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Domaine étranger Cavale infernale

janvier 2019 | Le Matricule des Anges n°199 | par Lionel Destremau

À travers le portrait d’un hors-la-loi des années 30, James Carlos Blake ajoute une pierre à son œuvre au noir qui retrace la saga du crime aux États-Unis.

L‘œuvre de James Carlos Blake est marquée par ses propres origines, ses ascendances familiales et son enfance entre le Texas et le Mexique. Cet espace est le théâtre de ses romans les plus importants, entre western et roman historique, de la fin XIXe siècle au début du XXe. S’il s’inspire de faits et de grandes figures qui traversent l’histoire mouvementée de la frontière américano-mexicaine (on pense à Pancho Villa notamment), le sens de la fiction, du tragique et de la composition de personnages sont les maîtres-mots de ses westerns crépusculaires qui mettent en scène le passé criminel et guerrier de ces deux pays. Après une saga familiale plus contemporaine (les Wolfe), il continue de faire un pas de côté avec Handsome Harry, s’inspirant cette fois-ci d’un personnage réel, dont il retrace le sanglant parcours.
C’est en effet sous ce surnom (qui donne son titre au roman), que Harry Pierpont a brillé dans les annales judiciaires des années 30. Il fut un des membres, et sans doute un des meneurs, du gang de John Dillinger qui, entre la crise de 29, la grande Dépression et la fin de la prohibition, a semé la terreur dans plusieurs États américains, multipliant les attaques de banques, y compris parfois pour le compte de la mafia qui cherchait à maquiller, par l’intermédiaire des vols, des comptes trafiqués. Cette « confession d’un gangster » se présente comme le récit, par Pierpont lui-même, de ses aventures, ses hold-up, ses évasions, ses fusillades avec la police, avant que, se croyant mort après des échanges de coups de feu, on ne le rafistole, le juge, et le place sur la chaise électrique. « À ce qu’on dit, j’ai pris sept balles, dont une dans la tête et une dans la colonne vertébrale. Je sentais la vie me quitter (…). Mais ils m’ont envoyé en urgence à l’hôpital et les médecins se sont surpassés. (…) Ils m’ont sauvé pour le bourreau.  »
Mais ne s’arrêter qu’aux multiples rebondissements qui essaiment le roman et en font tout le sel, ne serait pas rendre justice à d’autres éléments tout aussi essentiels : les liens d’amitié indéfectibles entre les différents membres de la bande ; l’histoire d’amour avec Mary, une gamine prête à suivre son beau gosse jusqu’en enfer ; le regard porté sur une société américaine en pleine récession où certains banquiers, pourtant, font des fortunes ; enfin et surtout, une forme de violence naturelle qui irrigue chaque personnage.
Sous ces airs de page-turner, ce roman s’inscrit parfaitement dans l’œuvre de Blake en ce qu’il distille au fil d’une longue cavale infernale, certaines des questions qui, aujourd’hui encore, sèment la discorde dans ce pays : des hommes (mais aussi des femmes) dont la constitution identitaire tient à l’arme qu’ils possèdent, qui estiment la brutalité du capitalisme ambiant bien plus grande que la leur, pour qui la Loi, faite par et pour les possédants, est synonyme d’asservissement. Ces hommes agissent, sans autre morale que leur propre code de conduite. Harry n’apprécie pas la célébrité, évite les photographies, déteste voir son nom dans le journal. Il n’est pas, contrairement à d’autres comme Dillinger, en quête d’une forme de renommée, et ne porte pas même un quelconque étendard anti-sociétal. Non, Pierpont a simplement choisi le crime comme moteur à son existence, une certaine forme de liberté exaltée, de goût intense pour les plaisirs de la vie (notamment le sexe), en toute conscience de la probable brièveté d’existence que ce choix implique. Il préfère, dit l’auteur en postface, « régner en enfer que servir au paradis ».

Lionel Destremau

Handsome Harry, de James Carlos Blake
Traduit de l’américain par Emmanuel Pailler, Gallmeister, 312 pages, 22,60

Cavale infernale Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°199 , janvier 2019.
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