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Théâtre Leçons d’imposture

septembre 2017 | Le Matricule des Anges n°186 | par Laurence Cazaux

Entre morale et liberté, quel engagement pour les écrivains ?

Gertrude Stein, ce n’est pas un nom de piano

Francisco Javier Suárez Lema est né en Galice en 1979 et vit à Madrid. Psychologue, expert en thérapies narratives, il est scénariste, dramaturge et poète. Avec Gertrude Stein, ce n’est pas un nom de piano, il nous livre une pièce dense qui questionne les dérives sectaires de notre époque, les controverses stériles et médiocres qui remplacent la pensée, le désir de gloire et celui de destruction. La pièce se dévoile peu à peu et demande plusieurs lectures, comme une façon d’être différente dans un monde qui cherche à tout simplifier. Ici les connexions sont plus secrètes et tourmentées.
L’histoire est celle d’une écrivaine, Selma qui devrait se voir décerner le prix Nobel de littérature. Le sujet de son roman, Les Imposteurs, a fait scandale et un groupe terroriste a mis sa tête à prix. Au démarrage de la pièce, Selma vit sous la menace de mort depuis un an, sept mois et quatorze jours. Elle est dans un état de peur absolue, ne sort quasi plus, est enfermée dans une suite luxueuse d’un hôtel à Stockholm. Son éditeur se révèle être un homme sans scrupules. Le prix Nobel pour lui, c’est le jackpot et il est prêt à tous les opportunismes pour que l’on parle de Selma, quitte à la trahir. Un grand écran est installé dans la chambre d’hôtel, perturbant le lieu de l’intime. Des lecteurs, aux visages pixélisés, conversent avec l’écrivaine, le plus souvent pour l’insulter. Pour son éditeur : « Chaque fois que tu réponds à un des messages qui t’arrivent sur l’écran, sur cet écran si coûteux, tu sais ce que ça te rapporte ? De devenir virale. De pénétrer dans les réseaux sociaux. De démultiplier de manière exponentielle ton message qui voyage à travers un tas de câbles sous l’eau. » Pour lui, « Ça fait vendre. L’écrivaine polémique. Controversée. La pas raciste qui semble l’être. L’écriture doit être rétive. Aujourd’hui, la xénophobie subtile est à la mode. C’est une manière de forcer à la réflexion. La discordance génère du débat. » Il a même piégé Selma pour qu’elle soit photographiée lors d’une visite au cimetière du Père-Lachaise devant la tombe de Gertrude Stein, dans le seul but de provoquer une intense polémique. Car les réseaux sociaux et les médias ne retiennent de la vie de Gertrude Stein que ses traductions en anglais des discours du maréchal Pétain pendant la Seconde Guerre mondiale, et le fait qu’elle n’ait pas été inquiétée, alors qu’elle était juive et homosexuelle. Selma, écrivaine engagée de gauche est alors récupérée par un mouvement d’extrême droite. La violence enfle. Tout est interprété, sorti de son contexte, déformé, instrumentalisé. Il n’y a plus aucune mise à distance.
Gertrude Stein va sortir du tableau peint par Picasso ou du cerveau de Selma pour un très beau dialogue entre les deux femmes qui tente de redonner plus de complexité à la pensée. Elles se confrontent sur leurs valeurs, leurs jugements. Pour Gertrude Stein, la liberté, c’est le fondement de toutes les valeurs. Pour Selma, « Nous intellectuels, avons le devoir d’exercer un leadership moral. Vous, vous n’avez pas agi selon la morale. » Avoir une morale, c’est donc agir correctement. Pour Gertrude Stein, « Agir correctement, c’est faire ce que le groupe impose à l’individu. » L’une des questions posées ici comme le dit Selma, c’est celle de l’engagement moral suprême des écrivains.
Pour complexifier ou densifier le tout, deux personnages, un homme et une femme, établissent des passerelles secrètes. En plus de toutes ces communications virtuelles, virales ou hallucinatoires, Selma communique également télépathiquement avec un homme perché sur un toit qui tente de mettre fin à ses jours. Quelques mots échangés de cerveau à cerveau, comme une énigme supplémentaire et en même temps salvatrice. Voilà un texte qui nous travaille en profondeur. Laissons à Selma les mots de la fin : « On devrait tous tomber dans la vie comme tombe la neige : pas concernés par la boue qui nous attend à la fin. » Laurence Cazaux

Gertrude Stein, ce n’est pas un nom de piano, de Francisco Javier Suárez Lema
Traduit de l’espagnol par Denise Laroutis, Les Solitaires intempestifs, 128 p., 13

Leçons d’imposture Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°186 , septembre 2017.
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