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Avec la langue La sirène rose

juin 2007 | Le Matricule des Anges n°84 | par Gilles Magniont

Petit scarabée passe avec succès son septième dan de rhétorique.

Comme Richard Millet l’a noté quelque part, « surfer sur la toile, c’est trop le pied ». Au soir du 6 mai, croyant avoir entendu le vainqueur de l’élection clore sa première intervention par une curieuse envolée lyrique, tu vérifies sur www.u-m-p.org, où le discours est bien sûr retranscrit mais pas l’envolée. Fut-elle improvisée ? Un tour sur daily motion ( « un site de oufs », selon Annie Ernaux) te dit que oui. Cette main qui s’agite, cette scansion gourmande, évidemment le nouveau président a faim, il reprendrait bien un peu d’applaudissements. On lui avait écrit « Je veux lancer un appel à tous les enfants et à toutes les femmes martyrisées dans le monde pour leur dire que la France sera à leurs côtés, qu’ils peuvent compter sur elle », mais c’était un peu sec, alors il illustre un chouïa : « La France sera au côté des infirmières libyennes enfermées depuis huit ans. La France n’abandonnera pas Ingrid Betancourt. La France n’abandonnera pas les femmes qu’on condamne à la burqa. La France n’abandonnera pas les femmes qui n’ont pas la liberté ». Betancourt Infirmières Burqa, revoilà enfin notre dream team. Mais à l’avant-centre, tu comprends mal qu’on ait sélectionné les Libyennes. C’est que tu n’es pas bon en politique étrangère ; alors Google t’expédie sur divers forums, lesquels s’avèrent unanimement rigolards : pendant la campagne, Nicolas Sarkozy offre son viril soutien aux infirmières « S’il le faut, j’irai moi-même les chercher en Libye ». Pourquoi pas tenir parole, sauf qu’elles sont bulgares.
Tu penses quoi ? Qu’au rayon des yaourts, peut-être, on l’a échappé belle. Quelques phrases plus loin, et Indiana Jones partait arracher le voile d’Ingrid Betancourt, en sa geôle de Guantanamo. La « confusion », toutefois, passe très bien la rampe. Un peu plus bas il y a la burqa, un peu plus haut le refus de la « repentance »… la lutte contre « l’intolérance » et le « sectarisme »… et « c’est en Méditerranée que tout va se jouer »… qu’il faut « laisser la place à un grand rêve de paix et de civilisation »… Va donc, dans cette guirlande, pour la loupiote des infirmières : on imagine sans trop de peine qu’en Libye il doit être coton de porter la blouse. Chez les Arabes. L’interprétation est tortueuse ? Tout le talent de l’orateur consiste précisément à brouiller les pistes. On connaît la figure de synecdoque, qui vise à suggérer le tout par l’une de ses parties (la voile pour le bateau) ; elle se complique ici, puisque permettant d’esquisser une créature bifide. La burqa et les infirmières illustrent certes le drame des « femmes martyrisées » et « qui n’ont pas la liberté » ; mais ces exemples peuvent aussi bien fonctionner comme les figures de proue d’un obscurantisme musulman.
Sélectionner des éléments saillants, c’est, l’air de rien, se donner les moyens de redéfinir le monde et de réinventer son histoire. Épisode Guy Môquet : le même tour de force, la même duplicité sont à l’œuvre dans les yeux brouillés du président. Sous ces larmes, voyez mon cœur qui saigne pour la jeunesse insoumise, et quelle place je sais reconnaître au courage communiste ; sous ces larmes, voyez mon cœur qui saigne pour la jeunesse de France, et quelle place je sais reconnaître à l’identité nationale. Ainsi, les parties voyantes du discours sarkozyste sont toujours équivoques. Elles annoncent de monstrueuses noces, où le corsage dégrafé de Marianne s’ouvre sur le torse saumoné d’Hortefeux.

La sirène rose Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°84 , juin 2007.
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