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Avec la langue Dans son 4X4

mai 2006 | Le Matricule des Anges n°73 | par Gilles Magniont

Retransmission d’un match de titans, tout en muscles, énergie et oralité.

Que lire aux premiers beaux jours ? Quoi d’assez neuf, quoi d’assez contemporain pour accompagner l’éclosion printanière ?
Pour trouver des idées, s’aider de la presse, feuilleter les livraisons récentes d’un hebdomadaire culturel. L’affaire commence bien : on s’arrête assez vite sur deux articles élogieux, avec entretien et large photographie. L’un est consacré à François Bégaudeau pour Entre les murs, où un professeur de français raconte le quotidien de son collège (Télérama n°2931, 15 mars 2006) ; l’autre à Nicolas Fargue pour J’étais derrière toi, roman qui tourne autour d’une rupture amoureuse (Télérama n°2935, 12 avril 2006). Des catégories distinctes, apparemment. On pourra faire tranquillement son choix.
Sur les photos, les visages sont bien sûr dissemblables, avec quand même, on le jurerait, une sorte d’air de génération. Évidemment : 35 ans pour Bégaudeau, 34 pour Fargue, et pourquoi cette proximité ferait-elle signe, ils ne vont quand même pas se fondre dans l’état-civil, leurs qualités diverses sauront les départager. Tiens, par exemple, Bégaudeau paraît tout de suite remarquable par sa pratique d’une littérature « offensive » : il « fonce vers l’avant, quitte à la jouer un peu musclée » relèvent Michel Abescat et Jacques Morice. Leur image footballo-pugilistique en tête, on va voir du côté de Fargue, qu’on imagine un peu plus frêle, ce qui nous facilitera la comparaison. « Il écrit comme ça, Nicolas Fargue, comme on plonge, comme on s’explique, comme on se bat » (Michel Abescat encore) : las, il y a toujours de la latte dans l’air, et ce n’est pas sur certaine variante métaphorique (Bégaudeau en short vs Fargue en maillot) qu’on fondera un distinguo.
Bien, on ne va pas lâcher prise pour si peu. Il faut juste revenir à Bégaudeau, relire attentivement l’entretien, quelque chose va forcément apparaître. Gagné : c’est l’énergie. Les critiques évoquent celle-ci à plusieurs reprises – le livre dégage une « extraordinaire énergie, presque physique » et « cette énergie passe évidemment par la langue » ; l’auteur lui-même ne cesse d’y revenir, qu’elle provienne de ses élèves – « en tant qu’homme et écrivain, c’est la vie que je vois, l’énergie que dégagent ces ados » – ou des chansons de James Brown – « J’aime cette énergie, c’est le corps qui parle ». Héhé : on le tient, notre mot névralgique, notre particularisme. Fargue ne va pas la ramener. Sauf que la force de son livre tient justement à « son énergie », et qu’il a « une manière déconcertante de se foutre à poil avec autant de pudeur que d’énergie ». Il faut l’avouer, l’arbitrage, ce n’est pas de tout repos. Il y a presque de quoi compatir au sort des jurés littéraires.
Mais ils arrivent bien au terme de leur entreprise, et pourquoi pas nous. Un dernier effort : des tempéraments pareillement combatifs et énergiques peuvent néanmoins s’exprimer selon des voies qui leur sont propres. À chacun sa technique d’écriture, en somme. Et pour Bégaudeau, celle-ci passe par une interrogation centrale : « comment rendre l’oralité ? » Nul doute que notre deuxième homme s’est posé d’autres questions… faites par pitié… mais non, Fargue est sans pitié : « c’est un style proche de l’oralité qui s’est imposé ».
Match nul, donc ? Oui, bien sûr, puisque jamais interrogés, projetés comme des lances sacrées, le corps ou l’oralité ne disent rien sinon l’abandon complaisant aux poncifs d’époque – une époque qui dure, quand même, car on ne « lançait » pas autrement Philippe Djian il y a vingt ans, lorsqu’il s’agissait de mettre en avant une prose rock and roll sans concession ni phrase complexe. Alors tous born to be wild, soit. Et notre choix sera finalement emporté par une citation du plus wild d’entre tous : « Face à elle (…), je n’ai plus peur de personne, d’aucune femme, je suis 4X4, je suis tout-terrain », écrit Nicolas Fargue dans son roman, et l’on frémit de sentir l’écrivain prêt à énergiquement passer les vitesses.
Gilles Magniont


Dans son 4X4 Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°73 , mai 2006.
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