La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Théâtre La joie écorchée vive

juin 2005 | Le Matricule des Anges n°64 | par Laurence Cazaux

Olivier Py nous livre en un prologue, trois pièces et un épilogue une incroyable épopée païenne au cœur de tous les possibles du genre humain.

Le théâtre sait des choses que nous ne savons plus, coulées quelque part dans les veines du bois, il faut frotter la lampe et le génie réapparaît (…). N’en déplaise aux incrédules, le théâtre ne nous intéresse que dans la mesure où il fait immerger l’absolument humain. L’absolument humain nous enivre, l’absolument humain est le vin de notre fête. L’art pour l’art est un crime impuni. Je méprise tout ce qui n’est pas assoiffé de fait humain, tout ce qui ne cherche pas l’homme, tout ce qui ne déshabille pas l’atroce notabilité fut-elle culturelle, surtout culturelle, pour atteindre au nu, à l’écorché : cette douleur et cette joie qui sont même exclamation. » Olivier Py cherche le théâtre de manière passionnée, exigeante et quasi mystique. Avec Les Vainqueurs, il raconte l’histoire d’un homme qui a trouvé la Joie. Le signe de cette joie c’est, peut-être, le sourire qui apparaît sur ses lèvres, sourire aussi énigmatique que celui de la Joconde et dont tous ceux qui l’approchent veulent s’emparer.
Dans le Prologue, un « garçon dans le placard » découvre donc ce sourire sur le visage d’une jeune prostituée, Cythère. Elle lui apprend que c’est un fossoyeur qui lui a enseigné l’art de ce sourire et qu’un prince l’attend. Mais un émissaire de Ferrare, homme d’affaire proxénète, qu’Olivier Py définit comme « la planète négative de cette galaxie, qui cherche sa rédemption en incarnant le mal même », envoie du vitriol sur le visage de Cythère. Les trois destins s’arrêtent. Le jeune garçon décide donc de se travestir pour percer le mystère de ce sourire. Il va d’abord incarner le Prince dans Les Étoiles d’Arcadie, puis il deviendra Cythère, la prostituée magnifique dans La Méditerranée perdue et enfin Axel le fossoyeur dans La Couronne d’olivier.
Toutes les grandes questions humaines (la foi, l’amour, la mort, le sexe, le pouvoir…) sont levées dans cette immense épopée (l’intégrale des trois pièces dure neuf heures). Olivier Py a bâti chacune des trois pièces de manière quasi classique, en cinq actes, mais avec une langue au flux extrêmement dense, comme peut l’être celle d’un Novarina.
Olivier Py écrit là une belle déclaration d’amour au théâtre : « Oui, dans toutes les actions humaines, il n’y a que le théâtre qui puisse libérer l’amour des mots et des choses. J’appelle théâtre tout sacrifice qui libère l’amour des mots et des choses » dit l’un des personnages des Étoiles d’Arcadie. C’est également une façon de proclamer la force du poème et de se poser la question de la Foi.
« Après avoir passé vingt ans de ma vie à accepter la place de la Grâce dans mon geste littéraire, j’ai dédié trois ans à l’oublier. Aussi bien on pourrait dire que Les Vainqueurs sont la tentative désespérée d’être païen. Mais qui connaît encore le paganisme, qui entend encore ce chant originel, ce vrombissement d’avant les temps modernes et qui avait choisi la Méditerranée pour décor. Oui, nous avons connu une manière d’être libre et cruel et beau dont tous les poètes ont interrogé les oripeaux. C’était avant la mort du grand Pan ! Etre païen, qui est prêt à en payer le prix ? Au mieux pouvons-nous être athées si ce n’est indifférents ou endormis ».
Les Vainqueurs est une matière incroyable, où le lecteur perd tous ses repères, un théâtre de l’excès qui questionne, déborde d’énergie, de vitalité. Laissons la parole à Axel dans La Couronne d’olivier. Il dialogue avec un mort. « Comment s’appelle ton poème ? / Les Vainqueurs./ Mais qui sont les vainqueurs ?/ Ceux qui connaissent la Joie./ Quelle joie ?/ Toutes les Joies ! Ceux qui savent faire joie de toute chose ?/ Et de la mort aussi ?/ Toute joie vient de la mort, tout est obole du temps./ Qu’est-ce qui les empêche de croire en ce que tu dis ?/ Ils veulent des réponses./ Il n’y a pas de réponse ?/ La beauté est la réponse aux vérités indicibles./ Qu’attend la beauté pour venir nous rejoindre ?/ Je ne sais pas. »

L. C.

* Cinq intégrales des Vainqueurs seront jouées pendant le festival d’Avignon, le 10, 11, 13, 14 et 16 juillet.

Les Vainqueurs
Prologue
1. Les Étoiles d’Arcadie
2. La Méditerranée perdue
3. La Couronne d’olivier

Olivier Py
Actes Sud-Papiers
214 pages, 19

La joie écorchée vive Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°64 , juin 2005.
LMDA PDF n°64
4.00 €