RUBRIQUE L'Anachronique
Les articles
In the Pilat
Dans la demeure n’est accroché qu’un seul tableau, mais sans cesse changeant. La vaste fenêtre, percée dans un mur épais, donne sur deux monts voluptueux. Un hameau rose pâle, dans l’échancrure, figure une faveur au soutien-gorge. Devant s’étend un kilomètre de plateau où ondule le blé en herbe, un ventre en chlorophylle. Puis ce sont quelques arbres, des buissons, ceux-là à portée de main… Chambre avec vue sur la géante, depuis le pubis.
On ignore la tête qu’elle a, au-delà du Pilat. Des ciels également démesurés témoignent de son humeur, tantôt cotonneuse, ouatée jusqu’aux...
La part des anges
Nous connaissons beaucoup de bars. Voilà bien l’une des rares choses dont nous puissions nous enorgueillir, mais le fait est là : nous connaissons beaucoup de bars. Au point, retournant à Angers, Nantes ou Bordeaux, d’avoir oublié que nous étions venus, et de retrouver, cependant, notre chemin, du café du Commerce à celui qui affiche fièrement qu’on est « Chez Ginette ». Bon sang, mais...
Le petit commerce
Il faut le savoir, que c’est là. Si l’on en croit les ouvrages d’érudits régionaux, le hameau aurait eu un peu d’importance autrefois. Ce n’est plus le cas : quelques fermes, entourées de prés à vaches et inscrites dans la perspective, au loin, de champs de céréales, sont restées dans leur jus (on n’a pas relevé, par endroits, les dépendances écroulées, à quoi bon ?). On voit aussi de ces...
Une belle femme
Nous avons dû nous rencontrer pour la première fois ailleurs que dans la quincaillerie, parce que je me rappelle très bien qu’en entrant dans la quincaillerie, je l’ai reconnue. Nous nous étions déjà vus, donc. Qu’on n’espère ici nulle mise en abyme ( nous nous connaissons depuis toujours ), ni de formule plate ( nous nous sommes déjà vus quelquepart ). Simplement, voilà, nous avions le...
La tournée est pour moi
« Shall we meet again ? Cette interrogation continuellement suspendue est superbe, proprement anglaise, et rend compte de cette existence dont si souvent le sens nous est dérobé. » Nicolas Bouvier Le Poisson-scorpion.
Nous étions entrés en correspondance depuis près de deux ans. Il est écrivain, lui-même, il avait prévu de créer avec beaucoup d’avance cette sorte de tournée théâtrale, de ville en ville, où j’aurais lu mes propres textes en compagnie de comédiens, d’un musicien. Ainsi, en 95, envisageait-il déjà que nous travaillerions ensemble, quand je ne pouvais que lui répondre, mordant sur la...
