La rédaction Gilles Magniont
Articles
Entre deux orages
« Il y a trop de choses enfouies en moi à relâcher » : sur la scène publique et privée, un long voyage en compagnie fébrile de John le Carré, dans le clair-obscur de sa correspondance.
J’ai décidé de cultiver ce regard intense et tourmenté, et de me mettre à écrire des lettres aussi brillantes que décousues à l’intention de mes futurs biographes. » C’est le début des années 1960, David Cornwell vient de se rebaptiser John le Carré, il accompagne ce post-scriptum d’un bel autoportrait, lui qui se voyait bien enseigner le dessin, pourquoi pas vivre de ses talents d’illustrateur. Il avait connu les internats, étudié à Berne puis Oxford, enseigné l’allemand à Eton, été recruté par le Renseignement britannique. Et à 29 ans, profitant de ses trajets en train, il commence à...
Des raves trop chou
La jeune et envoûtante Katia Pachenko se jette du haut d’une falaise ; un privé, déçu par l’amour, porté sur l’alcool, retrouve pied en enquêtant sur ce suicide plus louche qu’il n’en-a-l’air : l’argument de Techno Bobo est tout ce qu’il y a de plus traditionnel. Il n’en va pas de même pour son casting. Le privé, c’est une femme, Louise Morvan (déjà héroïne de deux précédents romans), et son...
À la pointe – chronique
Dans ton ru
Philosophe-essayiste tendance Tocqueville et libéralisme des Lumières, Gaspard Koenig est aussi romancier, par exemple avec Aqua, récemment paru aux éditions de l’Observatoire. Ça se passe à Saint-Firmin, près de Caen : météo déréglée, cycle d’inondations et sécheresses, l’eau viendra-t-elle à manquer ? Martin l’énarque voudrait raccorder la source locale aux installations de la communauté de communes, mais Maria l’épicière lui souffle la mairie et entreprend de maintenir la belle autonomie du bourg, avant que les égoïsmes locaux ne détrompent son idéalisme. Le sujet est technique :...
Les albatros
Le couloir que je prends, c’est celui qui mène au passé. Ce voyage spatial est un périple temporel, une machine à remonter le temps, et je me demande où il va me conduire ». Décidément, la collection « Retour chez soi » est une mine ouverte par Flammarion, avec ses thrillers existentiels qui offrent à des écrivains la possibilité de revenir dans un lieu de leur enfance ou de leur adolescence...
La rivière insolente qui unit dans son lit
Les cheveux blonds les cheveux gris. On connaît la chanson. Reste que pour les cheveux gris, c’est pas tous les jours chemsex. « Aimer à cinquante ans, est-ce encore possible ? » interroge la quatrième de couverture du nouveau roman de Sarah Chiche, en lice pour le Femina : la question mérite d’être posée et préoccupe d’assez près, on s’en doute, la rédaction du Matricule.
Aimer le bien...
Médiatocs – chronique
Génération écran plat
Mazarine Pingeot, fille de et future mère, met sa vie en forme.Puis vend sa télé.
Je reste enfermée dans la maison. Ma chienne préfère le sommeil, je ne la comprends pas » : trois propositions, quelques mots très simples, Mazarine effleure le mystère du règne animal. Puis, dans la même page, elle évoque le chat, le cheval, ou encore la grenouille. Mais comme cette dernière rappelle Kermitterand, la future mère a ce cri déchirant : « Peut-être vendrons-nous la télé quand tu arriveras. »
Certains diront qu’il est bien des gens qui se débarrassent de leur télé, mais peu qui la vendent (sauf nécessité extrême), et que Mazarine n’est donc pas très généreuse, un peu petite...
Avec la langue – chronique
Un peu plus près des étoiles
Avec vingt ans d’avance, la troupe Gold avait trouvé la formule de l’art contemporain.
La trentaine détendue fait danser ses enfants au rythme des djembés, les chapelles ruissellent de mises en voix, Mathilde Monnier reprend du rosé : voici venue la saison du spectacle vivant. Mais les joies du live recouvrent le verso non moins solaire des festivals : le Programme, prose dédaignée comme la servante qui n’aurait d’autre rôle que de nous mener à sa maîtresse, la représentation. Or c’est dès les rives du rédactionnel que le désir d’art peut être comblé, en témoignent les deux cents grammes d’Avignon 2008, œuvre en soi dès son premier paragraphe. Valérie Dréville « ne veut pas...
Le patois c’est moi
L’époque a trouvé son mot d’ordre : sous les biloutes, la France !.
Puisque cette œuvre ne montre presque rien du Nord/Pas-de-Calais (sinon quelques briques, deux trois toiles cirées, un bout de littoral), puisqu’en masse les spectateurs en reviennent pourtant remplis comme d’une savoureuse démonstration, rendons-nous à l’évidence du Verbe : c’est la part de dialogue qui fait à elle seule toute la valeur anthropologique de Bienvenue chez les Ch’tis, dont...
Cela pourrait choquer
Quelques nuages de censure, au ciel menaçant des bienséances.
Au début du XXIe siècle : La Nouvelle Star, majesté terrible du jury, et que dire de la salle (prononcer à l’araméenne : pavillon Baal-TÂR), quand c’est au tour du dénommé Ycare, éventuellement de sang cimmérien, de faire ses preuves sur Le Chanteur de Daniel Balavoine. Lio et son tribunal diront parfait, il faut le garder, mais ne souffleront mot d’un alexandrin altéré. Balavoine en son...
Courrier du lecteur – chronique
L'homme qui aimait les livres
Coups d’œil sur « Le Dictionnaire Truffaut », où les romans se font devant et derrière la caméra.
« J’espère que vous garderez longtemps cette gravité du regard et cette façon simple et un peu malheureuse de vous exprimer », écrivait joliment Genet au jeune Truffaut. À parcourir le Dictionnaire, on ne s’éloigne jamais longtemps de la chose littéraire. D’abord, parce que les films sont ici le plus souvent des adaptations, au gré des lectures éclectiques de l’autodidacte : David Goodis pour Tirez sur le pianiste, William Irish pour La Mariée était en noir, Henry James pour La Chambre...
Espèce de Hongrois !
« Tout est pur à ceux qui sont purs » (Saint Paul) : promenade guidée au doux pays de l’Injure.
Bougnoule/ Niakoué/ Raton/ Youpin/ Chinetoque/ Putain/ Maquereau/ Macaque/ Chien » pour ceux que n’aurait pas rassasiés cet Hymne à l’amour de Jacques Dutronc, les éditions 10/18 rééditent les travaux de Robert Edouard, publiés une première fois en 1966. Voilà un tombereau qui en impose, avec plus de huit cents pages découpés en deux volumes, le Dictionnaire des injures venant accompagné de...
Quelques déflagrations
Bang ! dévoile et commente toutes sortes d’images. Il y a les images des bandes dessinées, bien sûr, avec notamment l’interview d’Alan Moore, scénariste britannique assez génial qui donne de très politiques contours aux superhéros de papier (on lui doit entre autres les Watchmen et V pour Vendetta) ; mais aussi les images qui cherchent à échapper au livre et recherchent pour ce de nouveaux...


