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Domaine étranger Chiens, chevaux, hommes

décembre 1994 | Le Matricule des Anges n°10 | par Christophe David

De la même veine que Tierra de Fuego, Cap Horn de Francisco Coloane contient les principes d’une vision du monde forte voire d’une mythologie.

Cap Horn

Un Anglais est passé par ces lieux, et il les a regardés sans comprendre. Il a écrit : « Tristes solitudes où la mort plus que la vie, semble régner en souveraine ». N’ayant rien compris, en bon Anglais, il a menti. Il s’appelait Charles Darwin » (1). Ce qui ressort de la lecture des nouvelles de Francisco Coloane, c’est que la vie règne en souveraine sur cette Terre de Feu dont le Cap Horn est le point le plus austral. Une vie nue, définie négativement à la manière de Bichat ou de Darwin lui-même. Mais, le jeune Darwin n’était peut-être pas encore assez darwinien, en 1832, lors de son voyage en Terre de Feu pour comprendre que l’isolement est l’une des épreuves que doit y affronter la vie pour affirmer sa souveraineté et sans doute trop anglais pour comprendre les Fugéens d’alors, « les sauvages ignobles, infects, que nous avons vu à la Terre de Feu (2) ».
On a beau vouloir comparer Cap Horn (1941) et Tierra del Fuego (1956), Coloane le premier, c’est bien du même monde qu’il s’agit. Les quinze ans qui séparent ces deux livres sont une quantité infinitésimale dans un monde qu’un personnage de Tierra del Fuego, en proie au délire, hallucine comme contemporain de la préhistoire. La Terre de Feu de Coloane est un lieu hors-histoire. Oh, bien sûr, l’histoire est passée par là et les indiens dont parle Darwin lui ont payé un lourd tribut. Si elle est hors-histoire, c’est dans le sens où tout comme le héros du Partage des eaux d’Alejo Carpentier parvenait à se rendre contemporain de l’origine de la musique en se déplaçant vers le cœur de la forêt amazonienne, Francisco Coloane en nous décrivant la Terre de Feu nous rend contemporains de l’origine des passions. Le temps est suspendu et nous voici contemporains d’un moment -mythique- où les hommes et les animaux partageaient un même plan d’immanence, une même psychologie de l’idée fixe. De cette mythologie est issu le chiasme qui règle la vision du monde Coloane : la bestialité de l’homme et l’humanité des bêtes.
Il n’y a peu de personnages dans ces nouvelles dont la scénographie n’est pas sans évoquer celle des tableaux de Gaspar David Friedrich : les personnages qui se détachent sur le fond des paysages âpres et sublimes de la Terre de Feu y sont comme rétrécis, réduits à l’essentiel de de la condition humaine, un essentiel le plus souvent fait de tristesse et de douleur.
En une langue sobre et efficace, Coloane, qui a été successivement péon d’estancia, châtreur de moutons, contremaître sur le bateau-école « Baquenado » puis baleinier, nous offre une chronique du monde du bout du monde qui vaut pour une mythologie. On est bien loin de la poésie du gaucho à la façon du très citadin et somme toute très européen Güiraldes dont les détracteurs disaient, à juste titre, qu’il tirait sur son poncho « pour qu’on ne voit pas sa jaquette ». Si l’on en croit Luis Sepúlveda, Coloane est « un homme très grand et corpulent, chevelure rebelle et barbe blanche. Il doit avoir quatre-vingts ans et chaque fois qu’un ami lui rend visite, il l’emmène naviguer sur les canaux et les mers du bout du monde » (3). Homère emmenait-il ses amis faire le tour des îles de L’Odyssée ?

(1) Luis Sepúlveda, Le Monde du bout du monde, Métaillé.
(2). Darwin, Voyage d’un naturaliste autour du monde, La Découverte, tome 1.
(3) Libération du 18 mars 1993.

Cap Horn
Francisco Coloane

traduit de l’espagnol
parFrançois Gaudry
Phébus
192 pages, 118 FF

Chiens, chevaux, hommes Par Christophe David
Le Matricule des Anges n°10 , décembre 1994.