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Avec la langue Je vais t’aimer

février 2008 | Le Matricule des Anges n°90 | par Gilles Magniont

Prestigieuse love parade, en compagnie de ceux qui sourdent, qui dardent et qui rauquent.

Aux éditions L’Harmattan, parution d’une Esthétique de la chanson française contemporaine. Construction versification lexique thématique intertexte voilà donc, sous l’œil de Joël July qui dissèque les variétés, Bénabar ou Camille en route vers le Bac Français. Stylistique oblige, c’est un peu austère, sauf qu’on peut toujours trouver à s’émouvoir. « Carla Bruni aime aimer. Elle le dit et ça se sent. On sent chez elle une sorte d’érotisme épidermique, qui vante la caresse et joue avec les peaux et les creux du corps » : hé oui, il y en a qui savent aimer les peaux du corps. Et qui savent le dire. Convenons-en, et avec l’auteur, distinguons ceux-là des soudards qui, à l’instar d’un Michel Sardou, plongent les femmesjusquauboutdesseins « dans une situation d’avilissement ». Si ce partage des eaux s’impose avec évidence chez les paroliers, saurons-nous le dessiner au cœur même de la littérature d’aujourd’hui ? Sans nul doute, en observant, au plus près d’un érotisme épidermique, le détail d’œuvres récentes.
Soit l’extrait n°1. Dans une chambre d’hôtel : « En m’asseyant à côté d’elle, mon regard se posa sur l’échancrure de son pantalon qui laissait maintenant apparaître la presque totalité de son slip transparent derrière lequel se devinait la masse dense et sombre des poils de son pubis. » Notez d’abord l’ampleur savante de la période. Les subordonnées s’y déploient sans heurt au diapason d’une remarquable traversée des apparences (échancrure ’ slip ’ pubis). Expert, le regard se fixe enfin sur une masse dense et sombre, et il faut ici souligner l’Art consommé des épithètes. Substituez par exemple clairsemée à dense, poivre et sel à sombre, et le désir point un chouïa moins. Mais il est possible de faire encore mieux, en témoigne l’extrait n°2. Au bord de l’eau : « la brune et la blonde, toutes deux dorées, le dos magnifiquement cambré, les fesses hautes et dures, les seins frémissants, le visage rendu dédaigneux par l’éclat du soleil autant que par le regard des hommes ». À nouveau, le rythme va croissant ; mais la phrase semble désormais différer son terme, comme si, dans cette énumération fiévreuse, il s’agissait de traquer Eros jusqu’en ses plus inusités refuges : fesses ou seins. De ce maelström, nul ne ressortira indemne. Des fesses dures, des seins frémissants, un visage dédaigneux, mais Dieu nous pardonne, il eût pu s’agir de fesses frémissantes et de seins dédaigneux - les adjectifs sont tant chargés de sens qu’ils pourraient sans mal inverser leur place… Le meilleur, pourtant, reste à venir. « Magnifiquement nue, elle sauta du lit. Ses belles fesses dansaient dans le soleil au rythme de sa marche. Julien admirait la ligne de sa femme, la fermeté de ses seins, la chaude carnation de sa peau, qui mettait en valeur la toison fauve du pubis » : cette citation n’est pas sans rapport avec les précédentes (ici « magnifiquement cambrée », là « Magnifiquement nue », ici une « masse dense et sombre », là une « toison fauve »), mais sa supériorité éclate sans conteste. Une seule phrase altière, admirable synthèse du Féminin, suffit tout en un coup à évoquer et les seins et le pubis ! L’auteur, il est vrai, a de la bouteille : les connaisseurs auront reconnu la plume de Gérard de Villiers (Initiations, collection « Les érotiques »).
Les auteurs auxquels nous l’avons fait succéder - Jean-Philippe Toussaint pour la scène d’hôtel (Faire l’amour, p.28), Richard Millet pour le croquis de plage (Le Goût des femmes laides, p.213), quoique stylistes reconnus, ont sans doute quelques progrès à accomplir : gageons toutefois qu’un avenir pantelant s’ouvre à eux.
(Aux antipodes, il y a la littérature de gare, le hip-hop génital. La place nous manque pour l’évoquer, mais qu’il soit au moins permis de renvoyer à certains noms, tel celui de Virginie Despentes : croix de bois croix de fer, c’est bien là que gît le vulgaire.)

Je vais t’aimer Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°90 , février 2008.
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