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Avec la langue Les doigts dans le culte

juin 2004 | Le Matricule des Anges n°54 | par Gilles Magniont

Ou pour le dire autrement : le fétichisme, stade suprême du mercantilisme.

Ed Wood et ses assiettes d’extra-terrestres ? Culte. Mais aussi Babar et Monsieur du Snob, le manège enchanté et les après-midi de Dorothée. Culte encore tel dessin animé japonais, sa musique et puis celui qui la chantait. La série des Bronzés, celle des Gendarmes et des Pieds Nickelés : culte encore vous dis-je. Sans oublier le tube de l’été et la moitié des programmes télé.
Martin Winckler explique que cet emploi adjectival du mot « remonte à l’expression cult movie, qui désigne un film dont le succès initial a été modeste mais dont l’exploitation s’est poursuivie pendant des années grâce à un public réduit, mais fervent et inconditionnel le mot cult, en anglais, signifie « secte ». Avec un peu de chance (…) les cult movies deviennent représentatifs d’une époque ou d’un état d’esprit particulier » 1. L’appellation vaut donc pour The Rocky Horror Picture Show, film longtemps célébré par quelques inconditionnels, ou pour la série Le Prisonnier, série fort obscure à l’origine ; elle est impropre à désigner, comme l’indique Winckler, des productions « ayant joui d’emblée d’un succès massif ». Que la prose des journaux puis celle de nos conversations se satisfassent de cette impropriété paresseuse, il n’y a pas de quoi se scandaliser le langage évolue généralement au fil des déplacements de sens. Il faut cependant souligner combien, ici, la systématisation du culte agace.
Le terme garde quelque poussière de ses origines anglo-saxonnes : il confère de facto un lustre tarantinesque à nos usages culturels, aussi pompidoliens soient-ils. Le petit français qui subissait Maguy et Jean-Marc Thibaud à l’heure de l’apéro se trouve une parenté avec le mauvais garçon qui visionnait des films de karaté au nom imprononçable. Tous deux n’évoluent-ils pas dans les marges, dans une sorte d’underground aux contours bienheureusement vagues… Ces formes ont qui plus est l’éclat du religieux : le culte façonne des chapelles sans nombre, et répond au désir d’un schisme douillet. On comprend qu’il ne s’agit pas de distinguer les œuvres populaires (c’est-à-dire des œuvres ayant vocation d’unir le plus grand nombre), mais de rabattre des meutes étroitement liées par le plus infime dénominateur. Elles se nourriront d’autant mieux des dimensions dérisoires de leur dieu, dans une fragmentation toujours grandissante : à toi les films noirs des années 30, à moi ceux des années 40, qui pour adorer 1934-1935 en V.O. non sous-titrée ? Et voguent les chaînes du câble.
Notons que la famille s’agrandit. Il y a désormais cousin collector, il y a désormais sœurette série limitée. Les modes d’une diffusion restreinte conditionnent à eux seuls le statut culte : c’est donc la valeur marchande qui est finalement vénérée. Retour à Marx : ne renvoyant plus qu’à lui-même, l’objet mercantile devient fétiche éblouissant. Dans ce devenir, rien n’est laissé au charme de l’incertain, puisque produire à tire-larigot des collectors, c’est décréter l’instauration d’un culte. Complaisance bien dommageable : quand on achetait Pif Gadget, on ne se doutait pas le moins du monde qu’un jour tel numéro deviendrait pièce rare, avidement recherchée des collectionneurs ; dès lors que cette innocence n’est plus de mise, dès lors qu’on se mêle de dessiner a priori les souvenirs adolescents, il est à parier que la cult-ure populaire devienne aussi casse-couilles que ses nobles homologues.

1 Les Miroirs de la vie, histoire des séries américaines (Le Passage, 2002)

Les doigts dans le culte Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°54 , juin 2004.