalité (François Beaune). Graphomane dans ses W.-C., on imagine la narratrice comme un gnome aimant et insolent, observant son monde depuis un angle mort, sans intérêts ni enjeux personnels, énonçant les choses telles qu’elles lui apparaissent plutôt que telles qu’elles devraient être ou qu’on devrait les penser.
Ce n’est pas grand-chose, N’être personne, pas de grande histoire, pas de savoir rare, pas de révélations chocs, juste un je-ne-sais-quoi délicat et fin, ce presque-rien qui touche et soulage. Comme dans un débat échaudé, quand soudain quelqu’un rit, comme lorsqu’on se retire une épine du pied, comme quand « un cil s’égare sur une joue et qu’il nous est alors offert d’espérer ».

Blandine Rinkel

N’être personne, de Gaëlle Obiégly
Verticales, 313 pages, 22

Rien qu’un cil Par Blandine Rinkel
Le Matricule des Anges n°180 , février 2017.
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