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Dossier Régine Detambel
Ecritures abandonnées

septembre 1996 | Le Matricule des Anges n°17

L’écrivaillon possédait une boîte de carton gaufré sur lequel il avait écrit, au marqueur noir, Écritures abandonnées. Là étaient entreposées toutes les pages qui ne voulaient pas se laisser forcer et persistaient à ne rien donner qui fût au moins cohérent. C’étaient des textes impossibles à polir, à aiguiser, à nettoyer, inadaptables. C’étaient des nouvelles sans chute possible. Des débuts de roman qui rejetaient toutes les greffes. Et parce qu’ils ne méritaient pas, pour autant, la corbeille à papier ou le briquet, l’écrivaillon les rangeait là, mais c’était une manière visible et élégante de les enterrer.
À intervalles réguliers, l’écrivaillon ouvrait la boîte des Écritures abandonnées, en faisait sortir ses monstres familiers et les regardait comme si le temps avait pu les corriger. Au contraire, pour ajouter encore à la difficulté de lire, le papier pâlissait, l’encre singeait celle des précieux manuscrits que l’on range sous verre, et l’écrivaillon, négligeant trombones et agrafes, achevait de mélanger les feuilles.
Si l’écrivaillon tenait tellement à ces quelques pages gauches et irrécupérables, ce n’était pas pour se garantir, plus tard, un réservoir d’inédits. Non plus pour conserver à tout prix des travaux de jeunesse. Il attribuait deux raisons majeures (entre lesquelles il oscillait) à son incapacité à détruire ces ébauches inutiles. D’abord, la même faiblesse que celle qu’il montrait à jeter des vêtements ou des chaussures qui, à l’entendre, n’allaient plus. Mais passé la croissance, quand le corps n’est plus sujet à des variations inéluctables, et qu’on peut agir sur ses volumes, sinon l’usure, la déchirure, ou les modes prévisibles, il n’y a aucune raison valable de jeter l’habit qui peut toujours servir. L’écrivaillon pliait donc, entre autres articles de friperie, des bonnets de ski aux bosses inégales, une chemise de nuit balourde, une cape de tweed doublée de kaki qui se déroulait bruyamment.
L’autre raison qui le faisait veiller avaricieusement sur sa cassette rouge et blanche était d’un tout autre ordre. Sa boîte possédait la valeur commémorative d’une première pierre. Indispensable aux fondations de l’œuvre à bâtir, la première pierre n’en est pas moins une pierre de comédie, que l’on destine uniquement à l’événement, aux passions inaugurales et aux journaux locaux. Mais on ne l’intègre jamais à la construction. Le premier ouvrier venu la descelle d’un coup de poing avant d’élargir la tranchée.
Régine Detambel
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