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Domaine étranger Les solitudes de Drury

septembre 2017 | Le Matricule des Anges n°186 | par Eric Bonnargent

Pacifique est une comédie humaine où chacun se débat dans un monde désenchanté pour y trouver quelque chose qui ressemblerait au bonheur.

C’est dans le Midwest où il est né en 1956 que Tom Drury, considéré par Jonathan Franzen comme « l’un des plus grands talents américains », a situé son fictif comté de Grouse. Dans l’imaginaire européen dessiné par le cinéma et les séries télévisées, le Midwest est peuplé de péquenots ignares, farouchement républicains. C’est en partie vrai et dans Les Fantômes voyageurs (le deuxième volet de cette trilogie commencée avec La Fin du vandalisme) l’enseignement de la théorie de l’évolution de Darwin a d’ailleurs été l’un des grands débats qui a agité la communauté. Mais s’il faut se référer au cinéma pour se représenter le Midwest de Drury, c’est plutôt au Fargo des frères Coen qu’il faut penser. Terriblement humains, les personnages de Drury sont eux aussi confrontés à l’absurdité du quotidien et à la violence.
Cette fois-ci, l’intrigue principale de Pacifique se noue autour de deux nouveaux personnages : Jack Snow, un trafiquant de fausses antiquités celtes et Sandra, une redoutable épéiste persuadée d’être immortelle, qui prétend être venue d’Irlande via un tunnel sous l’océan afin de retrouver Lia Fáil, la fameuse pierre qui chante de la mythologie celtique. Bien entendu, Dan, l’ancien shérif devenu détective privé, va devoir enquêter. Toujours aussi flegmatique, Dan, qui doit composer avec le FBI et poursuivre en même temps ses filatures de maris volages et d’escrocs aux assurances, constatera surtout les dégâts. Les meurtres, courses-poursuites et autres cavales dignes des meilleurs blockbusters américains ne sont en réalité qu’un prétexte permettant à Drury de développer une multitude de petites histoires qui, par contraste, montrent toute la banalité du quotidien. Sans jamais avoir à intervenir dans sa narration, à s’expliquer, à multiplier les points d’exclamation ou les flux de conscience, Drury parvient à révéler l’humanité de ses personnages à travers des dialogues et des situations aussi ordinaires que décalés. Ainsi en est-il avec Charles « Tiny » Darling, le vandale du premier roman devenu plombier dans le deuxième et aujourd’hui déménageur. La nuit venue, il a repris ses activités de cambrioleur. Ce n’est pourtant pas l’appât du gain qui le motive : il vole tout et n’importe quoi et abandonne la plupart du temps son butin ici ou là ; il s’agit de tromper son ennui, de s’amuser en signant ses forfaits d’un smiley, un smiley à l’origine de son surnom, le Bandit Rieur : « Tiny (…) se prépara un verre et regarda une émission de télé sur des enquêteurs du paranormal qui visitaient dans le monde entier des lieux hantés par des esprits désœuvrés. C’était une émission ennuyeuse. Ils se trimballaient un tas de matériel, ne trouvaient pratiquement rien et discutaient de la nécessité de pousser les analyses plus loin. Et pourtant il la regarda tout en ouvrant les cartons. Ce qu’il était en train de faire semblait être une telle parodie de solitude que lui-même trouvait ça comique. Quoi qu’il arrive, il était content d’être en vie. »
Si, comme le titre de cet opus l’indique, Drury a déplacé une partie de l’action à l’ouest, plus précisément à Los Angeles, c’est sans doute pour nous faire comprendre que cette déréliction n’est pas propre au Midwest : elle est la condition fondamentale de l’homme. Après avoir été prosélyte et militante de la cause animale dans les précédents volumes, Joan y mène une médiocre carrière de comédienne. Toujours aussi paumée (« Elle flotte dans le monde. Tu peux jamais savoir ce qu’elle pense. Peut-être qu’elle ne pense rien. »), elle continue à faire les mauvais choix, comme celui d’y emmener au début du roman Micah, le fils qu’elle a eu avec Tiny. L’adolescent découvrira les drogues et l’amour, mais aussi et surtout l’absurdité du monde et, sans que sa mère intervienne – parce qu’à quoi bon –, se désocialisera peu à peu. Avec le personnage de Micah, l’alternance de l’absurde et du comique se cristallise et le lecteur comprend qu’au-delà de toutes les petites et grandes péripéties qui jalonnent ce livre et maintiennent le lecteur en haleine, c’est bien la solitude qui est la véritable héroïne de Pacifique.


Éric Bonnargent

Pacifique, de Tom Drury,
traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard,
Cambourakis. 242 pages, 22

Les solitudes de Drury Par Eric Bonnargent
Le Matricule des Anges n°186 , septembre 2017.
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