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Théâtre Pour dire « Je »

septembre 1998 | Le Matricule des Anges n°24 | par Maïa Bouteillet

Inspirée de Khaled Kelkal, la première pièce d’Isabelle Rèbre touche à la question plus universelle de l’affirmation de soi. Par les mots.

L’homme, le jeune homme : deux personnages ou plutôt deux figures nettoyées de toute psychologie -d’ailleurs ils sont déjà morts- dans un espace indéterminé, l’antichambre de l’enfer ou du paradis. L’un et l’autre sont dans l’attente, l’un et l’autre tentent un improbable dialogue. Ils sont deux meurtriers déjà jugés par la société des hommes, le plus jeune évoque le Jugement dernier, l’autre n’espère plus rien. Au fil de la partie de foot qui s’engage tant bien que mal -ils ne parviennent bien évidemment pas à se mettre d’accord sur les règles du jeu- se révèlent les doutes, les convictions et l’histoire de chacun.
Le jeune homme, musulman d’origine algérienne, raconte la banlieue, les copains, la scolarité normale jusqu’à la rupture. « Je ne trouvais pas ma place. J’étais mal. Qu’est-ce que je fous là ? On a commencé à traîner, à voler. » Il dit la spirale de la délinquance, ses parents qui ne le reconnaissent plus et toujours cette impression de plus en plus forte d’être étranger au monde. « Je trouvais pas ma place » répète-t-il. Plus tard, il y aura l’association Mosquée comme seul recours, la prière comme seul refuge en prison, l’engagement et les bombes. Ce long monologue, élément moteur de la pièce, est directement inspiré de l’interview réalisée par le sociologue Dietmar Loch à Vaux-en-Velin en 1992, parue dans le journal Le Monde sous le titre Moi, Khaled Kelkal peu après la mort du jeune homme, le 29 septembre 1995. Le lecteur devinera aussi la figure du philosophe Louis Althusser sous les traits de l’homme qui avoue avoir tuer sa femme. « Aimer ? Faut être un homme pour aimer, avoir un corps. J’aurais voulu avoir un corps pour être capable de lui donner. J’ai toujours été sans corps, comme mort. D’une pureté absolue. « C’est un grand intellectuel, on a dit de moi, quelle pensée ! » Jamais eu de corps moi, même pas des mains… Ah disparaître, ne pas exister… Je voulais ça depuis toujours. Et puis c’est elle que j’ai serrée. Trop fort. Le cou. » L’homme raconte encore comment, interné et finalement oublié de tous, il a fini par se tuer. Dans ce face à face entre deux êtres que tout oppose, il n’est finalement question que d’une seule et même chose : la difficulté existentielle que chacun -nous tous- rencontre dans l’affirmation de soi en tant qu’individu face au monde, la difficulté de dire « je », de se faire une place sans faire violence à l’autre. « On était unis, comme un seul homme. Le premier pilier de l’Islam c’est l’unicité » dit le jeune homme. « « a veut dire exactement le contraire : Nous sommes tous uniques ! Pas tous unis » rétorque l’homme.
Ecrit dans un style extrêmement direct et dépouillé, le texte développe sa symbolique sur une trentaine de pages à peine où seul reste l’essentiel. De ces questions qui assurément nous taraudent pour longtemps.
Sociologue de formation, journaliste et réalisatrice, Isabelle Rèbre est l’auteur de travaux documentaires (cinéma, télévision et radio) qui tous évoquent cette problématique du sujet. Prise entre la crainte de »l’objectivité« journalistique et la tentative d’affirmer une sensibilité singulière, cette jeune femme d’une trentaine d’années a peut-être trouvé là, par le théâtre, par les mots aussitôt publiés par la bouche et le corps des acteurs, une place pour dire »je". Ce qu’on appelle un auteur.

Moi, Quelqu’un
Isabelle Rèbre

Actes Sud-Papiers
29 pages, 35 FF

Pour dire « Je » Par Maïa Bouteillet
Le Matricule des Anges n°24 , septembre 1998.