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Revue Le passé recomposé

février 2018 | Le Matricule des Anges n°190 | par Thierry Cecille

le passé semble un refuge pour certains, voire une obsession pour d’autres : la revue Mémoires en jeu explore les enjeux de ce nouveau mal du siècle.

Mémoires en Jeu N°5

Il n’est pas aisé de repérer, dans le paysage littéraire contemporain, ce qui sera peut-être, a posteriori, considéré comme genre nouveau ou forme neuve. Prenons cependant le risque… Les récents succès d’Éric Vuillard (le prix Goncourt pour L’Ordre du jour, mais aussi 14 juillet ou Congo auparavant) ressortissent peut-être à une sorte d’Histoire fictionnelle, d’Histoire de biais, choix d’un épisode historique particulier rehaussé par l’écriture âpre ou ironique, subjective et précieuse – ce qu’inaugura naguère Pierre Michon (Corps du roi, Les Onze) et qu’illustre également le sarcastique Philippe Videlier. Certains récits de Patrick Deville, d’Emmanuel Carrère, d’Olivier Rolin s’apparenteraient, eux, à des sortes de méditations romanesques, dans lesquelles le narrateur se fait voyageur attentif, sociologue empathique ou ethnologue improvisé. D’autres enfin se confrontent à la mémoire, souvent douloureuse, d’événements historiques qui ne cessent de ressurgir, de questionner toujours de nouveau, de tourmenter notre présent. C’est à cette « littérature mémorielle  » que la revue Mémoires en jeu consacre un passionnant dossier.
Comme à son habitude (voir notre entretien avec Luba Jurgenson, p. 36), cette revue, dirigée par Philippe Mesnard, offre de riches pistes de recherche et de réflexion, toutes liées au travail de la mémoire. Nous pouvons y trouver, aussi bien, des articles à propos des deux documentaires récents de Barbet Schroeder (Le Vénérable W.) et de Raoul Peck (I Am Not Your Negro), qu’une analyse de Jean-Louis Panné qui pose à nouveaux frais la question de la manière complexe dont Semprun entremêla, entre témoignage et romanesque, l’histoire et la littérature. Jean-Yves Potel nous livre, lui, un terrible portfolio : les photographies des traces – lacunaires, fantomatiques – de Kulmhof-Chelmno, premier centre de mise à mort de la Shoah…
Au cœur de ce numéro près de soi- xante-dix pages s’attellent donc à une « enquête sur la littérature mémorielle contemporaine ». Un riche questionnaire a été proposé à des auteurs qui y ont répondu de manière très méticuleuse ou plus personnelle – et un entretien avec Dominique Viart, en conclusion, tente une difficile synthèse. La présentation précise : nous entendrons ici « vingt et une voix de douze pays différents » et « témoins, témoins-enfants, enfants, petits-enfants, toutes les générations sont ici représentées ». « Certains ont été hantés par des mémoires parentales lourdement présentes, d’autres ont dû au contraire désensevelir une mémoire silencieuse, voire confisquée ; certaines écritures s’originent dans le décalage entre la mémoire et le récit officiel, d’autres, dans une adéquation suspecte entre les deux qui révèle l’ampleur de l’effacement.  » Nous ne pouvons que nous limiter à quelques exemples. Cécile Wajsbrot, dans Beaune-la-Rolande (Zulma, 2004) a voulu, à propos des camps français, « montrer comment la mémoire, consciente et plus encore inconsciente, et donc tue, agit sur le présent  ». Agata Tuszynska (Une histoire familiale de la peur, Grasset, 2006) analyse comment le souvenir et l’oubli, sous le signe de la peur, ont lutté en elle, avant que la parole puisse surgir : « Le passé est un et ultime. (…) Mais la façon dont ce passé vit en nous évolue, se transforme, se métamorphose. La mémoire est le territoire des flux et reflux. Sans mode d’emploi.  » Leïla Sebbar s’interroge, elle, sur le « besoin de la violence historique, politique, sociale, coloniale, à travers faits et images, pour écrire  » ses propres œuvres. Sergueï Lebedev, enfin, se penche sur la Russie soviétique comme un enquêteur à la recherche d’indices – et les résultats de ses enquêtes (La Limite de l’oubli, L’Année de la comète) deviennent alors des « romans policiers du désespoir  ».

Thierry Cecille

Mémoires en jeu N°5
Éditions Kimé, 146 pages, 15

Le passé recomposé Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°190 , février 2018.
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