Cette pièce jeunesse de Leïla Anis pose la question des discriminations véhiculées par le langage, lui-même reflet des discriminations sociales. L’autrice imagine un pays, l’Ustrilie, ayant engagé toute une série de réformes. Ainsi, la division sexuée a été abrogée, l’état civil ne prévoyant pas de mention fille ou garçon. Et le pays a adopté une réforme de grammaire neutre. Nour et sa mère, Tala, quittent l’Ustrilie pour déménager en France. Nour vit ce déménagement comme un exil. Elle se sent une extraterrestre. Sa mère confirme : « Ols sont en retard sur tout », ols, c’est nous. L’endroit le plus questionnant du texte, c’est la mise en bouche d’une nouvelle langue, cherchant à échapper à la division des sexes et des genres. L’autrice explique dans une postface : « Pour faire entendre la langue de Nour, je m’appuie sur le “lexique de genre neutre” élaboré par Alpheratz dans la Grammaire du français inclusif. » Ainsi, quand la principale du collège demande à Nour quelles sont ses matières préférées, cette dernière répond : « Mi matière préférae c’est lu dessin et aussi lu géométrie, et je suis très forx dans touz les sports. » Nour pratiquait en Ustrilie la boxe, le foot et la danse, elle essaie de comprendre pourquoi en devenant fille, elle doit adopter toute une série de comportements normatifs, avec ce sentiment qu’on l’a mise dans l’équipe des « loosaires ».
Nour est différente. Au collège, elle est harcelée. Seul un garçon, Eliott, qui souhaiterait être appelé Eli car il se sent fille à l’intérieur, va établir un lien avec elle. Nour se confie, même en Ustrilie tout n’est pas parfait. Elle dénonce ainsi la « grandspiedsphobie » en vigueur chez elle. Avoir des grands pieds, comme elle, est passible d’exclusion. Le Scarabée et l’océan a un humour décalé pour mieux se moquer des stigmatisations en tout genre. Dans sa solitude, Nour invente une sorte de Jiminy Cricket à qui elle parle dans sa tête. C’est un scarabée, l’animal est coprophage et transforme les excréments en nourriture. Une transformation qu’on aimerait voir s’appliquer à de nombreux domaines aujourd’hui !
L. Cazaux
Le Scarabée et l’océan, de Leïla Anis
Les Solitaires intempestifs, 90 pages, 13 €
Théâtre Le Scarabée et l’océan
avril 2026 | Le Matricule des Anges n°272
| par
Laurence Cazaux
Un livre
Par
Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°272
, avril 2026.

